J’adore…les montagnes russes.

Puisque c’est les vacances, que je suis coincé dans un train pendant de longues heures, que geek intense tendance pomme je suis et que donc j’ai un iPad Air tout neuf (my precious…), j’ai donc du temps pour penser à mon 1er trimestre.
Oui, je suis en vacances et je pense à mon métier, mais bon, hein, je fais ce que je veux.
Ami lecteur non-prof, tu sais déjà si tu me lis que le prof n’est jamais vraiment au repos et qu’il pense toujours au boulot un peu. Surtout si comme moi, il sait qu’en rentrant de vacances, des tonnes de paquets de copies froides l’attendent.
Bref, retour à ce 1er trimestre.
J’ai très peu écrit sur le blog.
Pas envie de parler, de partager, ou de faire ma thérapie on line. Envie de chercher, de me sentir mieux en classe pour pouvoir à nouveau vous dire pourquoi j’adore mon job.
J’enseigne donc dans un établissement Eclair, ex Zep, ex Zone sensible, ex je ne sais quoi encore, ex étiquette qui doit cacher qu’enseigner n’y est pas simple.
Mes élèves ont des parcours difficiles, des difficultés chez eux et / ou à l’école et ne font pas / plus confiance aux adultes enseignants.
J’ai reçu cela en plein visage pendant 2 mois. 2 mois très difficiles avec certaines classes. 2 mois à aller en classe avec un nœud au ventre. 2 mois à devoir faire ce que je n’aime pas faire, beaucoup de discipline, parfois devoir hausser le ton, mettre des limites, le tout en inspirant confiance et en montrant que j’étais bienveillant. 2 mois à me dire qu’il serait sans doute temps de faire autre chose, ailleurs, autrement.
C’est là que tenir un blog est quelque chose de formidable, car ces doutes, je les ai eus déjà l’an dernier, à un autre moment, un peu autrement. Je me suis donc dit que cela était cyclique, lié à comment ça se passait en classe.
Je me suis accroché.
Ces mômes en difficulté, que voulez-vous, moi j’y suis attaché et je veux les aider à réussir. C’est dur, mais ça me plaît. J’ai choisi d’être là, dans un établissement avec ce public là et j’ai la chance d’avoir des collègues formidables à qui je peux dire que ça se passe mal avec telle ou telle classe et qui me répondent que pour eux aussi c’est dur, ou me disent qu’en tant que professeur principal ils vont essayer d’en discuter avec les élèves, chercher des solutions, proposer ci ou ça. Qu’on va travailler ensemble, les professeurs, mais aussi les élèves.
J’ai donc maintenu le cap, maintenant mes exigences sur ce que j’estime devoir être un comportement d’élève : respect de la parole des autres, la mienne y comprise, respect de l’envie de travailler des autres, la mienne y comprise, laisser les soucis hors de la classe, essayer d’y être bien, de s’y plaire, ne serait-ce qu’une heure.
Et puis, à force de patience, grâce au travail de dialogue de mes collègues professeurs principaux, en novembre, j’ai passé une bonne heure de cours, puis deux. A la fin d’une heure, un jour, les élèves ont dit « déjà? », « c’était bien le cours aujourd’hui, Monsieur… ». J’ai expliqué que sans doute j’avais pu me détendre de par leur attitude différente, que eux avaient changé, donc moi aussi, on avait changé ensemble, j’ai parlé du plaisir que j’avais eu à venir en classe avec eux, de ma fierté face au beau cours que nous avions écrit, à sa richesse.
« Nous aussi, Monsieur, on a eu du plaisir à être là. C’est vrai hein que ce cours il est bien. »
« Et si on continuait comme ça? »
Depuis, cela tient, plus ou moins bien, les notes remontent, ils repassent les évaluations ratées, réussissent, ou pas, mais veulent essayer, des élèves ont encore du mal, mais désormais on se centre sur le cœur du cours: qu’est-ce qui coince en anglais? Qu’est-ce qu’on peut faire ensemble? »
Ma ‘pire’ classe, celle avec laquelle j’étais en difficulté, disons-le en souffrance, est devenue celle avec qui j’ai le plus de plaisir à enseigner.
Encore une année durant laquelle les élèves m’apprennent des choses.
Encore un trimestre qui me rappelle à quel point et pourquoi j’adore mon job, qui très souvent consiste décidément à être sur des montagnes russes. Le secret, c’est de le savoir.