J’adore…chercher la clé multifactorielle.

Vous savez le matin, quand vous êtes déjà bien en retard, quand tout a pris 20% de temps de plus que d’habitude, que vous avez versé le jus d’orange dans le bol de café (rempli de café) plutôt que dans le verre vide, quand vous avez eu du mal à vous lever déjà, idéalement quand vous avez mal dormi, et que dès au réveil vous pensez aux 3 milliards de choses que vous avez à faire dans la journée, que déjà vous avez mal au crâne, que ce café ne fait décidément pas effet et que lorsque vous êtes sur le point de partir vous ne trouvez plus vos clés de voiture (marche aussi avec les clés du bahut, votre clé USB avec tous vos cours dessus etc…)?

Ça vous parle?

L’autre jour en parlant à mon proviseur-adjoint, ça m’a frappé, comme une évidence. On parlait des difficultés que j’avais à faire travailler telle classe (ben oui, y’a des classes avec lesquelles je n’y arrive pas) et je me suis entendu dire « je ne sais pas, avec eux, je n’ai pas encore trouvé la clé, je cherche toujours la clé ».

Mon métier c’est ça. Chercher la clé.

En fait, c’est exactement ça. J’ai l’impression que nous passons l’année (le mois, la semaine si vous êtes doué) à chercher LA clé qui fera que les élèves se mettront au travail, pas celle qui fera qu’ils y arriveront, mais celle qui fera qu’ils ont envie d’essayer.

Le matin, quand vous ne trouvez pas vos clés, c’est souvent multifactoriel (ah, ah, j’adore ce mot.). Vous ne les trouvez plus parce que déjà si vous les mettiez toujours au même endroit, ça n’arriverait pas (y’a toujours quelqu’un pour vous dire ça à ce moment-là, non, non, ça ne vous énerve pas le matin…). Ou encore, « mais elles étaient où la dernière fois que tu les as vues? » (ben oui, là je les cherche juste pour le fun, je sais où je les ai vues pour la dernière fois, c’est d’ailleurs pour ça que je les cherche…). Parce que aussi vous avez tout plein de clés. Parce que vous êtes fatigué. Parce que vous devriez sortir plus, votre esprit serait plus léger, et vous seriez plus concentré. Bref, multifactoriel.

La clé du travail des élèves, elle est toujours aussi multifactorielle.

Les élèves ne travaillent pas et il y a toujours tout un tas de raisons, qui se combinent parfois. Au bout d’un moment avec l’expérience, vous finissez par en connaître pas mal de ces raisons.

Déjà, vous vous dites que ça doit venir de vous. Vous culpabilisez en vous disant que c’est vous, pas eux. Arrêtez, c’est idiot. Bon, là on est dans le trip standard du prof. J’ai appris, tout en me remettant en cause, à ne pas culpabiliser. Je cherche, mais plus de sentiment de culpabilité. Je fais de mon mieux.

Bon, ok, j’ai appris, je n’ai pas dit que j’y arrivais tout le temps.

Vous apprenez aussi à vous dire que le moment durant lequel vous donnez les devoirs à faire doit être privilégié. Pas après la sonnerie. La sonnerie, c’est le signal. Une seule pensée – partir – pour 80% des élèves, même ceux qui vous aiment bien. Et en général, la victime collatérale, c’est noter les devoirs. Et après arrive le classique (parfois sincère) « je ne savais pas qu’il y avait ça à faire » et ce malgré le cahier de texte en ligne. Donc le faire pendant le cours. Insister pour voir les agendas ouverts, les regarder copier. Non, pas sur ta main (qui peut aussi être une feuille…), sur l’agenda.

Pareil avec la copie du cours. Moi, je suis professeur en collège, et oui, même s’ils sont grands les 3e, je passe, je regarde les cahiers / classeurs, je vérifie que le cours est noté. Oui, tu dois noter la phonétique aussi, oui, souligne la date et les mots nouveaux. Si, si, c’est plus joli et en plus ça me fera plaisir (dit avec un grand sourire d’encouragement qui font qu’ils se disent « le pauvre, ça lui fait vraiment plaisir, c’est vraiment un no-life, à moins qu’il ne soit ironique, bon, dans le doute, je souligne »). Si, si, si tu écris moins vite et fais des efforts pour bien écrire tu apprendras mieux je t’assure. Non, non, ne note pas tout, c’est juste pour décorer le tableau que j’ai écrit ça…(oui, je manie l’ironie..)

L’aide aux devoirs vous montre à quel point les élèves n’ont que très peu de méthodologie. Et, ce n’est pas de leur faute. Certains élèves ont vite déduit les méthodes seuls, ou alors les parents les leur ont transmis, et surveillent les devoirs, mais bien souvent, une bonne partie des élèves est laissée seule devant ce moment crucial : faire les devoirs, apprendre, faire un exercice. Ils essaient seuls, en général en début d’année car ils ont de bonnes résolutions, ne trouvent pas comment faire, essaient quand même, se rendent compte en cours que malgré le temps que ça leur a pris, ils n’y sont pas arrivés et abandonnent vite. J’essaie le plus possible de donner les clés, dire comment il faudra faire.

Vous apprenez aussi que parfois, c’est lié à tout un tas d’autres choses à la maison, ou dans leur vie, qui font que. A des conflits entre élèves aussi. Moi, je ne suis pas formé pour ça, je ne peux rien faire, ce sont les limites de mes compétences, j’oriente vers les collègues dont c’est le travail et qui ont les compétences dont les élèves ont besoin. Je travaille avec eux avec les moyens disponibles. Ça marche, parfois pas.

Il y a tout un tas de clés multifactiorelles que j’apprends à trouver.

Cette année, malgré ça, je n’ai pas encore trouvé la clé d’une partie de mes classes. Je le vis mal. En même temps, c’est comme un défi. Très stimulant. Je serai un meilleur enseignant après. En attendant, je passe par des grands moments de découragement (toute cette semaine par exemple). Mais je cherche. Et j’aime ça.

J’adore chercher la clé multifactorielle.

Forcément je vais la trouver cette année aussi.

3 réflexions au sujet de « J’adore…chercher la clé multifactorielle. »

  1. Ben je te souhaite de les trouver : les clés, le trousseau, tout ! moi je cherche mes clés USB, j’en ai plein et donc je mets un temps fou pour trouver *le*doc : il est dans quelle clé déjà ?

  2. Peut-être…
    Quand j’ai compris qu’il n’y avait pas un manière mais comme toi qu’il fallait chercher dans le multi, ça a commencé à aller mieux. Mais sans doute qu’il n’y a pas UNE clé multifactorielle, mais un trousseau. Alors forcément, faut comprendre si on trouve pas tout de suite. Et même si on trouve pas. Du tout. Ca fait partie du boulot je crois.

    Merci Frédéric pour ce billet !
    Christine

    • Merci pour ce commentaire d’une grande pertinence. Tu as tout à fait raison, le trousseau est une bonne image. Je pense quand même que dans le trousseau, il y a une clé plus importante pour chaque élève. Mais bon, je rêve de la clé qui agisse sur les diverses causes de l’échec scolaire chez un élève.

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