J’adore…réussir ma rentrée (ou l’aide aux devoirs).

Les prochains billets vont vous parler de ma rentrée. Tout n’a pas été rose, mais c’est une des (la ?)  plus belles et plus intéressantes que j’ai vécues, j’ai beaucoup à partager.

Mon établissement est un internat. Les élèves ont donc du temps pour travailler dans l’établissement puisqu’ils ne le font pas chez eux.

Plutôt que de mettre ce temps de façon classique de 5 à 6 voire 7, le parti-pris a toujours été de l’intégrer à l’emploi du temps, qui du coup s’élargit au-delà de 5h de l’après-midi.

Cette année, notre Proviseur a décidé d’intégrer une demi-heure de « travail », permanence, étude dirigée – peu importe le nom – à l’horaire de certaines matières dont la mienne, l’anglais.

Je me retrouve donc avec mes 3h classiques, plus une demi-heure. J’ai concrètement 2 fois une heure, et une fois une heure et demie. L’engagement pris par les enseignants était d’utiliser au moins une demi-heure de ces 3h30 pour faire de « l’aide aux devoirs ». J’ai choisi pour ma part de diviser cet horaire en 2, 45 minutes de cours, 45 minutes « autres ».

Au départ, cela m’inquiétait un peu d’avoir une heure trente. Est-ce que cela n’allait pas être trop long ? Nos élèves en difficulté allaient-ils adhérer ?

J’ai choisi de faire cours sur la première partie, et d’accompagner leur apprentissage du cours (en anglais, il faut pratiquer, mais aussi apprendre). Tout le monde doit apprendre, puis chacun utilise le temps comme il le souhaite : pour pratiquer, pour finir quelque chose, recopier un cours manquant, lire en anglais, écouter des ressources, créer des ressources, créer des fiches mémos. Les élèves ont d’emblée adhéré. J’ai pu travailler avec eux sur ce que ça veut dire « d’apprendre son cours ». J’ai donné diverses méthodes pour mémoriser. Certains, les plus petits, ont beaucoup aimé aussi venir me réciter ce qui était à apprendre, ou me montrer leur cahier.

En seconde, après une première interrogation de cours, une élève m’a dit : « Mais en fait, c’est facile d’apprendre ! Ca marche votre truc ! Pendant des années, je m’y suis mal prise ! » Cet aveu m’a beaucoup touché, et en même temps énormément chagriné. N’avons-nous là pas raté l’essentiel si une élève de 2nde découvre seulement cette année-là comment apprendre ? L’arrivée dans le projet de socle commun d’une section là-dessus me fait très plaisir, je dois dire.

Mes petits 6e, mais aussi les 4e ont bien peu d’idées sur ce que veut dire apprendre un cours, et surtout comment on fait. Ils pensent aussi qu’ils sont « nuls », pas adaptés à l’école et ont une très médiocre image d’eux-mêmes. S’ils n’arrivent pas à apprendre alors que d’autres savent faire, c’est forcément que quelque chose ne va pas chez eux. Ce sont bien souvent des élèves qui pour diverses raisons ne sont pas aidés à la maison. On touche là pour moi un point essentiel. En donnant des devoirs à la maison, des exercices, on favorise certains élèves : ceux qui réussissent déjà à l’école, ceux qui peuvent être aidés par leurs parents, et on laisse de côté ceux qui n’y arrivent pas et pour qui on devrait être là. Ceux-là mêmes pour qui l’école telle que je la conçois doit être là.

Attention, je ne dis pas que les élèves ne doivent rien faire en dehors du cours. Mais à mon sens ce qui est donné en dehors du cours doit être très réfléchi et ne doit pas placer les élèves dans une situation qui amène de l’inégalité et qui les met en difficulté si personne n’est là pour les aider.

La classe inversée m’a aussi beaucoup apporté, je donne à faire hors du cours des choses simples, regarder une vidéo portant sur un point dont ils auront besoin, quelque chose à lire, puis on fait le point en classe et on utilise ces connaissances pour pratiquer la règle. Je donne à faire quelque chose qui aidera l’élève pendant le cours, qui lui permettra d’avancer. Parfois, mes 45 minutes servent aussi à cela pour ceux qui ne peuvent pas le faire hors de la classe (pas d’accès à Internet par exemple). Mais je reviendrai dans un autre billet sur la classe inversée.

Je perdrai sans doute un jour cette demi-heure en plus, mais je pense que je militerai alors pour 2 créneaux de 1h30 durant lesquels j’aiderais les élèves à faire le travail que l’on donne à faire normalement « à la maison ».

On a donc beaucoup travaillé sur comment apprendre et quoi. Qu’est-ce que ça veut dire savoir un cours ? Savoir un mot, c’est savoir ce qu’il veut dire, savoir le dire, savoir l’écrire ? Les 3 ? Ah bon, Monsieur ? Les évaluations orale ou écrites de cours sont vécues différemment depuis aussi. Ce moment commun de « travail » est devenu un vrai moment de plaisir. On fait cours, et après on apprend. Est-ce que je perds du temps? Je ne crois pas. Et puis cela pacifie énormément le déroulement du cours. Les élèves savent que je serai là, pour aider, pour expliquer à nouveau, pour clarifier, même après le cours classique. Bref, que je serai leur professeur. Pleinement.

2 réflexions au sujet de « J’adore…réussir ma rentrée (ou l’aide aux devoirs). »

  1. Bonjour Freddav !
    Bravo et merci pour ce billet ! Je souscris à 100% à ce que tu écris. L’apprendre à apprendre est indispensable pour tenter de gommer les inégalités entre nos élèves : certains trouveront les clés tout seuls, d’autres avec l’aide de leurs parents ou de profs particuliers mais ceux qui n’ont pas d’aide ? C’est l’école qui doit la leur apporter. J’ai connu dans le premier degré dont je suis issue la demi-heure d’étude dirigée intégrée au temps de classe. Ce fut déstabilisant à mettre en place mais tellement productif quand après concentration entre collègues les effets produits sur les élèves ont été positifs. Le nouveau socle qui s’annonce fait de l’apprendre à apprendre un des domaines que les élèves devront avoir validé. C’est à mon sens une bonne chose.
    Quant aux cours d’une heure et demie… Quand j’étais enseignante, je ne savais pas bâtir d’autres séances que des séances de cette durée là. Les élèves ne s’y ennuyaient pas bien au contraire. Cet espace long permettait des moments de différenciation, des modalités de travail qui offraient la possibilité d’alterner oral et écrit, travail individuel et travail de groupe,… J’ai le souvenir de stagiaires accueillis dans mes classes qui découvraient un mode de fonctionnement où l’on prend son temps. Qui peut (et j’ose le dire qui doit ) s’accorder ce luxe ? Un enseignant avec ses élèves. Alors si tu te posais des questions sur la construction de cours d’une heure et demie, moi je me posais des questions sur la construction de séances d’une heure. Merci en tout cas pour ce partage ! Et vive la rentrée !!! 😉

    • J’apprécie (et les élèves aussi) en effet tout particulièrement ce format d’une heure trente. On a le temps de faire les choses, de travailler différemment, de tester… Certains disent même au bout de ces 90 minutes « déjà ? » quand je dis que le cours est fini… Quant à l’aide aux devoirs, cela apaise tellement les choses, les élèves voient l’école tellement de façon différente et moins comme quelque chose de violent contre eux que je ne voudrais plus faire autrement…😊

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