J’adore… la 4e dimension.

Il y a des jours comme ça, tout se presse dans votre vie privée, vous êtes submergé de soucis, de choses à faire et vous vous dites que rien ne va aller dans le travail. En plus, vous avez mal au crâne, au dos, il fait un temps pourri. Votre cartable est trop lourd.

C’est sans compter sur les jolies surprises du métier.

Donc, ce matin, arrivé à la dernière minute, au téléphone pour régler des détails, pas possible de me pré-installer dans ma salle puisqu’elle est occupée avant que j’y entre… Bref, ça ne va pas le faire.

Or, non. Une très belle journée. Je rentre heu-reux. (si, il y a des profs heureux…).

Mes élèves ne sont pas excellents. Mes classes sont celles de nombreux collègues. Des élèves ayant du mal, des vies compliquées pour certains, doutant de leur rapport à l’école et au savoir. Ils sont des besoins. Besoin d’aide. Besoin de parler pour certains. D’explications. De méthodes. De cadres.

Travailler avec eux, ce n’est pas toujours simple.

Depuis la reprise, j’ai beaucoup insisté sur l’entrée en classe, je demande aux élèves de se ranger deux par deux, d’attendre en silence, d’entrer dans le calme de s’installer dans le calme et de sortir de quoi écrire, le tout très vite. Oui, je suis psycho-rigide, tendance exigeant. Cela est toujours très compliqué à installer.

J’ai expliqué: l’entrée en classe dans le calme, c’est la sortie du bruit, de l’agitation de la cour. On entre en classe et on se place dans une posture d’élève qui va travailler. On fait son métier d’élève. On est dans une attitude qui fait qu’on va être efficace et comprendre.

Ce matin, mes choupis ont été parfaits, mais aussi mes grands. C’est souvent plus compliqué avec les grands qui n’ont plus confiance en l’école et ne veulent plus faire d’efforts.

Or, mes grands cette année, ils sont incroyables.

Un moment de pure 4e dimension…

Ils se sont rangés, ils m’attendent, me sourient (ahhh, j’aime…) et entrent.

« Allez-y, je vous observe vous installer. »

Pas un bruit, pas une parole, des ‘chuuuuuttt’ chuchotés pour entrer en silence, prêts et opérationnels en 45  secondes…Je les ai félicités, montrant mon grand plaisir devant ce groupe d’élèves qui respecte mes demandes. Sourire du prof. Sourires en retour. Un joli moment.

Attendez, ce n’est pas tout. On finit le cours, et je donne à partir du document un travail écrit à me rendre, et quelque chose à lire (j’aime faire lire pour travailler la différence entre graphie et phonie, et ils doivent se lâcher pour jouer et imiter au mieux l’accent). Je récolte souvent des  » pfffff… « ,  » M’sieur, mais c’est trop dur là, on va pas y arriver… ».

Cette année :  » Mais Monsieur, c’est trop bien, ça comme travail, c’est cool…  »

 » Génial!  »

J’ai failli tomber et suis resté interloqué.

Ca fait vraiment longtemps que je n’ai pas eu de classe ayant envie de et montrant de l’enthousiasme.

Certains ont vraiment du mal, mais je sens qu’ils vont se battre.

On travaille l’oral.

Tous me regardent les regarder quand ils parlent anglais. Le contrat, c’est tout le monde participe au moins une fois, même pour répéter quelque chose. Ils jouent le jeu. Les autres poussent les timides à lever le doigt.

Mais quand je vous dis que je suis en plein rêve…

En rendant un paquet d’interrogations, je dis mon plaisir de voir des cours appris, même si beaucoup n’ont pas eu le maximum auquel ils pouvaient prétendre. Je parle d’exigence et de rigueur. De ma frustration de voir qu’ils pouvaient avoir le maximum mais qu’ils ne l’ont pas eu. Je leur dit qu’il faut être rigoureux. Ne rien oublier, être attentif à la ponctuation, l’orthographe, qu’il y avait beaucoup d’étourderies et que c’est dommage de passer à côté du maximum possible alors qu’en passant un peu plus de temps à apprendre, en étant plus concentré pendant l’évaluation, le maximum était à leur portée. J’explique la possibilité de repasser pour améliorer le tout. On parle méthodologie de travail. Comment apprendre. Je donne rendez-vous à ceux qui le souhaitent en aide aux devoirs pour travailler la méthodologie. Certains disent qu’ils viendront.

4e dimension.

C’est l’heure. Je rappelle la règle, ranger les tables, jeter les papiers. Respecter notre espace à nous.

La salle est nickel. Les tables rangées.

En sortant, ils commencent à jouer le petit texte donné en cherchant l’intonation, m’annoncent que dès le prochain cours ils passeront (ils ont 3 semaines pour passer, repasser si besoin pour améliorer ce qui n’a pas été réussi). D’autre commencent à me parler de leurs idées pour le travail écrit. La sortie des élèves se fait, et ils parlent du cours, j’entends le texte en anglais.

4e dimension.

 » Au revoir, Monsieur, bon week-end « .

Si,  » bon week-end  » me disent-ils!

On va passer une belle année…

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