J’adore… les bonnes notes.

Vous avez remarqué comment, bonnes notes ou pas, on a une tendance à ne dire aux élèves que ce qui n’a pas été dans la copie? Pas de ce qui a été. Même s’il y avait peu de choses. Quand j’ai ouvert ce blog, j’ai eu envie de parler de ça. De ce qui va. Dans ma vie de prof, dans mon travail. Je ne nie pas le reste, mais mettre en avant ce qui va ne fera pas de mal.

Aujourd’hui, alors que j’ai vécu une très belle semaine de professeur, je me retrouve confronté à cela. Difficile de trouver les bons mots pour en parler. Je vais essayer.

La majorité de mes élèves est en difficulté.

Ils ont de la bonne volonté pour une bonne partie d’entre eux, certains sont franchement découragés par leur échec. Depuis septembre, comme vous tous, chers collègues, je me retrouve face à cette problématique : comment tous les (re)mettre au travail et les faire réussir?

Cela s’avère très dur.

Moi, j’ai toujours adoré l’école, je n’ai jamais eu de souci pour travailler, comprendre. Je me retrouve donc mal placé pour comprendre pourquoi ça coince. Je cherche, je découvre au fur et à mesure lors de l’aide aux devoirs, je m’adapte, je transforme, j’encourage, je cherche. Je tiens bon.

Jusque-là, cette année, je n’avais pas rencontré de grande réussite avec mes classes, des notes très très basses, des conseils de classe où les notes de mes élèves étaient parmi les plus faibles…

Et puis cette semaine, une fin de séquence dans 2 niveaux avec un projet final, être capable de jouer un petit dialogue, dans une situation donnée. Consigne principale : bien le faire (avec tous les critères d’évaluation donnés, expliqués), bien sûr, mais aussi prendre du plaisir.

Je craignais le pire.

Pour moi l’Interaction Orale, c’est la chose la plus dure à maîtriser en langue. J’avais décidé de prendre mon temps, de modifier ma façon de procéder et d’essayer d’être le plus à l’écoute possible et le plus explicite possible. De décaler mon regard. Pourquoi ça coince ? Comment faire ? Une partie vient d’eux, une partie de moi sans doute aussi.

Je suis parti de l’évaluation finale, j’ai ouvert la séquence en présentant l’évaluation. Ainsi, je présentais tout ce qui était fait dans la séquence comme lié à l’évaluation finale en essayant de faire sens. « Vous voyez, là il faut apprendre, car à la fin de la séquence, pour réussir l’évaluation vous aurez besoin de savoir ça. » Oui, finalement, apprendre, mais pourquoi? Pour faire plaisir? Certains sont dans cette dynamique, mais pour beaucoup ce n’est pas le cas. Donc essayer de mettre du sens. De montrer que réussir, c’est possible, avec de l’aide, avec du travail de leur part aussi. Et j’insiste là-dessus aussi.

En général, avant, je n’insistais pas, le pourquoi, le comment, c’était évident. Mais évident pour moi. Pas pour eux.

J’avais aussi toujours peur que présenter en début de séquence ce que l’on devait être capable de faire à la fin les décourage. Cela a été le cas, mais je leur ai dit de me faire confiance, que tout ce que l’on ferait dans la séquence serait fait pour qu’ils « soient capables de » à la fin. J’ai beaucoup insisté à chaque étape sur le pourquoi. Je le faisais aussi avant, mais vite. Évident, tout ça. Non, en fait.

J’ai aussi pris 2h à la fin de la séquence pour les coacher. Je n’aime pas ce mot, mais, trouvé par ma collègue d’anglais, c’est celui qui s’approche le plus. On a repris la présentation de l’évaluation, et on a commencé, en classe à faire les devoirs comme si on était à la maison. Alors, j’ai « perdu », 2heures de cours. Oui, sauf que je trouve que je joue là vraiment mon rôle jusqu’au bout, je fais passer les connaissances, mais j’aide aussi à ce qu’elles soient assimilées, et je donne la méthodologie. Donc, rien de perdu, tout de gagné.

Travailler sur la transmission et l’assimilation. C’est le grand truc de notre chef d’établissement. Au départ, quand il nous a parlé de ça, je l’ai regardé avec de grands yeux, comme s’il était venu d’une autre planète. Déjà, assimilation, ce n’est pas très beau comme mot, ça fait un peu les borg dans Star Trek… Mais au final, peu importe l’étiquette « mot » que l’on met dessus, je pense qu’une des clés, c’est de travailler avec les élèves là-dessus, sur la partie que l’on ne voit jamais : l’élève hors de la classe. Alors bon, moi j’ai de la chance, ils ont tous internes, donc je suis là pour l’aide aux devoirs, mais j’ai aussi pris le temps sur le cours. J’ai aussi l’impression d’être professeur quand je fais cela. Je me rends compte en écrivant que je me défends beaucoup de le faire. Forcément, ça ne fait pas « prof ». Je ne parle pas tout le temps anglais, il y a du bruit, les élèves parlent, mais parlent du travail. Donc, tant mieux. Vive le bruit, si le bruit, c’est ça.

Et puis est venu jeudi, mes 2 niveaux passaient les évaluations. J’étais confiant pour un des deux, moins pour l’autre.

Ils ont été bluffants!

Beaucoup de travail, un énorme travail même de mémorisation, et quand on sait à quel point c’est difficile pour eux… Des élèves très faibles s’efforçant d’employer des structures complexes, de bien me montrer que les conseils donnés avaient été intégrés. Beaucoup de fierté. Des 2 côtés. Moi, je suis un gros sentimental. J’ai retenu mon émotion devant ces mômes y arrivant enfin, et récoltant de bons résultats après beaucoup de travail. J’ai dit à quel point j’étais fier d’eux, de voir tous ces points verts sur ma grille d’évaluation. Certains ont souhaité repasser pour passer de un point vert à deux, me demandant comment ils auraient pu mieux faire. J’ai cru par moment être dans la 4e dimension…

Alors voilà, je suis content, ça n’arrive pas tout le temps, ça fait du bien de le dire. en plus, si moi je suis content, imaginez-les eux qui vont rentrer à la maison avec leurs notes d’anglais… Un prof et des élèves contents d’être à l’école, ce n’est pas si mal comme semaine, non?

Je l’ai déjà dit il y a peu, mais il y a des moments où être prof, c’est vraiment bien!

8 réflexions au sujet de « J’adore… les bonnes notes. »

  1. Cet article est merveilleux… La façon dont vous racontez la bataille d’un enseignant pour amener ses élèves au savoir certes, mais à un savoir qu’ils ont envie de détenir c’est juste… En fait, je ne trouve pas de mot assez fort pour ça.
    Pour des gens comme moi qui croient en l’école et qui se destinent à l’enseignement, cet article confirme notre choix, nous donne l’envie de continuer, de prendre la main de tous ces enfants à notre tour et de les aider, de les épauler.

    Bref, j’adore… ce blog, et je le suis avec plaisir depuis que je l’ai découvert 🙂 🙂 (il y a une semaine à peu près ^^)

    • Que dire? Merci! Moi, je crois que c’est un beau métier que l’on ne peut vraiment faire que si on l’aime, ce qu’on nommait avant la vocation. Bonne chance pour la suite alors et à bientôt sur les commentaires…

  2. J’ai appris lors d’un stage de communication organisé par le Se UNSA, que la meilleure façon de progresser, était de voir les choses positives , de voir le verre à moitié plein. Ton témoignage en est une illustration parfaite!

    • Pointer vers ce qui va, tout en aidant à améliorer ce qui ne va pas, montrer que c’est accessible. Je n’y arrive pas toujours, mais j’essaie.

    • Ce n’est pas tous les jours rose et facile non plus, beaucoup de travail, d’investissement, d’efforts, de moments de découragement, mais aussi des semaines comme celle-ci…

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