J’adore…expérimenter

Ben oui, ça a l’air tout simple de dire ça, mais expérimenter, ce n’est pas évident quand on est prof.

Il faut accepter d’être déstabilisé, de sortir de sa zone de confort, tout en projetant assez de confiance en ce que l’on fait pour que les élèves suivent…Ne pas avoir peur du jugement etc etc.

De retour de l’Unesco,  en plein mois de juin avec une demi classe partie en voyage linguistique et les autres restant en classe et n’ayant pas envie de travailler, je me suis dit que le moment était parfait pour expérimenter. Pas trop de pression de temps non plus, avec les notes, le programme etc. Twitter me semblait parfait pour ouvrir la classe sur l’extérieur, que les parents des élèves que j’ai en classe (un internat) puissent lire ce que font les élèves (ils ne rentrent pas le soir pour tout raconter), et pourquoi pas nouer des liens avec d’autres établissements en France , à l’étranger?

J’ai donc ouvert le compte de la classe @idem_in_english, rédigé une charte autant pour me rassurer moi que pour mettre des protections pour les élèves, et zou. De même pour commencer, j’ai ouvert un compte protégé, en filtrant les abonnés, le temps de tester. Cela a changé en 2e année, une fois que j’ai mieux maîtrisé l’outil. Mais, j’y reviendrai.

J’ai fait des ateliers d’écriture avec la douzaine élèves qui n’étaient pas en voyage, après avoir expliqué et fait signer la charte.

Plus de prof faisant ‘cours’ (j’entends par là, l’habituel schéma du cours de langue), mais une tâche – raconter vos dernières sorties ou ce qui se passe en ce moment en classe – et des élèves penchés sur leurs dictionnaires et cahiers pour chercher. Du bruit, de l’agitation, ce qu’un prof ne veut jamais montrer de sa classe, mais finalement du bruit pour quoi? Pour du bazar en classe? Non, pour du travail, de la vie, des échanges, des questions…

Car d’emblée, ça leur a semblé intéressant comme tâche.

Le présent Be + Ing qui jusqu’à présent ne servait qu’à faire plaisir au prof en faisant des phrases, devenait vraiment utile à quelque chose. Le preterit simple? L’outil pour parler du passé et des sorties faites hier, avant-hier, mercredi dernier (et hop, compris le marqueur temporel)!

Utile pour eux, ça l’était aussi pour moi.

En les regardant écrire, je comprenais mieux leurs erreurs (on ne pouvait tweeter qu’un message compréhensible, donc avec un minimum d’erreur). J’ai découvert le principe de ‘autant de mot qu’en français’ chez certains. On part de la phrase française, et on la traduit mot à mot. Pourtant on avait travaillé sur le preterit et comment ça marchait. Mais visiblement, pas assez dans un contexte de réel besoin d’écrire. Au début, certains ne voulaient pas montrer leur tweets, peur de montrer ses erreurs.

Ah bon, Monsieur, on peut se tromper? C’est pas grave?

Donc, on a retravaillé. Le français n’est pas l’unique modèle de fonctionnement, les autres langues ne marchent pas pareil. Parfois si, parfois non.

Ah bon, Monsieur?

Se tromper, ça fait partie de l’écriture, on cherche, on raye, on recommence.

Ah bon, Monsieur?

Les élèves (bon, d’accord, pas tous…) on demandé à venir en plus pour travailler l’écrit. Bref, je tenais là un outil stimulant qui en plus rentrait bien dans mon cadre. En 6e / 5e, il faut ‘être capable d’écrire des messages simples et brefs’, Twitter, 140 caractères, c’est parfait, non?

La semaine suivante les autres ont voulu suivre aussi, on a donc continué sur d’autres projets d’écriture. Des devinettes envoyées à l’école du Jura découverte à Paris (avec des réponses, les élèves écrivent donc pour être lus…), un projet avec les arts plastiques…Et pendant ce temps là, il y a eu de la réflexion sur l’image, le droit à l’image, quelles informations on donne de soi sur Internet ou pas, qui accepter comme abonné ou pas, pourquoi, la ponctuation, les majuscules, l’orthographe…

Il y a eu aussi une splendide sortie Wakeboard/Twitter avec les 5e qui font du Wakeboard et ensuite tweetent leurs sensations (avec mon aide, hein…). De très beaux tweets.

Donc, j’essaie de plus en plus de sortir de ma « zone de confort ».

Et me voilà à présent dans l’année 2, avec des nouveaux usages.

Mais ceci, sera l’objet du prochain billet… Teaser, teaser…

Une réflexion au sujet de « J’adore…expérimenter »

  1. Je dois dire que je n’aime pas du tout ce concept ressassé de la « comfort zone » : mais quand on est prof on n’est jamais dans le confort, ça n’existe pas, ou alors on est tout vieux et rouillé et on ne s’intéresse pas à ce qu’on fait. Voilà, c’est ma théorie sur cette fameuse « comfort zone » : encore un machin pour culpabiliser les profs, qui sous-entend qu’ils sont souvent dans cette « zone », et qu’il faut les en sortir, alors que PAS DU TOUT, ils n’y sont jamais. Voilà c’est dit, et écrit ! AAH, ça va mieux.

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