J’adore… les moments magiques.

Le premier jour de ma vie de stagiaire, la formatrice nous a demandé de raconter un peu qui on était en venant au bureau. Je me suis plié à l’exercice, j’ai raconté mon expérience de  » stagiaire vacataire temporaire  » (si, je vous jure, il y avait marqué ça sur mon bulletin de salaire… ) et à quel point j’avais apprécié cette expérience, que les élèves aimaient beaucoup le moment du cours d’anglais et moi avec.

La même formatrice m’avait alors dit  » mais vous n’êtes pas là pour qu’on vous aime.  »

La phrase a longtemps tourné dans ma tête, j’ai pensé que c’était important si elle le disait, et je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire. Il ne faut pas que les élèves vous apprécient en tant que professeur ? Ah ? Dur. Bon…

Bref, j’ai fait mon chemin, et j’en suis venu à comprendre (mais je peux me tromper) qu’il ne faut pas avoir peur par moment d’être impopulaire en étant ferme, exigeant ou non plus courir après la popularité en étant trop gentil. Exercer une autorité juste, donner un cadre qui permet aux élèves de se sentir bien dans le cours, et à tout le monde d’être pleinement élève. Enfin, moi, je vois les choses ainsi.

Pourquoi, je vous raconte ça ?

Parce qu’il y a quelques jours, j’étais là, tout sage, gentil, posé dans la cour, j’encadrais un groupe d’élève qui partait déjeuner, tout décontracté en cette fin d’année au soleil, et je ne m’y attendais pas…

A quoi ?

A LA phrase. Vous savez, celle qui va vous émouvoir et vous toucher, que vous sentez très sincère…L’année est finie, pas besoin d’être sympa avec le professeur ou de se faire bien voir, donc vraiment pas d’arrière-pensées possibles.

Je vois donc une de mes élèves de 3e, avec qui, j’ai été très exigeant, que j’ai beaucoup recadrée, mais avec des résultats…

Je la vois qui s’approche, tout en regardant si personne ne la regarde (parce que bon, quand même, on a une image d’ado à défendre… ) et qui me dit :

–  » Monsieur ?  » (un peu gênée… )

–  » Oui ?  »

–  » Je peux vous parler ?  » (toujours un peu gênée, sourire timide)

–  » Oui, bien sûr.  » (large sourire d’encouragement)

–  » Ben voilà, en fait, euh… je voulais vous remercier pour cette année et de m’avoir aidée et tout…  »

Et paf ! LA phrase qui fait toujours plaisir aux professeurs, être ému, mais en gardant quand même sa dignité, savourer le moment.

–  » Ah, mais ça me fait plaisir que tu me dises ça, c’est très gentil à toi…  » ( et puis enchaîner sur des banalités du style tu sais c’est mon métier, c’est normal et sur ce qu’elle va faire l’an prochain…).

–  » Ben, je reste ici.  »

–  » ah, ça, ça me fait plaisir !  »

–  » Mais je suis un peu triste car je sais que vous ne prenez pas les secondes…  »

Bon, ben voilà, me voilà achevé par tant de gentillesse sincère… Je dis à quel point je suis certain que cela se passera bien avec mes collègues, qu’elles sont vraiment super et que je suis certain que ça va aller…

Donc, bon, je ne suis pas là pour qu’on m’aime, c’est sûr, mais il est bon de savoir que les élèves ont appris avec moi, se sont sentis bien dans le cours, ont senti que j’essayais de les aider, de les faire progresser etc.

Il y a des moments magiques où on vous le fait comprendre avec une grâce infinie.

Cher(e)s collègues, je vous souhaite tout plein de moments magiques.

Une réflexion au sujet de « J’adore… les moments magiques. »

  1. Ah-ah, le « on n’est pas là pour qu’ils nous aiment… ». Etant à mi-temps, je me suis accrochée à ça quand je les voyais préférer ma collègue de l’après-midi, plus « cool » (elle avait les matières sympas, et bon, elle autorisait les stylos à paillettes, j’avoue que c’est dur à concurrencer), j’ai tenu bon dans mon coté autoritaire-mais-avec-de-l’humour… Pour finalement apprendre en fin d’année qu »en effet, même un de mes loustics les plus durs, un qui me contestait sans arrêt, jamais content de rien, m’appréciait en fait beaucoup, justement parce que je le cadrais. Moment magique également quand la maman m’a dit cela, de ces moments qui resteront en mémoire pour les temps de découragement ! A vous lire, je ne suis pas surprise qu’ils vous aiment vos élèves, il faudrait être difficile ! Bonnes vacances :).

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