J’adore…perdre du temps.


J’adore perdre du temps.

Je précise mon propos. Bien sûr que je n’aime pas perdre du temps, j’adore prendre le temps qu’il faut pour amener mes élèves là où ils doivent être à la fin de l’année.

Mes élèves ne travaillent pas.

Ou peu.

En tout cas, très peu seuls. Ils ont peu d’autonomie. Les « bons » (je n’aime pas ce mot collé à un élève, sorte d’étiquette dont ils ne se débarrassent que rarement, comme si c’était normal qu’ils le soient, tout comme « mauvais » élève, collé comme une sentence…) eux savent s’organiser, organiser leur travail, leur emploi du temps, comprennent les demandes des professeurs et savent comment faire. Comment ? Mystère. Parfois nous avons pris le temps de faire comme on pouvait de la méthodologie en classe, pressé par les programmes. Ils ont souvent inféré les méthodes, parfois l’encadrement des parents aussi les a amenés là où ils sont. Mais quid des autres ? Ceux qui bien souvent aussi veulent réussir, mais ne savent pas comment faire, comment apprendre, ne comprennent pas automatiquement ce que le professeur attend et comment y arriver ?

Je ne prenais pas en compte les besoins des élèves là dessus et ne me souciais pas des élèves après la classe. Il était normal qu’ils sachent faire les devoirs seuls. Moi quand j’étais élève, je me débrouillais bien seul, donc je pensais que c’était le cas de tous les élèves. Oui, mais moi, justement, j’étais un « bon » élève, mes parents n’ont jamais encadré mes devoirs. Je savais faire, et n’avais pas besoin d’eux. Donc pour moi, Il était « normal » qu’un élève sache apprendre et sache travailler tout seul. Sauf que non. Mes élèves ont souvent beaucoup de mal avec ça. Je ne rentre pas dans le pourquoi, c’est comme ça. De là, je fais quoi, je continue à les ignorer ? J’évolue ?

J’en suis donc arrivé à me demander ce que c’était que d’être le professeur des élèves que j’ai. Qu’est-ce que faire un cours à ces élèves-là ? De quoi ont-ils besoin pour réussir ? Dois-je continuer ainsi et continuer dans une approche qui à mon sens « trie » les élèves, en écartant les plus fragiles ? Puis-je me satisfaire de faire mon travail ainsi ?

Quand je suis arrivé dans mon établissement, on m’a beaucoup parlé de transmission des savoirs et de l’assimilation par les élèves de ces savoirs. Je dois dire que je me suis un peu demandé où j’étais. Mais de quoi on me parle ? Ils n’ont qu’à faire leurs devoirs !

Et puis, j’ai commencé à travailler dans les créneaux aide aux devoirs. Souvent, pleins de bonne volonté, en début d’année, les élèves essaient de faire les devoirs, et puis, devant le moindre écueil, ils bloquent, passent des heures carrées à chercher, et au bout d’un moment ne cherchent plus et abandonnent. Trop compliqué les devoirs, trop long d’apprendre. Je suis « nul »‘.

J’en arrive à hier. Hier, jour typique de mon travail de prof, j’interroge les élèves sur la leçon. Le travail n’a pas été fait pour une très large partie d’entre eux : le cours n’est pas su. Ce malgré l’aide aux devoirs – mes élèves sont internes et ont tous de l’aide aux devoirs le soir et le matin –  utilisée visiblement à autre chose. Cela arrive souvent. Avant cet établissement, j’aurais piqué une colère, et puis j’aurais sûrement dit une phrase (affreuse en y pensant) du style « eh bien tant pis, j’avance, je n’ai pas le temps de vous attendre. » Et après tout, pourquoi n’aurais-je pas ce temps ? Ce temps, ils en ont besoin. N’est-ce pas mon rôle de le leur donner ?

Donc, depuis un trimestre : j’ai décidé de prendre le temps, d’en « perdre ». De leur dire, « Ok (le tout avec un visage serein, détendu, un visage tu-ne-sais-pas-c’est-pas-grââââve….), eh bien vous allez utiliser une partie de l’heure à apprendre, l’autre à faire tel exercice (de la grammaire, de l’oral avec un assistant). Je ne lâche pas la chose, vous devez savoir cela pour avancer. Vous devez réussir l’évaluation finale. »

J’ai pris cette approche depuis un trimestre.

Le défi de cette approche étant de trouver ce que font les élèves qui eux ont déjà appris le cours et qui eux, en veulent plus, et ont le droit d’en vouloir plus. En général, je donne une tâche finale à accomplir en fin de séquence (un document à rendre, un dialogue à jouer lié à une situation précise…), ce qui est fait pendant la séquence sert à pouvoir accomplir cette tâche finale. Je demande donc d’utiliser ce temps pour préparer ce travail avec moi, ou je donne un travail qui va plus loin. Je ne suis pas encore très bon, je dois dire. Je cherche. Je tâtonne.

Quel bilan ?

Alors, il va sans dire que tout n’est pas rose. Mais bon. Après un 1er trimestre catastrophique (du style à chaque conseil de classe les moyennes de ma matière étaient les plus basses, ça fait toujours plaisir…), les notes remontent, avec un mieux de 2 points de moyenne de classe par exemple en 3e, plus 3 en 5e. Des élèves sont passés de 1 de moyenne à 8 ou 9, certains progressent de 10 points. J’obtiens des sourires d’élèves qui désormais demandent à savoir combien ils ont de moyenne « pour l’instant » et aussi quelles évaluations ils devraient repasser.

Hier, 3 élèves m’ont demandé à rester en cours pendant la récré pour repasser une interrogation. 4 autres ont choisi de ne pas avoir de pause pour préparer leur travail final avec l’assistant de langue…

Grande conséquence : je n’ai plus de chahut dans certaines classes pourtant très dures. Les relations avec celles-ci se sont apaisées…(et tant mieux, hein, parce que bon…).

Ai-je perdu du temps ? J’ai beaucoup culpabilisé sur le fait que je n’étais pas, certaines heures, le professeur parfait qui leur parle tout le temps en anglais les baignant dans l’anglais. Je ne fais pas le cours parfait attendu lors de l’inspection. Je ne fais d’ailleurs pas vraiment ces heures-là cours, je fais de l’accompagnement, j’aide, je guide. N’est-ce pas là aussi mon métier ?

Donc, en retard ? Ai-je perdu du temps? A ma grande surprise, non. Je suis plutôt en avance en 5e et 4e, c’est plus mitigé en 3e. Je trouve surtout que les choses sont mieux maîtrisées. Les 5e m’ont fait remarquer un jour que lors de l’écoute d’un document son, ils comprenaient parce « qu’il y a(vait) du vocabulaire que l’ont avait vu dans la séquence d’avant, donc on a pu comprendre parce que ces mots on les a appris ». Je n’avais d’ailleurs jamais étudié ce document aussi vite qu’avec eux…On est donc arrivé à la conclusion que plus on apprenait, plus on y arrivait. (pas aussi simple que ça mais bon, c’est une belle façon de voir les choses…).

Font-ils tous le travail ? Pas tous, presque. J’ai aussi des élèves qui bloquent, refusent. Je continue à leur montrer que je ne cède pas, que cela doit être su, que de toute façon ils devront me prouver qu’ils ont appris, que je vais prendre le temps, que je ne vais pas céder, que je vais les solliciter, que je vais leur dire « tu ne savais pas, je te donne rendez-vous tel jour, telle heure, tu viendras me réciter ». Ils jouent le jeu. La note n’est pas un jugement, mais le reflet d’un degré de maîtrise ou de connaissance. Ce n’est pas une sanction, on peut repasser une évaluation si on pense que l’on sait mieux, que l’on comprend mieux après plus de travail. Cela change totalement le rapport à l’évaluation. Et au professeur.

Auparavant, mon approche « ils n’apprennent pas, je laisse tomber, j’avance » (que je ne renie pas, c’est aussi un mécanisme de survie, je faisais comme je pouvais) aboutissait à la chose suivante chez mes élèves : « autant ne pas faire l’effort puisqu’il s’en fiche, de toute façon je ne comprends rien » (et d’autant moins que puisque le cours 1 n’était pas su, je ne pouvais pas rajouter de connaissances à savoir dans le cours 2 basées sur celle du cours 1, non-su donc). Je m’en rends compte a posteriori depuis que j’ai changé d’approche.

J’ai aussi appris la souplesse. Je donne des objectifs aux plus faibles : « moitié du cours su, moitié des points. Bien sûr tu peux améliorer ton score en me récitant tout un peu plus tard. » Les élèves qui ont le plus de mal à mémoriser ont donc le temps. Je raccroche le fait d’apprendre le cours, les règles, la conjugaison à du concret. On apprend pour être capable de faire. Capable d’écrire sur le blog au sujet de la sortie spéléologie, capable de parler en visioconférence à son correspondant américain de son dernier week-end et de se renseigner. On verra alors qu’on est compris de l’autre côté de l’Atlantique, que l’on comprend aussi. Que l’on comprend de mieux en mieux même.

J’apporte aussi beaucoup de méthodologie. Comment apprendre ? Comment écrire ? Comment gérer le français quand on écrit en anglais et le fait que cela ne fonctionne pas toujours pareil dans les 2 langues ? Comment savoir utiliser avec pertinence un dictionnaire, le traducteur en ligne (puisque je te dis que ça ne marche pas cette traduction mot-à-mot, ah mais…). Comment écouter de l’anglais parlé ? Sur quoi s’appuyer ? J’insiste pour que les conseils de méthodologie soient appliqués. J’insiste lourdement. Je montre que la façon de travailler de tel élève lui fait perdre du temps. J’en propose, impose, une autre.

Bref, parfois j’utilise 2 heures dans la semaine à encadrer le travail sur les 2h30 que j’ai de cours avec eux. Je n’ai pas fait « cours ». Ai-je été le professeur dont ils ont besoin ? Je pense. Ce temps « perdu », en tout cas pris au cours classique (je vous rassure, j’en fais aussi) n’est pas « perdu ». Je vais beaucoup plus vite dans la partie cours car les choses sont mieux maîtrisées. Et puis, petit à petit, l’autonomie va s’installer et je vais devoir prendre moins d’heures de « cours » classique. C’est un pari sur le long terme. En tout cas, je « perds » moins d’élèves. Et ça, je le vis bien.

Je ne sais pas si c’est la bonne direction. Je ne suis sûr de rien, je ne dis pas que j’ai raison, qu’il faut faire comme moi. Je cherche à mieux faire. Ca semble marcher. Je continue à chercher.

Bref, j’adore perdre du temps…pour en gagner.

J’adore…la fin du trimestre.


La fin du trimestre pour les profs (et pour les élèves pour qui ce n’est pas une partie de plaisir), c’est synonyme de bulletins de notes, de conseil de classe, de moyenne et de réunion parents-professeurs. On rentre dans un grand tunnel non-stop de choses à faire et à finir de toute urgence. On va passer des soirées entières en réunion à commenter le travail des élèves, on ne va plus voir personne, plus sortir et ne vivre pendant 2 à 3 semaines que pour ces réunions, vivre de plats tout prêts ou de pizzas livrées…Le cinéma sera un lieu qui n’existe plus, tout comme le théâtre…Quant aux films à la télé, soit on arrivera trop tard et ratera le début, soit de toute façon, on renoncera à les regarder car on va s’endormir au milieu et se réveiller à 11h la bouche pâteuse (non, pas de filet de bave, n’exagérons rien non plus…) avec l’étrange impression qui se confirmera par la suite que l’on ne va plus dormir de la nuit…

Bon, je le confesse, ce ne sont pas les parties de l’année que je préfère. Oui, car moi, j’aime bien avoir une vie personnelle en plus de professionnelle, et durant ces périodes, c’est impossible…Toutefois, j’aime beaucoup ces moments dans l’année durant lesquels on peut faire le point. Leurs résultats sont aussi un peu les miens quelque part… Oui, je sais, je ne suis pas impliqué dans tout leur travail, il y a aussi le travail personnel sur lequel j’ai peu d’emprise. Etant incapable (je le sais maintenant, j’assume) du moindre détachement, je me sens totalement aussi concerné par les résultats qu’ils ont et qui sont aussi les miens.

S’ils réussissent, je me dis que c’est génial, ils ont travaillé, fait des efforts et j’y suis aussi un peu pour quelque chose, s’ils ont de mauvaises notes, s’ils n’ont pas compris, ou s’ils n’ont pas travaillé, je ne peux m’empêcher de me demander ce que je pourrais faire de plus. C’est d’autant plus vrai dans mon nouvel établissement puisque nous sommes très impliqués dans l’accompagnement et l’aide aux devoirs.

Alors? Qu’est-ce que ça donne pour nous ce trimestre?

Donc, me / nous voilà au pied du mur terminant le 2e trimestre et permettant d’aller vers le 3e… Le mur, chez nous, est plutôt perméable, car les évaluations ratées peuvent être retravaillées et repassées et les compétences liées validées. Cela n’a l’air de rien, mais ça enlève beaucoup de stress aux élèves qui n’ont pas l’impression qu’un couperet leur tombe dessus, couperet sur lequel ils ne pourront pas revenir.

Ce trimestre a été plutôt bon, puisque certaines moyennes de classe / d’élèves ont fortement augmenté après un 1er trimestre plutôt désastreux pour certaines classes. Bref, ça commence à marcher. Ils reprennent confiance. Il en reste beaucoup en (grande) difficulté toutefois.

Etant un perpétuel insatisfait, je ne peux me satisfaire des élèves toujours en difficulté ou ne s’étant pas mis au travail. Je vais donc continuer à chercher, creuser. Que faire? Comment faire? Tout ne dépend pas de moi, il y aussi, je pense, beaucoup de facteurs extérieurs, mais au moins, je serai allé au bout de ce que moi je peux faire.

Il me tarde de faire le point avec les élèves, leur faire part de ma joie de voir la majeure partie des résultats augmenter, et puis oui, que le 3e trimestre commence pour que forcément les élèves n’y arrivant pas encore puissent y arriver.

Car forcément, ils vont, nous allons y arriver. Si, si!

J’adore…faire de l’alpinisme pédagogique.


Au départ, vous, plein d’une bienveillante autorité, vous pensez que vous avez envoyé vos élèves faire une petite balade pédagogique sur un tranquille petit chemin de campagne en leur donnant un devoir maison à vous rendre.

Une petite chose assez facile, une activité simple, à l’écrit, qui consiste à parler d’une pièce de la maison, en écrivant ces phrases à partir d’une phrase modèle avec un pronom relatif, de façon créative («Woooh, avec des couleurs et des p’tits cœurs et tout, Monsieur ?» comme disent les grands garçons de 3e).

Vous préparez, en bon pédagogue, une belle consigne, bien simple, que tout le monde comprendra, vous faites noter dans le cahier de texte, vous donnez un temps pour le faire, vous expliquez quels sont les critères d’évaluation en faisant participer les élèves à l’anticipation de ce qui va être évalué. Bref, une sympathique petite promenade sur un joli chemin de campagne, ce devoir. Ca va être sympa de le noter, toutes ces bonnes notes à venir…

Mais en fait, pas du tout.

Un mois plus tard, 4 semaines après le dernier délai, vous avez un nombre très important d’élèves qui n’ont pas rendu le travail. Vous vous fâchez, vous disputez, vous menacez, vous jouez sur la corde sensible de l’affection qu’ils ont envers vous en disant que cela vous blesse (c’est vilain, je sais), vous faites part de votre mécontentement, bref, vous essayez plein de choses, rien n’y fait.

2 options s’offrent à vous.

Option 1: Vous vous dites que bon, ben après tout tant pis pour eux, moi j’avance, ils ne veulent pas, tant pis, là quand même, ils y mettent de la mauvaise volonté, ce n’était pas dur…

Je l’ai longtemps fait, démuni, et désemparé devant ce non-travail incompréhensible.

Mais, vous laissez un nombre considérable d’élèves « sur le bord du chemin éducatif » (le même que mon chemin de campagne vous croyez ?). Et franchement, vous en avez assez.

Et en plus là, non. Je veux mes écrits créatifs jolis, décorés, je veux les bonnes notes, je veux les afficher sur le « Wall of Fame » de la classe, et j’en ai assez d’avoir tous ces élèves qui ne font pas le travail.

Option 2 : vous vous dites que vous allez faire quelque chose. Quelque chose de positif, que vous n’allez pas être dans la réaction de mécontentement, mais dans l’accompagnement. Vous allez utiliser ce qui existe (l’aide aux devoirs le soir, mes élèves étant tous internes) et vous allez les forcer à le faire.

Option 2 prise.

Rendez-vous pris donc le jeudi soir et le lundi soir pour les 2 classes en question.

Vous expliquez.

Réaction de méfiance, ils ne veulent pas, vous passez outre, vous vous dites surtout que ce n’est pas une attaque personnelle envers vous (tout n’est pas lié à mon égo de prof surdimensionné alors ?), mais en fait une façon de se protéger. Ne pas faire pour ne pas se mettre en danger. Faire, c’est s’exposer au regard du professeur, à son évaluation, risquer la mauvaise note, le point rouge dans mon établissement. Ne pas faire pour ne pas être exposé.

Mais là, il ne rigole plus, il le veut son texte…

Et vous vous rendez compte qu’en fait la ballade sur le chemin de campagne n’en est pas une, mais c’est carrément l’escalade de l’Everest.

Vous vous dites que vous allez être dans la méthodologie. Vous allez les aider.

Et là, vous découvrez dans cette heure trente avec eux tout ce qui fait qu’ils ne font pas.

Vous dites de commencer par lire la consigne.

Vous découvrez que la consigne toute belle, bien écrite, ultra claire, qui ferait la fierté de votre inspecteur, elle a disparu, notée au mieux rapidement, partiellement dans le cahier de texte / agenda. Ou bien pas notée. (« Gniaaaaaa…. », faites-vous intérieurement en gardant votre bienveillant sourire de professeur qui accompagne).

Vous redonnez la consigne. Vous envoyez vers la phrase modèle.

Vous découvrez que la phrase modèle du cours, eux ne savent même pas qu’elle existe. («Gniaaaaa….») Certains vous disent qu’ils n’étaient pas là ce jour-là. D’autres qu’ils n’avaient pas le cahier, qu’ils ont noté sur une feuille, qu’ils l’ont perdue…Vous parlez du métier d’élève. Rattraper les cours quand on est absent. Avoir ses affaires. Les élèves vous disent que n’étant pas là, ils ne savaient pas qu’il y avait cela à faire.

Là, vous feignez la surprise. « Aaahhh? Vous n’avez pas accès au cahier de texte en ligne? C’est bizarre, je le remplis pourtant bien tous les jours… » (il est trop fort, il a réponse à tout…).

Vous reparlez du métier d’élève. Vous en redonnez les quelques traits principaux.

Pour vous, bon élève, qui n’a jamais eu besoin d’accompagnement, et de l’aide de ses parents, tout ça, c’est évident, cela va de soi. Plus cela va, plus vous découvrez que non.

Retour à la phrase modèle. On en parle, on la commente, on l’explique. Certains se lancent.

« M’sieur, comment on dit « salon » ? »

Là, vous leur parlez de leur nouvel ami, le dictionnaire. 5 minutes après, on vous dit que «M’sieur, ‘salon’ il y est pas dans le dictionnaire». (« Gniaaaa…. »)

Vous montrez à l’élève comment marche le dictionnaire, il y a 2 parties, comment on trouve le mot, non, ça c’est la prononciation, vous expliquez que sur certains mots il y a 1, 2 et que cela correspond aux différents sens. Les élèves commencent à arriver à trouver les mots dont ils ont besoin tout seuls.

Vous commencez à vous dire que le chemin de campagne est quand même bien escarpé.

Vous circulez, vous regardez, vous encouragez. Vous recevez des sourires. « Ce n’était pas si dur que ça, hein ? », dites-vous pour vous rassurer alors que vous découvrez l’ampleur de leurs besoins en accompagnement et en aide.

Au bout d’une demi-heure, des brouillons vous arrivent, vous pointez vers un -ing, vous demandez la raison de sa présence, vous pointez vers la phrase modèle dans laquelle il n’y a pas de -ing. silence, réflexion, sourire bienveillant, l’élève cherche, vous dit que donc il ne faut pas en mettre là. On reparle des valeurs du présent simple. Vous pointez aussi vers les belles phrases, les poétiques, celles qui vous plaisent.

Nous sommes désormais à la moitié de la montagne.

Vous vous rendez compte que votre expédition « Everest » est partie sans un membre qui n’y arrive pas et qui est resté au camp de base. On reprend. Il commence à grimper le chemin avec vous.

Les autres restés à mi-chemin du sommet de la montagne en vous attendant (puisque reparti au camp de base) commencent à venir prendre les crayons de couleurs, les feutres, les feuilles blanches (que vous aviez fort astucieusement pensé à apporter, pas d’excuse possible pour ne pas faire…). Car oui, aussi, vous aviez expliqué qu’il ne fallait pas commencer directement sur la feuille finale…Vous expliquez qu’il va falloir progressivement arriver à plus d’autonomie…

Le sommet est désormais proche, la cordée a bien avancé, certains ont vraiment eu du mal, et cette ascension a été dure. Mais tous ensemble, on est arrivés au sommet. Le ciel est dégagé, l’air pur, il fait beau. Forcément, l’anglais sera plus facile désormais.

Demain, il faudra redescendre, se retrouver tout en bas et se remettre à grimper d’autres sommets.

Mais vous savez quoi ? J’adore faire de l’alpinisme pédagogique. Eux aussi.

J’adore…chercher la clé multifactorielle.


Vous savez le matin, quand vous êtes déjà bien en retard, quand tout a pris 20% de temps de plus que d’habitude, que vous avez versé le jus d’orange dans le bol de café (rempli de café) plutôt que dans le verre vide, quand vous avez eu du mal à vous lever déjà, idéalement quand vous avez mal dormi, et que dès au réveil vous pensez aux 3 milliards de choses que vous avez à faire dans la journée, que déjà vous avez mal au crâne, que ce café ne fait décidément pas effet et que lorsque vous êtes sur le point de partir vous ne trouvez plus vos clés de voiture (marche aussi avec les clés du bahut, votre clé USB avec tous vos cours dessus etc…)?

Ça vous parle?

L’autre jour en parlant à mon proviseur-adjoint, ça m’a frappé, comme une évidence. On parlait des difficultés que j’avais à faire travailler telle classe (ben oui, y’a des classes avec lesquelles je n’y arrive pas) et je me suis entendu dire « je ne sais pas, avec eux, je n’ai pas encore trouvé la clé, je cherche toujours la clé ».

Mon métier c’est ça. Chercher la clé.

En fait, c’est exactement ça. J’ai l’impression que nous passons l’année (le mois, la semaine si vous êtes doué) à chercher LA clé qui fera que les élèves se mettront au travail, pas celle qui fera qu’ils y arriveront, mais celle qui fera qu’ils ont envie d’essayer.

Le matin, quand vous ne trouvez pas vos clés, c’est souvent multifactoriel (ah, ah, j’adore ce mot.). Vous ne les trouvez plus parce que déjà si vous les mettiez toujours au même endroit, ça n’arriverait pas (y’a toujours quelqu’un pour vous dire ça à ce moment-là, non, non, ça ne vous énerve pas le matin…). Ou encore, « mais elles étaient où la dernière fois que tu les as vues? » (ben oui, là je les cherche juste pour le fun, je sais où je les ai vues pour la dernière fois, c’est d’ailleurs pour ça que je les cherche…). Parce que aussi vous avez tout plein de clés. Parce que vous êtes fatigué. Parce que vous devriez sortir plus, votre esprit serait plus léger, et vous seriez plus concentré. Bref, multifactoriel.

La clé du travail des élèves, elle est toujours aussi multifactorielle.

Les élèves ne travaillent pas et il y a toujours tout un tas de raisons, qui se combinent parfois. Au bout d’un moment avec l’expérience, vous finissez par en connaître pas mal de ces raisons.

Déjà, vous vous dites que ça doit venir de vous. Vous culpabilisez en vous disant que c’est vous, pas eux. Arrêtez, c’est idiot. Bon, là on est dans le trip standard du prof. J’ai appris, tout en me remettant en cause, à ne pas culpabiliser. Je cherche, mais plus de sentiment de culpabilité. Je fais de mon mieux.

Bon, ok, j’ai appris, je n’ai pas dit que j’y arrivais tout le temps.

Vous apprenez aussi à vous dire que le moment durant lequel vous donnez les devoirs à faire doit être privilégié. Pas après la sonnerie. La sonnerie, c’est le signal. Une seule pensée – partir – pour 80% des élèves, même ceux qui vous aiment bien. Et en général, la victime collatérale, c’est noter les devoirs. Et après arrive le classique (parfois sincère) « je ne savais pas qu’il y avait ça à faire » et ce malgré le cahier de texte en ligne. Donc le faire pendant le cours. Insister pour voir les agendas ouverts, les regarder copier. Non, pas sur ta main (qui peut aussi être une feuille…), sur l’agenda.

Pareil avec la copie du cours. Moi, je suis professeur en collège, et oui, même s’ils sont grands les 3e, je passe, je regarde les cahiers / classeurs, je vérifie que le cours est noté. Oui, tu dois noter la phonétique aussi, oui, souligne la date et les mots nouveaux. Si, si, c’est plus joli et en plus ça me fera plaisir (dit avec un grand sourire d’encouragement qui font qu’ils se disent « le pauvre, ça lui fait vraiment plaisir, c’est vraiment un no-life, à moins qu’il ne soit ironique, bon, dans le doute, je souligne »). Si, si, si tu écris moins vite et fais des efforts pour bien écrire tu apprendras mieux je t’assure. Non, non, ne note pas tout, c’est juste pour décorer le tableau que j’ai écrit ça…(oui, je manie l’ironie..)

L’aide aux devoirs vous montre à quel point les élèves n’ont que très peu de méthodologie. Et, ce n’est pas de leur faute. Certains élèves ont vite déduit les méthodes seuls, ou alors les parents les leur ont transmis, et surveillent les devoirs, mais bien souvent, une bonne partie des élèves est laissée seule devant ce moment crucial : faire les devoirs, apprendre, faire un exercice. Ils essaient seuls, en général en début d’année car ils ont de bonnes résolutions, ne trouvent pas comment faire, essaient quand même, se rendent compte en cours que malgré le temps que ça leur a pris, ils n’y sont pas arrivés et abandonnent vite. J’essaie le plus possible de donner les clés, dire comment il faudra faire.

Vous apprenez aussi que parfois, c’est lié à tout un tas d’autres choses à la maison, ou dans leur vie, qui font que. A des conflits entre élèves aussi. Moi, je ne suis pas formé pour ça, je ne peux rien faire, ce sont les limites de mes compétences, j’oriente vers les collègues dont c’est le travail et qui ont les compétences dont les élèves ont besoin. Je travaille avec eux avec les moyens disponibles. Ça marche, parfois pas.

Il y a tout un tas de clés multifactiorelles que j’apprends à trouver.

Cette année, malgré ça, je n’ai pas encore trouvé la clé d’une partie de mes classes. Je le vis mal. En même temps, c’est comme un défi. Très stimulant. Je serai un meilleur enseignant après. En attendant, je passe par des grands moments de découragement (toute cette semaine par exemple). Mais je cherche. Et j’aime ça.

J’adore chercher la clé multifactorielle.

Forcément je vais la trouver cette année aussi.

J’adore …les jours comme ça.


Mettre un temps fou à me réveiller, mais me dire que ça va, j’ai le temps. Le prendre. Le café, c’est bon quand même!

Ne pas avoir de bouchon, arriver au travail en moins de 10 minutes en écoutant LA chanson que j’adore du CD coincé dans le lecteur de la voiture.

Trouver une place tout au début du parking.

Arriver dans la salle des profs.

Etre accueilli par le grand sourire de ma collègue d’anglais, papoter gentiment. Me faire un (autre) bon café, prendre le temps de le boire.

Installer ma salle tranquillement.

Sourire quand les élèves me saluent à l’entrée de la salle.

Trouver que les nouvelles élèves sont sympas et que l’on va bien travailler.

Avancer dans tous les cours, sans avoir à hausser le ton (presque), en plaisantant avec les élèves, dans la bonne humeur.

Voir ma classe de ‘grands’ faire son devoir tranquillement, voir quelques copies et se dire que bon, ils progressent doucement…(très très très doucement…)

Se dire que ces plages d’aide aux devoirs (aujourd’hui les 5e) aident vraiment les élèves quand on arrive à ce qu’ils jouent le jeu.

Comprendre que le travail que je leur donne n’est pas facile pour eux, mais que leur montrer comment le faire, où commencer, déclenche tout.

Me dire que je vais réfléchir à comment les accompagner plus.

Faire un super cours avec eux ensuite, les entendre dire ‘Monsieur, on a vraiment bien travaillé aujourd’hui! Vous avez vu, on a écrit tout ça!’.

Me dire qu’apprendre le cours va leur prendre du temps.

Me dire que la nouvelle cantine est vraiment pas mal et que les grillades, c’est une bonne idée.

Passer un super déjeuner avec des collègues vraiment formidables qui partagent votre vision du boulot, ou la complètent.

Parler d’un projet interdisciplinaire génial pour l’an prochain. Me dire que j’ai vraiment hâte et plein d’idées…

Suivre pendant la récré le Proviseur-adjoint qui veut nous montrer le nouveau CDI et les nouvelles salles médialangue, me dire que disposer de ces outils, ça va vraiment être génial. Trouver la moquette du sol (pourquoi de la moquette?) vraiment pas belle…

Faire des plans de travail en commun avec ma collègue présente quant à l’utilisation de ces salles.

Me dire que sa proposition de partager des ressources avec moi me fait très plaisir, tout comme son enthousiasme devant le cours que je propose de lui donner.

Me dire que j’ai vraiment, vraiment de la chance d’avoir une équipe de collègues comme ça.

Avoir le temps d’enfin voir mon excellente collègue CPE en coup de vent.

Regretter de ne pas avoir pris le temps de lui dire que son boulot est vraiment super.

Me dire que je le ferai demain. Sans faute.

Passer une heure avec 2 élèves et ma collègue de français de la salle d’à côté sur un exercice de maths, trouver la solution et la démarche, être content de moi, même si on me dit que ce n’était pas exactement la bonne démarche.

Me dire qu’une heure pour faire cet exercice alors que le professeur pensait sûrement que ça irait vite devrait me faire réfléchir à ce que je demande aux élèves de faire hors du cours.

Finir la journée à 19h mais me dire que ça a passé vite.

Rentrer chez moi et recevoir un appel adorable d’un ex-collègue devenu ami.

Lire des compliments sur mon dernier billet de blog sur mon compte Twitter venant de gens pour le travail desquels j’ai un immense respect.

Manger une salade, cette huile d’olive à la truffe est vraiment un délice…

Recevoir un texto pour un déjeuner en ville demain midi, me dire que ça va être bien.

Ecrire un billet sur le blog.

Me dire que c’était vraiment une belle journée. Ou alors je suis de bonne humeur peut-être? Il y avait aussi des choses qui n’allaient pas sans doute mais je ne les ai pas vues.

Me dire que je devrais plus souvent faire ça.

Me dire que cette journée est l’exacte inverse de celle de la veille.

Vivement demain…

J’adore … être professeur des écoles (un petit peu).


j’adore… être professeur des écoles.

…tout du moins un petit peu. (je n’ai pas la prétention d’en savoir autant que ma collègue qui enseigne en CM2). Quoiqu’il en soit, quel plaisir que ces CM2!

On devrait tous, professeurs de collège et de lycée, aller faire un tour à l’école primaire, travailler avec des professeurs des écoles, et des élèves de primaire, ils ont beaucoup à nous apprendre. Sortir des liaisons école / collège faites en un après-midi rapidement, inventer de nouvelles choses. Il y aurait là une grande richesse.

Mon établissement, et c’est un grand bonheur, intègre un CM2, un collège et un lycée.

Mes heures de service sont faites en collège ou lycée, mais j’ai le bonheur d’avoir 2h en plus avec des CM2 à qui j’enseigne l’anglais. Ils ont d’autres intervenants: EPS, chorale (dans laquelle ils sont avec des collégiens et lycéens), arts, histoire…Ils mènent des projets avec des professeurs de collège. Petit à petit, nous les connaissons mieux (et inversement) et je pense que leur arrivée en 6e sera ainsi plus simple.

Mon constat après un trimestre est que ce sont surtout eux qui m’ont appris des choses. Enfin, pour être plus juste, c’est un échange entre eux et moi.

Je leur apprends les fondamentaux de l’anglais (même si pour la plupart, ils en font depuis plusieurs années). Cela fonctionne d’ailleurs plutôt bien à ma grande satisfaction, et j’apprends beaucoup en leur enseignant.

Avec eux, je retourne moi-même aux fondamentaux de l’enseignement que j’ai un peu négligés, ou progressivement intégrés et oubliés car ‘évidents’ en enseignant au collège. Avec eux, je ne doute pas à l’issue de cette année d’être meilleur professeur.

La 1ère fois que j’ai écrit au tableau, les élèves m’ont renvoyé mon écriture et leur difficulté à la lire, j’ai donc réappris à écrire correctement au tableau, en tout cas mieux. A faire de jolies lettres bien formées, tout ça…

Les CM2 ont un cahier d’anglais: l’idée étant de progressivement les aider à aller vers le collège, à gérer la trace écrite d’un cours d’anglais, à travailler sur la mémorisation. Là aussi, j’ai beaucoup ré-appris: il faut du temps, de la clarté dans les consignes (moi qui pensais mes consignes claires, raté…). Passer un peu de temps, les guider.

Ce qui est évident pour moi ne l’est pas toujours, en tout cas pour ces élèves de CM2 là. Par exemple, coller une feuille dans le cahier. Hé bien non, il ne faut pas mettre de la colle liquide sur toute la feuille… Il faut en mettre seulement dans les coins, sinon, les feuilles gondolent. L’endroit sur lequel je demande d’écrire sur la feuille, hé bien non il n’est pas si évident que ça à trouver pour les CM2.

J’ai découvert aussi comment le matériel était géré, en tout cas dans notre CM2. La maîtresse (j’adore quand ils parlent de la maîtresse) garde un stock de crayons à papier, de ciseaux, de colle etc et les élèves viennent les prendre quand ils en ont besoin. Evident me direz-vous collègues professeurs des écoles! Non non, quand on est professeur en collège, ça surprend. Mais je comprends mieux les problèmes d’ajustement qu’ont certains élèves en arrivant en 6e: nous partons du principe que la gestion du matériel est évidente pour tous. Certes, nous travaillons sur la gestion du cartable, vider son casier, gérer le cahier de texte, mais pas sur la gestion des affaires. Je comprends mieux les oublis de matériel chez certains élèves (même si la maîtresse travaille aussi là-dessus progressivement dans l’année) et je serai plus attentif l’an prochain à les accompagner dans la gestion du matériel. Passer de ce mode en CM2 (on se sert quand on a besoin, on ne gère pas le matériel, en tout cas pas en mode anticipation, de quoi vais-je avoir besoin en 2e heure?) est simple à intégrer pour beaucoup, pour d’autres moins.

Avec eux, j’apprends à nouveau le plaisir de chanter (like a casserole!), ou de faire des activités qui sont à la fois ludiques et pédagogiques…Je vais garder cet état d’esprit en collège et moins me préoccuper de finir le programme à tout prix (illusoire…).

L’an prochain, il y aura à nouveau un CM2, je signe pour une 2e année des 2 mains!

J’adore…l’aide aux devoirs


Et je suis même fan de la chose.

Il y a plus d’un an et demi, j’ai découvert l’aide aux devoirs. Un peu par hasard, il est vrai. Au départ, je faisais déjà des heures supplémentaires, j’avais beaucoup de trajets, donc en faire plus et finir encore plus tard, non merci.

Et puis un jour, j’ai eu l’occasion d’en faire. Et j’ai découvert à quel point cela, si bien mené, avec les moyens nécessaires, pouvait être utile à l’élève et à sa réussite.

Comme beaucoup de professeurs, je ne me suis que peu intéressé à la partie non visible mais essentielle de l’élève: l’élève en dehors du cours, face à ses devoirs. J’ai tenté d’ignorer ce que nous savons pour la plupart tous: faute de temps, de lieu adapté parfois, faute de soutien à la maison disponible pour diverses raisons, une grande partie des élèves des établissements que j’ai fréquentés, ne font pas leurs devoirs, tout simplement. Ils ne travaillent que pour les évaluations, et encore. J’ai tenté d’ignorer que les élèves n’avaient pas les méthodes pour apprendre, même si on en parlait parfois en classe, que c’est au moment de travailler qu’il faut être là avec eux. J’ai tenté d’ignorer que l’école publique républicaine que j’aime tant et à laquelle je suis si attaché, celle qui fait réussir tout le monde, y compris les plus fragiles, les plus pauvres et qui les aide à grimper l’échelle sociale ou tout simplement à atteindre leur plein potentiel, ne le fait finalement que très mal. Je faisais mon job, en classe, avec enthousiasme, essayant de leur faire aimer la matière, après à eux de faire le leur chez eux, apprendre, comprendre.

Sauf que ça ne marche pas.

Apprendre, ce n’est pas un jeu d’enfant.

Apprendre, comprendre, ce n’est pas la chose simple et rapide que je pensais que c’était.

Et c’est lors de l’aide aux devoirs que je l’ai découvert. J’ai découvert à quel point je pouvais être vraiment utile là aussi. Rien qu’en étant là. En donnant des conseils pour mémoriser, et aider à répéter et réciter une leçon, et travaillant l’accent (bah oui, enfin, si vu en classe le mot était su et mémorisé et bien prononcé…). J’ai découvert à quel point cela changeait mes relations aux élèves, y compris ceux avec qui il y avait des tensions en classe. J’ai découvert à quel point ils appréciaient qu’on les aide, même si certains n’étant là que contraints et forcés car inscrits par les parents. Ne serait-ce qu’un instant, être là et les aider. J’ai découvert aussi le temps qu’il faut à certains élèves pour apprendre et mémoriser. J’ai découvert à quel point cela était synonyme de travail dur. J’ai découvert qu’en fait moi, j’étais à l’époque un bon élève et que je ne savais pas du tout ce qu’être un élève moyen ou en difficulté voulait dire. J’ai découvert que je pensais que tous les élèves étaient comme moi, moi élève… Et je n’en suis pas fier de cette découverte.

Je suis pleinement leur professeur depuis l’aide aux devoirs, à mon sens. Je les accompagne sur tout le processus, suivant les besoins, en classe mais aussi après, quand ils apprennent et travaillent.

Alors oui, il y a sans doute à améliorer là dedans, il faudrait pérenniser les moyens, faire que ça ne soit pas encore en plus dans l’emploi du temps des professeurs mais dedans  mais il faut vraiment que l’aide aux devoirs demeure dans l’école.

J’ai la chance que cela soit inclus dans mon emploi du temps et dans celui des élèves (internes). En échange, je reste souvent tard, jusqu’à 19h, pour les aider. Mais je me sens utile. Et ils progressent.

Ca ne donne pas une solution à tout, mais on avance dans le bon sens.

Donc oui, j’adore l’aide aux devoirs. Les élèves aussi!