J’adore…le dialogue.

Enfin, j’ai appris à. Moi, je suis plutôt du genre psychorigide.

Cette année, j’ai décidé d’écouter mes élèves (en tout cas, un peu plus).

Pourquoi?

Je n’en pouvais plus des cours pas appris. Je ne fais pas faire que ça, de l’apprentissage, mais bon, sans ça, on n’avance pas.

Donc, j’ai essayé de comprendre, d’expliquer pourquoi je demandais d’apprendre (ben, oui, ce n’est pas si évident que ça pour mes élève que c’est important).

Nous en avons donc parlé, j’ai aussi demandé pourquoi ils n’apprenaient pas quand ils n’apprenaient pas.

1. pas le temps.

2. trop difficile. Donc stressant.

Il fallait travailler sur s’organiser, et comment apprendre.

Nous avons réfléchi ensemble. Il y a 3 cours d’anglais par semaine. Les élèves ont proposé qu’ils ne soient interrogés qu’une fois par semaine sur ce qui est à apprendre sur les cours précédents  » parce que des fois on veut apprendre, mais on n’a pas le temps.  »

Tiens, et pourquoi pas ? Finalement, quand on les écoute, ils ont des choses constructives à proposer. Suis-je bien toujours à l’écoute ? Si j’écoutais, sans juger ? J’ai du mal, je pense, moi aussi, à sortir de mes idées préconçues sur les élèves qui ne font pas les devoirs.

Donc, on essaie l’interrogation écrite ou orale fixe. Par contre, j’explique que je serai intransigeant, et exigerai que le travail soit fait. Les élèves sont d’accord.

Globalement, ça fait un mois, ils jouent le jeu pour la plupart.

Sauf cette semaine.

Professeur pas content. Tout découragé. Tout inquiet. Mais pourquoooooiiiiii ?

Je décide de prendre une heure et de dialoguer. Sans démagogie. Avec sincérité. Sans juger.

–  » Bon, je ne suis pas content. Mais quand même, là, je veux comprendre. Et pourquoi cette semaine vous n’avez pas travaillé ?  »

Un élève, jusqu’à présent ne travaillant pas, prend la parole:  » c’était trop long.  » (je me félicite au passage de la qualité du dialogue possible et de la confiance entre eux et moi).

–  » Oui, mais il y avait plusieurs heures d’aide aux devoirs, et un week-end.  »

–  » Mais moi, le week-end, je me repose d’une semaine longue.  »

Bon, je reconnais, les semaines sont longues…Et, moi aussi, je pense que le week-end est fait pour se reposer.

Un autre élève: « Oui, mais quand même, il y a possibilité de rester le vendredi de 3 à 5 pour finir les devoirs du week-end, ils l’ont fait exprès, après c’est ton choix de ne pas rester…  »

Les élèves finissent à 3h mais ceux qui veulent peuvent rester pour faire les devoirs avec nous (et globalement, nous donnons peu de travail pendant le week-end). Les élèves peuvent repasser tout ce qui a été ‘raté’ et retravailler avec nous pendant l’aide aux devoirs.

Je lui explique que si elle part à 3h, ça implique qu’elle gère ses devoirs seule. Donc, lors du week-end.

Après, une ou deux autres tentatives d’excuses, je lui dis (le plus gentiment possible, en me contenant…),  » Tu ne crois pas que tu cherches des excuses, non ?  » Elle reconnait:  » Vous avez raison, Monsieur.  »

Au passage, je la félicite de son courage, d’avoir pris la parole, d’avoir expliqué. Ca nous a permis de remettre les choses à plat.

Elle semblait vouloir apprendre en partant. Réponse la semaine prochaine. Je verrai.

Suite: la leçon était longue. C’est vrai.

–  » Une idée pour rendre les choses plus simples ?  »

–  » Monsieur, les cartes mentales ?  »

– « Oui, on en a parlé dans la semaine, j’ai même été montrer comment ça pouvait s’appliquer. Vous avez essayé ?  »

–  » ….  »

–  » Vous voulez qu’on essaie d’en construire une ensemble ?  »

Nous avons passé le reste de l’heure à reprendre les derniers cours, à les reconstruire en carte mentale. Les élèves ont promis de repasser cette interrogation ratée la semaine suivante… Je verrai.

Le dialogue a continué avec d’autres.

–  » Sincèrement, là, vous avez vraiment essayé de travailler le cours depuis le début de l’année ? »

Ils reconnaissent n’avoir rien fait depuis le début de l’année. Là encore, je me sens honoré de leur confiance. Pas simple de le dire devant tous. Pas simple de se dire qu’au fin fond on a envie de changer mais que bon, ça fait peur. Donc, on ne fait rien. On cherche à justifier. Ce n’est pas dit, mais je l’entends. Je parle de part propre à chaque élève à faire. Que j’accompagnerai tous les élèves, mais que je ne peux pas faire cette part. J’essaie de ne pas m’emporter.

Les ai-je convaincus ? Je verrai.

Une autre classe, elle, me dit :   » Monsieur, on ne va pas y arriver pour cette semaine. On pense qu’on a mal choisi le jour de l’interrogation fixe parce que… » Et ils m’expliquent. Pas mal. Ils argumentent leur demande.

Je donne mon accord pour changer l’heure, on prend du temps pour apprendre, comprendre en classe. Ce n’est pas un « cours d’anglais « , mais ai-je quand même fait mon métier ? Je crois que oui.

L’interrogation avait lieu aujourd’hui. Tous ont écrit, pour certains, c’est vraiment bien. Certains m’ont dit  » en fait, je n’ai pas appris…Je viens vous voir mardi, et je repasse, promis…  » Je verrai.

Mais, on va dans le bon sens. Ils réfléchissent à leur rapport à l’école, au travail, à la difficulté. Ils apprennent à faire confiance aux enseignants et à parler avec eux (nous, moi). Moins de conflit.

On avance.

Enfin, je verrai.

Mais j’y crois.