J’adore…finir l’année.


La fin de l’année, pour moi, ça a toujours été un moment étrange.

Une fois passés les derniers bulletins remplis, conseils de classes passés, il reste un moment étrange entre ce temps là et la vraie fin de l’année. Plus de stress, plus d’enjeux, les jeux sont faits, les décisions prises.

Peu d’élèves restent présents pour diverses raisons, on fait des réunions pour préparer la rentrée (dans mon établissement, avec beaucoup de sérieux), on parle répartition de services, commandes de matériel, de manuels, on rencontre les nouveaux collègues, on cale les projets à venir, mais tout ça dans un étrange et bizarre flottement. On n’est pas vraiment en vacances, mais on ne se sent plus vraiment dans une ambiance de travail. Moi, j’ai besoin d’élèves pour me sentir en vacances. D’ailleurs, la cantine est désertée au profit des petits cafés restos du coin, et ici dans le sud, on optimise ce temps de pause déjeuner pour profiter de la lumière et de la chaleur.

Quoiqu’il en soit, ce moment sans élèves ou presque, qui reste du travail (parce, j’insiste, on est très sérieux) reste irréel. Moi, j’ai toujours beaucoup de mal à prendre des décisions sur l’année qui vient lors de ce moment là. Tout me va. Les classes, les salles de classes,les manuels, le matériel etc. Oui, oui, ok. Souvent à la rentrée, je peste contre ma nonchalance à ce moment là…Tant pis.

Au milieu de tout ça, je dois corriger des copies d’examen, retour au réel, mais voilà, à part ça, l’année est bel et bien finie.

Je suis content de ce que j’ai fait avec mes élèves, de ce que j’ai essayé, testé, expérimenté, moins d’autres essais, c’est ainsi. Il faut se tromper aussi. Maintenant, il faut les laisser partir et avoir de nouveaux enseignants, ou peut-être à nouveau moi en classe supérieure, il faudra découvrir de nouvelles têtes, de nouvelles façon de penser, de nouvelles attentes, de nouveaux besoin pédagogiques: bref, vivement la prochaine année, tout un défi pour moi.

Maintenant, là, j’ai envie d’essayer plein de nouvelles choses, et j’ai toujours aussi faim de mon métier. De jolies choses m’attendent pour l’an prochain mais chut, ceci sera pour un autre billet. Peut-être même avant la rentrée si vous êtes sages.

Sinon, bonnes vacances, et à la rentrée.

J’adore… mon année numérique.


Il y a un peu plus d’un an, j’étais à l’Unesco, au salon de l’Innovation de l’Education Nationale.

J’ignorais tout de Twitter, sauf le fait que Barack Obama s’en servait, je ne savais pas trop pourquoi, comment.

Les blogs ? Ouais, bon, ok, mais à quoi bon ? Pour dire quoi ? Etre lu par ma mère ? (maman, tu eux lire mon blog, bien sûr, hein, mais autant que je te téléphone pour tout vous raconter à toi et papa…).

Les Cahiers Pédagogiques, sympa comme revue. Jamais je n’écrirai dedans, mais bon, bien.

Et Facebook ? Le mal absolu, voleur d’intimité, jamais au grand jamais je n’aurai un compte.

Un an plus tard, je suis à la tête d’un compte personnel sur Twitter avec 220 abonnés et 6000 messages et d’un compte classe.

Je tiens régulièrement un blog qui a reçu en 9 mois 8000 visites.

Et depuis peu, j’ai une page Facebook que j’alimente régulièrement, que je vais lire, j’ai 55 amis et j’en suis ravi.

Mais que s’est-il passé ?

Rien. Tout.

J’ai découvert en quoi le web 2.0 m’était utile en tant que professeur et professionnel de l’Education.

Commençons par Twitter.

J’ai déjà raconté comment @amadineter @ticechampgnole et @latineloquere m’avaient donné envie de rejoindre Twitter. Mais bon, ça m’a apporté quoi? Ils sont venus avec leurs amis. Au début, bien qu’enthousiaste, j’étais un peu circonspect. Bon, ok, je vois comment ça va me servir pour les élèves, mais à moi…. bof. Sauf que ces trois là sont venus avec leurs amis qui leur ont fait confiance, se sont abonnés à mon compte et j’ai commencé à papoter avec @2vanssay @drmlj @dawoud68 etc etc. J’ai découvert un monde intéressant, fait de mutualisation, d’échanges, d’ouverture. Au lieu que ma communauté professionnelle soit en gros celle de mon établissement, c’est devenu la France. J’y ai gagné en richesse. Et je dialogue aussi avec des non-profs mais passionnés. Professeur et ouvert sur le monde. Alors attention, hein, ce n’est pas la planète des bisounours non plus. Mais j’ai instauré une lecture fréquente de leur tweets et des liens vers lesquels ils envoient et un dialogue tout aussi fréquent avec une partie de mes abonnés, j’apprends beaucoup d’eux, je lis des ressources liées à mon métier, je progresse, j’apprends. Un souci ? Quelque chose que je ne sais pas faire et que je veux apprendre ? Je fais quoi ? Je demande. Et bien souvent, j’ai de l’aide. Parfois, même, maintenant, j’en donne. 🙂 Lors de la 2e session des Journées de l’Innovation, j’ai rencontré une bonne partie de mes abonnés. On était un peu timides de se voir en vrai. Mais très vite, on a échangé, dialogué, rit, partagé nos valeurs. Et vous savez quoi? Dans la vraie vie, ils sont tout aussi passionnants !

Lors des 1er mois, j’ai découvert leurs blogs. 140 caractères, c’est bien, c’est concis, mais c’est court. J’ai bien souvent dit que j’avais trouvé tel ou tel billet sympa, intéressant. Et puis, un jour, sur Twitter…

–  » Mais vas-y, lance-toi.  »

–  » Non mais moi je n’ai rien à dire. »

– « Tu verras bien.  »

–  » Mais ça va intéresser qui, mes propos ?  »

–  » Ben, moi déjà.  »

Et hop ! Happé, lancé, pris au jeu. J’ai découvert à quel point j’aimais écrire, et redécouvert à quel point j’aimais mon métier. J’ai parlé de tout, de rien, mais surtout de ce que j’aimais. Pas envie de parler de mes coups de blues, des moments durs, de ce qui ne va pas. On dresse partout déjà un portrait bien sombre de ce métier que j’aime et qui est bien souvent si beau. Envie de me focaliser sur ce qui fait que j’adore…mon job. Le titre et l’angle étaient tout trouvés. Relayé sur Twitter par mes fidèles twamis, le blog a commencé à vivre en octobre 2011, j’ai depuis écrit plus de 40 billets et reçu tout plein de commentaires, d’échanges, de visites (plus de 8000). Incroyable ! Jamais je n’y aurais cru. Mais surtout, je prends du recul, j’écris, je réfléchis à ce que je fais. Cela m’est devenu indispensable. Je ne sais pas comment je faisais avant. François Muller disait qu’on devrait tous (professeurs) tenir son journal et parlait je crois de Nouvelle Zélande où cela se faisait. Je partage cela totalement.

Bon, vous pensez bien que du coup, je n’allais pas résister longtemps à Facebook. Poussé par @dawoud68 et @2vanssay me voilou sur Facebook, et là aussi, je découvre, j’apprends, je paramètre, et je me félicite chaque jour de lire les « amis » que j’y ai et qui partagent leurs lectures, leurs liens, leurs coups de cœur. Mon intimité volée, j’en fais quoi ? Comme m’a très bien dit @2vanssay, il suffit de n’y laisser que ce que l’on veut y laisser. Pour moi, c’est simple, c’est une page tournée vers mon métier. Un complément au blog, j’y écris ce que je fais dans ma vie de professeur, et surtout, je lis, réagis aux apports des mes  » amis « .

Et au final, honneur suprême, les Cahiers Pédagogiques ont lu mon blog et en ont fait leur blog du mois en janvier, petite pub sur leur page Facebook et là ruée de visiteurs. Du coup, j’en suis naturellement venu à écrire sur eux sur le blog, et pour eux et me voilà publié sur une page et demie dans le numéro 498 à côté de tous ces gens que j’admire et respecte. Belle expérience aussi que d’écrire et partager son vécu d’expérience en tant qu’enseignant avec Twitter…

Et si, du coup, de par ma présence sur le Web 2.0, moi aussi, je donnais envie à quelqu’un de se lancer et de vivre une année aussi riche ?

Vivement l’année 2 !

J’adore…le mois de mai.


Déjà?

Sérieusement?

On est déjà arrivé – quasiment- au mois de mai? Les ponts, tout ça?

Incroyable!

Demain, il y a une réunion pour préparer la prochaine rentrée?

J’ai l’impression que la rentrée c’était hier!

C’était hier -non ?- la première nuit avant le premier cours ? La première nuit durant laquelle on ne dort pas vraiment bien, mélange d’impatience et de léger stress de la reprise. Vous commencez à avoir l’habitude, mais non, la 1ère nuit, toujours un peu pénible…

Où est-il le 1er cours, tout le monde est un peu nerveux, vous, les élèves, comment ça va se passer?

La rentrée et les nouvelles têtes, les nouveaux élèves qui se demandaient quel genre de prof vous étiez, ou qui pensaient que vous étiez comme ci ou comme ça en ayant discuté avec les autres élèves. Vous qui vous demandiez comment allait être telle ou telle classe en fonction des élèves que vous connaissiez déjà, tout ça pour s’apercevoir qu’en fait pas du tout, la classe devint complètement différente.

Les nouveaux collègues qui arrivent avec plein de nouvelles idées stimulantes, posent des questions sur comment on fait ci ou ça dans l’établissement et qui font que l’on se remet en question, des personnes qui deviennent vos amis, vos confidents dans la salle des profs autour d’un café quand vraiment vous passez une mauvaise journée ou ne savez plus comment réagir face à des élèves en difficulté…Les nouveaux et les anciens avec qui vous sortez pour déjeuner et avec qui vous oubliez cette matinée un peu dure. Les collègues à qui vous remontez le moral aussi quand c’est difficile d’arriver dans un établissement. Les collègues formidables avec qui vous partagez les bons moments de votre vie de prof et partagez les leurs…

Déjà passées les 1ères corrections de copies, les 1ères évaluations, que vous aimez ( » ah comment c’est passé ce sur quoi on a travaillé dans ma super nouvelle séquence ? « ) mais en même temps que vous avez du mal à finir de corriger car vous êtes très fatigué ( » encore 5 copies, 4… 3… « ) ?

Déjà faits les 1ers bilans, les 1ers conseils de classe tard le soir,  » et j’ai 6 heures de cours demain… » )?

Déjà terminée la 1ère réunion parents professeurs avec les 1ers bilans, les 1ers encouragements, les 1ères inquiétudes. Oubliée la gorge sèche d’avoir parlé non-stop pendant 3 heures?

Envolés le 2e trimestre, les congés de février, ceux de Pâques et voilà, les prochaines vacances seront celles d’été et on aura fini cette année 2011-2012. Incroyable, vous dis-je!

Et puis, on recommencera. Les nouvelles, têtes, les nouveaux élèves, les nouveaux collègues, la première nuit avant le premier cours, le premier cours, les 1ers paquets de copies, les premières réunions. On recommencera, pareils mais pas tout à fait. On sera là, mais un peu différents. Et tout sera donc différent. C’est ça qui est bon dans ce métier.

Mais avant, laissons passer mai, juin et voyons ce qu’ils nous apportent…

J’adore…perdre du temps.


J’adore perdre du temps.

Je précise mon propos. Bien sûr que je n’aime pas perdre du temps, j’adore prendre le temps qu’il faut pour amener mes élèves là où ils doivent être à la fin de l’année.

Mes élèves ne travaillent pas.

Ou peu.

En tout cas, très peu seuls. Ils ont peu d’autonomie. Les « bons » (je n’aime pas ce mot collé à un élève, sorte d’étiquette dont ils ne se débarrassent que rarement, comme si c’était normal qu’ils le soient, tout comme « mauvais » élève, collé comme une sentence…) eux savent s’organiser, organiser leur travail, leur emploi du temps, comprennent les demandes des professeurs et savent comment faire. Comment ? Mystère. Parfois nous avons pris le temps de faire comme on pouvait de la méthodologie en classe, pressé par les programmes. Ils ont souvent inféré les méthodes, parfois l’encadrement des parents aussi les a amenés là où ils sont. Mais quid des autres ? Ceux qui bien souvent aussi veulent réussir, mais ne savent pas comment faire, comment apprendre, ne comprennent pas automatiquement ce que le professeur attend et comment y arriver ?

Je ne prenais pas en compte les besoins des élèves là dessus et ne me souciais pas des élèves après la classe. Il était normal qu’ils sachent faire les devoirs seuls. Moi quand j’étais élève, je me débrouillais bien seul, donc je pensais que c’était le cas de tous les élèves. Oui, mais moi, justement, j’étais un « bon » élève, mes parents n’ont jamais encadré mes devoirs. Je savais faire, et n’avais pas besoin d’eux. Donc pour moi, Il était « normal » qu’un élève sache apprendre et sache travailler tout seul. Sauf que non. Mes élèves ont souvent beaucoup de mal avec ça. Je ne rentre pas dans le pourquoi, c’est comme ça. De là, je fais quoi, je continue à les ignorer ? J’évolue ?

J’en suis donc arrivé à me demander ce que c’était que d’être le professeur des élèves que j’ai. Qu’est-ce que faire un cours à ces élèves-là ? De quoi ont-ils besoin pour réussir ? Dois-je continuer ainsi et continuer dans une approche qui à mon sens « trie » les élèves, en écartant les plus fragiles ? Puis-je me satisfaire de faire mon travail ainsi ?

Quand je suis arrivé dans mon établissement, on m’a beaucoup parlé de transmission des savoirs et de l’assimilation par les élèves de ces savoirs. Je dois dire que je me suis un peu demandé où j’étais. Mais de quoi on me parle ? Ils n’ont qu’à faire leurs devoirs !

Et puis, j’ai commencé à travailler dans les créneaux aide aux devoirs. Souvent, pleins de bonne volonté, en début d’année, les élèves essaient de faire les devoirs, et puis, devant le moindre écueil, ils bloquent, passent des heures carrées à chercher, et au bout d’un moment ne cherchent plus et abandonnent. Trop compliqué les devoirs, trop long d’apprendre. Je suis « nul »‘.

J’en arrive à hier. Hier, jour typique de mon travail de prof, j’interroge les élèves sur la leçon. Le travail n’a pas été fait pour une très large partie d’entre eux : le cours n’est pas su. Ce malgré l’aide aux devoirs – mes élèves sont internes et ont tous de l’aide aux devoirs le soir et le matin –  utilisée visiblement à autre chose. Cela arrive souvent. Avant cet établissement, j’aurais piqué une colère, et puis j’aurais sûrement dit une phrase (affreuse en y pensant) du style « eh bien tant pis, j’avance, je n’ai pas le temps de vous attendre. » Et après tout, pourquoi n’aurais-je pas ce temps ? Ce temps, ils en ont besoin. N’est-ce pas mon rôle de le leur donner ?

Donc, depuis un trimestre : j’ai décidé de prendre le temps, d’en « perdre ». De leur dire, « Ok (le tout avec un visage serein, détendu, un visage tu-ne-sais-pas-c’est-pas-grââââve….), eh bien vous allez utiliser une partie de l’heure à apprendre, l’autre à faire tel exercice (de la grammaire, de l’oral avec un assistant). Je ne lâche pas la chose, vous devez savoir cela pour avancer. Vous devez réussir l’évaluation finale. »

J’ai pris cette approche depuis un trimestre.

Le défi de cette approche étant de trouver ce que font les élèves qui eux ont déjà appris le cours et qui eux, en veulent plus, et ont le droit d’en vouloir plus. En général, je donne une tâche finale à accomplir en fin de séquence (un document à rendre, un dialogue à jouer lié à une situation précise…), ce qui est fait pendant la séquence sert à pouvoir accomplir cette tâche finale. Je demande donc d’utiliser ce temps pour préparer ce travail avec moi, ou je donne un travail qui va plus loin. Je ne suis pas encore très bon, je dois dire. Je cherche. Je tâtonne.

Quel bilan ?

Alors, il va sans dire que tout n’est pas rose. Mais bon. Après un 1er trimestre catastrophique (du style à chaque conseil de classe les moyennes de ma matière étaient les plus basses, ça fait toujours plaisir…), les notes remontent, avec un mieux de 2 points de moyenne de classe par exemple en 3e, plus 3 en 5e. Des élèves sont passés de 1 de moyenne à 8 ou 9, certains progressent de 10 points. J’obtiens des sourires d’élèves qui désormais demandent à savoir combien ils ont de moyenne « pour l’instant » et aussi quelles évaluations ils devraient repasser.

Hier, 3 élèves m’ont demandé à rester en cours pendant la récré pour repasser une interrogation. 4 autres ont choisi de ne pas avoir de pause pour préparer leur travail final avec l’assistant de langue…

Grande conséquence : je n’ai plus de chahut dans certaines classes pourtant très dures. Les relations avec celles-ci se sont apaisées…(et tant mieux, hein, parce que bon…).

Ai-je perdu du temps ? J’ai beaucoup culpabilisé sur le fait que je n’étais pas, certaines heures, le professeur parfait qui leur parle tout le temps en anglais les baignant dans l’anglais. Je ne fais pas le cours parfait attendu lors de l’inspection. Je ne fais d’ailleurs pas vraiment ces heures-là cours, je fais de l’accompagnement, j’aide, je guide. N’est-ce pas là aussi mon métier ?

Donc, en retard ? Ai-je perdu du temps? A ma grande surprise, non. Je suis plutôt en avance en 5e et 4e, c’est plus mitigé en 3e. Je trouve surtout que les choses sont mieux maîtrisées. Les 5e m’ont fait remarquer un jour que lors de l’écoute d’un document son, ils comprenaient parce « qu’il y a(vait) du vocabulaire que l’ont avait vu dans la séquence d’avant, donc on a pu comprendre parce que ces mots on les a appris ». Je n’avais d’ailleurs jamais étudié ce document aussi vite qu’avec eux…On est donc arrivé à la conclusion que plus on apprenait, plus on y arrivait. (pas aussi simple que ça mais bon, c’est une belle façon de voir les choses…).

Font-ils tous le travail ? Pas tous, presque. J’ai aussi des élèves qui bloquent, refusent. Je continue à leur montrer que je ne cède pas, que cela doit être su, que de toute façon ils devront me prouver qu’ils ont appris, que je vais prendre le temps, que je ne vais pas céder, que je vais les solliciter, que je vais leur dire « tu ne savais pas, je te donne rendez-vous tel jour, telle heure, tu viendras me réciter ». Ils jouent le jeu. La note n’est pas un jugement, mais le reflet d’un degré de maîtrise ou de connaissance. Ce n’est pas une sanction, on peut repasser une évaluation si on pense que l’on sait mieux, que l’on comprend mieux après plus de travail. Cela change totalement le rapport à l’évaluation. Et au professeur.

Auparavant, mon approche « ils n’apprennent pas, je laisse tomber, j’avance » (que je ne renie pas, c’est aussi un mécanisme de survie, je faisais comme je pouvais) aboutissait à la chose suivante chez mes élèves : « autant ne pas faire l’effort puisqu’il s’en fiche, de toute façon je ne comprends rien » (et d’autant moins que puisque le cours 1 n’était pas su, je ne pouvais pas rajouter de connaissances à savoir dans le cours 2 basées sur celle du cours 1, non-su donc). Je m’en rends compte a posteriori depuis que j’ai changé d’approche.

J’ai aussi appris la souplesse. Je donne des objectifs aux plus faibles : « moitié du cours su, moitié des points. Bien sûr tu peux améliorer ton score en me récitant tout un peu plus tard. » Les élèves qui ont le plus de mal à mémoriser ont donc le temps. Je raccroche le fait d’apprendre le cours, les règles, la conjugaison à du concret. On apprend pour être capable de faire. Capable d’écrire sur le blog au sujet de la sortie spéléologie, capable de parler en visioconférence à son correspondant américain de son dernier week-end et de se renseigner. On verra alors qu’on est compris de l’autre côté de l’Atlantique, que l’on comprend aussi. Que l’on comprend de mieux en mieux même.

J’apporte aussi beaucoup de méthodologie. Comment apprendre ? Comment écrire ? Comment gérer le français quand on écrit en anglais et le fait que cela ne fonctionne pas toujours pareil dans les 2 langues ? Comment savoir utiliser avec pertinence un dictionnaire, le traducteur en ligne (puisque je te dis que ça ne marche pas cette traduction mot-à-mot, ah mais…). Comment écouter de l’anglais parlé ? Sur quoi s’appuyer ? J’insiste pour que les conseils de méthodologie soient appliqués. J’insiste lourdement. Je montre que la façon de travailler de tel élève lui fait perdre du temps. J’en propose, impose, une autre.

Bref, parfois j’utilise 2 heures dans la semaine à encadrer le travail sur les 2h30 que j’ai de cours avec eux. Je n’ai pas fait « cours ». Ai-je été le professeur dont ils ont besoin ? Je pense. Ce temps « perdu », en tout cas pris au cours classique (je vous rassure, j’en fais aussi) n’est pas « perdu ». Je vais beaucoup plus vite dans la partie cours car les choses sont mieux maîtrisées. Et puis, petit à petit, l’autonomie va s’installer et je vais devoir prendre moins d’heures de « cours » classique. C’est un pari sur le long terme. En tout cas, je « perds » moins d’élèves. Et ça, je le vis bien.

Je ne sais pas si c’est la bonne direction. Je ne suis sûr de rien, je ne dis pas que j’ai raison, qu’il faut faire comme moi. Je cherche à mieux faire. Ca semble marcher. Je continue à chercher.

Bref, j’adore perdre du temps…pour en gagner.

J’adore…la fin du trimestre.


La fin du trimestre pour les profs (et pour les élèves pour qui ce n’est pas une partie de plaisir), c’est synonyme de bulletins de notes, de conseil de classe, de moyenne et de réunion parents-professeurs. On rentre dans un grand tunnel non-stop de choses à faire et à finir de toute urgence. On va passer des soirées entières en réunion à commenter le travail des élèves, on ne va plus voir personne, plus sortir et ne vivre pendant 2 à 3 semaines que pour ces réunions, vivre de plats tout prêts ou de pizzas livrées…Le cinéma sera un lieu qui n’existe plus, tout comme le théâtre…Quant aux films à la télé, soit on arrivera trop tard et ratera le début, soit de toute façon, on renoncera à les regarder car on va s’endormir au milieu et se réveiller à 11h la bouche pâteuse (non, pas de filet de bave, n’exagérons rien non plus…) avec l’étrange impression qui se confirmera par la suite que l’on ne va plus dormir de la nuit…

Bon, je le confesse, ce ne sont pas les parties de l’année que je préfère. Oui, car moi, j’aime bien avoir une vie personnelle en plus de professionnelle, et durant ces périodes, c’est impossible…Toutefois, j’aime beaucoup ces moments dans l’année durant lesquels on peut faire le point. Leurs résultats sont aussi un peu les miens quelque part… Oui, je sais, je ne suis pas impliqué dans tout leur travail, il y a aussi le travail personnel sur lequel j’ai peu d’emprise. Etant incapable (je le sais maintenant, j’assume) du moindre détachement, je me sens totalement aussi concerné par les résultats qu’ils ont et qui sont aussi les miens.

S’ils réussissent, je me dis que c’est génial, ils ont travaillé, fait des efforts et j’y suis aussi un peu pour quelque chose, s’ils ont de mauvaises notes, s’ils n’ont pas compris, ou s’ils n’ont pas travaillé, je ne peux m’empêcher de me demander ce que je pourrais faire de plus. C’est d’autant plus vrai dans mon nouvel établissement puisque nous sommes très impliqués dans l’accompagnement et l’aide aux devoirs.

Alors? Qu’est-ce que ça donne pour nous ce trimestre?

Donc, me / nous voilà au pied du mur terminant le 2e trimestre et permettant d’aller vers le 3e… Le mur, chez nous, est plutôt perméable, car les évaluations ratées peuvent être retravaillées et repassées et les compétences liées validées. Cela n’a l’air de rien, mais ça enlève beaucoup de stress aux élèves qui n’ont pas l’impression qu’un couperet leur tombe dessus, couperet sur lequel ils ne pourront pas revenir.

Ce trimestre a été plutôt bon, puisque certaines moyennes de classe / d’élèves ont fortement augmenté après un 1er trimestre plutôt désastreux pour certaines classes. Bref, ça commence à marcher. Ils reprennent confiance. Il en reste beaucoup en (grande) difficulté toutefois.

Etant un perpétuel insatisfait, je ne peux me satisfaire des élèves toujours en difficulté ou ne s’étant pas mis au travail. Je vais donc continuer à chercher, creuser. Que faire? Comment faire? Tout ne dépend pas de moi, il y aussi, je pense, beaucoup de facteurs extérieurs, mais au moins, je serai allé au bout de ce que moi je peux faire.

Il me tarde de faire le point avec les élèves, leur faire part de ma joie de voir la majeure partie des résultats augmenter, et puis oui, que le 3e trimestre commence pour que forcément les élèves n’y arrivant pas encore puissent y arriver.

Car forcément, ils vont, nous allons y arriver. Si, si!

J’adore…dire au revoir à 2011


Alors? tu croyais vraiment partir comme ça, en catimini? Sans dire au revoir?

Non, non, trop facile. Parlons un peu toi et moi, 2011, avant que tu ne partes.

Pour tout te dire, sur un plan personnel, tu as été une année vraiment dure et je te vois partir sans trop de regrets (sans vouloir te vexer). Toutefois, je me suis attaché à parler de ce qui va ici et de ce qui me rend heureux donc je vais donc parler de toi sous l’angle ‘j’adore’.

Tout d’abord, tu as été pour moi l’année Twitter.

Quelle découverte!

Je ne remercierai jamais assez @amandineter @latineloquere et @ticechampagnole de leur enthousiasme pour leurs projets au salon de l’Innovation de l’Unesco de juin 2011. Sans eux pas de Twitter. Pas de fun à lire les tweets de @drmlj, pas d’échanges avec @instit90, @gtouze, @2vanssay, pas de @ticeman01 ou de @dawoud68 (et ça serait vraiment dommage!), pas de plaisir en lisant les 6 mots seulement de @lucBentz, pas d’apport précieux d’informations sur le plan de l’enseignement par tout plein d’autres twittos qui m’enrichissent chaque jour et que je ne peux pas tous citer mais que je n’oublie pas. J’y ai découvert des enseignants de primaire fantastiques (vous vous êtes reconnus(e)?), des chercheuses motivées et stimulantes, mais aussi des docteurs, des documentalistes, des libraires, des agriculteurs, plein de gens d’horizons divers et même un chat philosophe…Et tant d’autres…

Twitter est un superbe outil qui permet à la fois de sortir de son cercle professionnel tout en enrichissant ce cercle de nouveaux contacts. J’ai beaucoup appris de Twitter, je me suis amélioré comme enseignant en lisant tous ces tweets et les ressources en ligne vers lesquels une bonne partie des tweets pointaient.

Je profite donc de ce billet pour te dire à toi, ami Twittos qui suit mon compte, merci!

Mais, 2011, tu as aussi été l’année de l’arrivée dans mes classes de Twitter. Le travail avec cet outil n’a pas été aussi loin que j’aurais voulu (pas toujours évident de jongler avec peu d’heures de cours et le désir de s’investir dans Twitter) mais il est clair que cela apporte beaucoup aux élèves et que je vais passer 2012 à améliorer ce que je fais sur Twitter avec les élèves. Cette fin d’année a vu le début d’une belle collaboration avec la classe de Lissa Layman (@mmelayman) dont le travail est formidable et une superbe source d’inspiration. Je suis très reconnaissant à Twitter (et à @ticechampagnole pour la mise en contact) de m’avoir permis de commencer à travailler avec elle et ses ses classes.

2011, tu as vu que ma remarquable collègue de maths @sab_idem et moi-même avons lancé les bases dans travail maths anglais via google form très prometteur. La partie maths a très bien fonctionné, pas celle en anglais, j’ai donc du travail sur la planche. Il est évident qu’il y a là quelque chose qui fait sens et à creuser. Je dois plus accompagner les élèves, mieux comprendre ce que demande ma collègue et adapter. Je suis toutefois très content de ce début de projet qui va très certainement s’épanouir en 2012.

Tu sais qu’il y aussi eu la découverte de Google form qui est un excellent outil qui permet aussi à mes élèves de m’envoyer par exemple des tweets de façon très simple et dont les utilisations en classe sont multiples et riches et à explorer. Un très grand merci à Lissa Layman, dont le travail m’apporte beaucoup et dont je vous conseille de suivre le blog ‘Te(a)ch French’, là => http://mmelayman.wordpress.com/.

Tu te souviens sans doute que poussé par @2vanssay @drmlj entre autres, j’ai aussi ouvert un blog. Ah, le blog! Je pensais vraiment n’avoir rien à dire qui puisse intéresser des lecteurs, surtout devant le superbe travail de certains contacts sur Twitter. En quelques mois, à ma grande surprise, 1700 personnes ont lu mes petits billets enthousiastes. Mais surtout, je prends énormément de plaisir à écrire sur ce blog, et je suis content de son ton et de sa forme. Je m’étais promis en 2011 d’apprendre à positiver, à voir ce qui marchait aussi (surtout!), je suis content d’avoir réussi à le faire via le blog. Le blog me pousse surtout à réfléchir à ce que je fais et à comment je le fais, pourquoi et c’est très utile. Une belle expérience…

Souviens-toi, il y a aussi l’arrivée aussi dans mon établissement (qui ouvre progressivement) de nouveaux collègues très dynamiques, en particulier en histoire géographie, en français, avec qui des projets se mettent en place pour l’an prochain. Chic!

Tu n’as pas oublié la redécouverte des CM2 et du plaisir de leur enseigner. J’en ai parlé déjà dans un précédent billet, mais ils m’ont beaucoup apporté. Besoin de rigueur, de clarté mais aussi apport de beaucoup de fraîcheur et de curiosité. Je suis loin d’être un bon professeur des écoles en anglais, et j’ai tout à apprendre et à essayer, mais justement c’est ça qui est super.

En 2011, j’ai aussi pris conscience des énormes besoins des nombreux élèves en classe, en particulier des élèves étant dys-quelque chose, mais aussi des EIP. Très forte envie de travailler là dessus, même si je n’ai pas encore abouti à quelque chose de vraiment concret pour l’instant.

2011, finalement, tu as été une année professionnelle pas si mal que ça…si, si, je t’assure, tu as été une année de transition, durant laquelle les choses murissent pour prendre leur plein sens en 2012.

Vivement 2012 que l’on découvre cela…

Quant à vous, chers lecteurs, merci de venir si souvent, de vos gentils encouragements et rendez-vous le 31 décembre 2012 pour le bilan de 2012 mais surtout avant pour d’autres billets…

Un peu en avance: bonne année!