J’adore…réussir ma rentrée (ou l’aide aux devoirs).


Les prochains billets vont vous parler de ma rentrée. Tout n’a pas été rose, mais c’est une des (la ?)  plus belles et plus intéressantes que j’ai vécues, j’ai beaucoup à partager.

Mon établissement est un internat. Les élèves ont donc du temps pour travailler dans l’établissement puisqu’ils ne le font pas chez eux.

Plutôt que de mettre ce temps de façon classique de 5 à 6 voire 7, le parti-pris a toujours été de l’intégrer à l’emploi du temps, qui du coup s’élargit au-delà de 5h de l’après-midi.

Cette année, notre Proviseur a décidé d’intégrer une demi-heure de « travail », permanence, étude dirigée – peu importe le nom – à l’horaire de certaines matières dont la mienne, l’anglais.

Je me retrouve donc avec mes 3h classiques, plus une demi-heure. J’ai concrètement 2 fois une heure, et une fois une heure et demie. L’engagement pris par les enseignants était d’utiliser au moins une demi-heure de ces 3h30 pour faire de « l’aide aux devoirs ». J’ai choisi pour ma part de diviser cet horaire en 2, 45 minutes de cours, 45 minutes « autres ».

Au départ, cela m’inquiétait un peu d’avoir une heure trente. Est-ce que cela n’allait pas être trop long ? Nos élèves en difficulté allaient-ils adhérer ?

J’ai choisi de faire cours sur la première partie, et d’accompagner leur apprentissage du cours (en anglais, il faut pratiquer, mais aussi apprendre). Tout le monde doit apprendre, puis chacun utilise le temps comme il le souhaite : pour pratiquer, pour finir quelque chose, recopier un cours manquant, lire en anglais, écouter des ressources, créer des ressources, créer des fiches mémos. Les élèves ont d’emblée adhéré. J’ai pu travailler avec eux sur ce que ça veut dire « d’apprendre son cours ». J’ai donné diverses méthodes pour mémoriser. Certains, les plus petits, ont beaucoup aimé aussi venir me réciter ce qui était à apprendre, ou me montrer leur cahier.

En seconde, après une première interrogation de cours, une élève m’a dit : « Mais en fait, c’est facile d’apprendre ! Ca marche votre truc ! Pendant des années, je m’y suis mal prise ! » Cet aveu m’a beaucoup touché, et en même temps énormément chagriné. N’avons-nous là pas raté l’essentiel si une élève de 2nde découvre seulement cette année-là comment apprendre ? L’arrivée dans le projet de socle commun d’une section là-dessus me fait très plaisir, je dois dire.

Mes petits 6e, mais aussi les 4e ont bien peu d’idées sur ce que veut dire apprendre un cours, et surtout comment on fait. Ils pensent aussi qu’ils sont « nuls », pas adaptés à l’école et ont une très médiocre image d’eux-mêmes. S’ils n’arrivent pas à apprendre alors que d’autres savent faire, c’est forcément que quelque chose ne va pas chez eux. Ce sont bien souvent des élèves qui pour diverses raisons ne sont pas aidés à la maison. On touche là pour moi un point essentiel. En donnant des devoirs à la maison, des exercices, on favorise certains élèves : ceux qui réussissent déjà à l’école, ceux qui peuvent être aidés par leurs parents, et on laisse de côté ceux qui n’y arrivent pas et pour qui on devrait être là. Ceux-là mêmes pour qui l’école telle que je la conçois doit être là.

Attention, je ne dis pas que les élèves ne doivent rien faire en dehors du cours. Mais à mon sens ce qui est donné en dehors du cours doit être très réfléchi et ne doit pas placer les élèves dans une situation qui amène de l’inégalité et qui les met en difficulté si personne n’est là pour les aider.

La classe inversée m’a aussi beaucoup apporté, je donne à faire hors du cours des choses simples, regarder une vidéo portant sur un point dont ils auront besoin, quelque chose à lire, puis on fait le point en classe et on utilise ces connaissances pour pratiquer la règle. Je donne à faire quelque chose qui aidera l’élève pendant le cours, qui lui permettra d’avancer. Parfois, mes 45 minutes servent aussi à cela pour ceux qui ne peuvent pas le faire hors de la classe (pas d’accès à Internet par exemple). Mais je reviendrai dans un autre billet sur la classe inversée.

Je perdrai sans doute un jour cette demi-heure en plus, mais je pense que je militerai alors pour 2 créneaux de 1h30 durant lesquels j’aiderais les élèves à faire le travail que l’on donne à faire normalement « à la maison ».

On a donc beaucoup travaillé sur comment apprendre et quoi. Qu’est-ce que ça veut dire savoir un cours ? Savoir un mot, c’est savoir ce qu’il veut dire, savoir le dire, savoir l’écrire ? Les 3 ? Ah bon, Monsieur ? Les évaluations orale ou écrites de cours sont vécues différemment depuis aussi. Ce moment commun de « travail » est devenu un vrai moment de plaisir. On fait cours, et après on apprend. Est-ce que je perds du temps? Je ne crois pas. Et puis cela pacifie énormément le déroulement du cours. Les élèves savent que je serai là, pour aider, pour expliquer à nouveau, pour clarifier, même après le cours classique. Bref, que je serai leur professeur. Pleinement.

J’adore…le superlatif.


Il est midi. Après une matinée passée en formation, j’arrive dans mon établissement pour déjeuner puis faire cours. Je suis plutôt à plat, et bon, disons le tout net, je n’ai pas envie de faire cours. Oui, je sais, ce n’est pas bien, mais comme mes élèves, j’attends un peu les vacances…

Et puis…

« M,sieur, M’sieur… »

« Oui ? »

Je me retourne, une des mes élèves, plutôt en difficulté, pas concentrée en classe, bavarde, travaillant de façon alternative, est là…

« Ah bonjour, comment ça va ? »

« Bien. M’sieur, j’ai travaillé mon anglais ce week-end…Vous savez le devoir qu’on doit vous rendre jeudi… » Un grand sourire.

« C’est vrai ? Ah bah, ça me fait plaisir, ça ! Je peux voir ? »  Grand sourire aussi.

L’élève pose vite son sac, fouille rapidement ses affaires et me sort la feuille, toute contente.

Une feuille bien écrite, bien présentée, de la décoration (trop mimi !), bref, du temps passé à le faire…

«  Ben dis donc, il est chouette ton travail… »

«  J’ai pas encore fini… Vous pouvez me dire si c’est bon ? » Sourire.

« Bien sûr… » Je pose mon cartable.

«  C’est vrai ? Oh, merci ! »

« Alors, si on se place juste sur le plan de la grammaire, j’aimerais en tant que prof que tu me montres que tu sais utiliser quoi ? »

« Euh…Le superlatif et puis des adjectifs et puis y’a can aussi… »

« Tout à fait, je vois que tu as utilisé can, du superlatif, c’est bien, tu as bien compris la consigne et ce qu’il fallait faire. Mais si tu relis, pour que tu me montres que tu as bien compris comment utiliser le superlatif, ça serait bien que tu fasses quoi ? »

«  Euuuuhhh…. Ah, peut-être utiliser les 2 constructions possibles ? »

«  C’est ça ! »

«  Ah, ok, ben je vais rajouter alors, je pourrai vous montrer ce soir pendant le cours ? »

«  Bien sûr ! »

«  Cool ! Merci M’sieur ! »

Une autre arrive… « Moi aussi M’sieur, j’ai fait mon travail, je vous montre ce soir ? »

«  Ok ! »

Elles rangent leurs affaires et partent déjeuner.

«  A ce soir, M’sieur ! » (en choeur).

«  A ce soir ! »

Je reprends mon sac, je pars déjeuner.

Le soir, je n’ai pas fait le cours prévu mais j’ai regardé leurs travaux et essayé de voir ce qui allait, ce qui méritait d’être amélioré et aidé ceux qui n’arrivaient pas à démarrer le travail… Les élèves se sont aidés les uns les autres, ceux qui étaient prêts m’ont rendu le travail avant et ont aidé les autres, on a passé un bon moment ensemble.

Y’a des jours comme ça, on se dit qu’envie ou pas, on a bien fait de venir.

J’adore…le dialogue.


Enfin, j’ai appris à. Moi, je suis plutôt du genre psychorigide.

Cette année, j’ai décidé d’écouter mes élèves (en tout cas, un peu plus).

Pourquoi?

Je n’en pouvais plus des cours pas appris. Je ne fais pas faire que ça, de l’apprentissage, mais bon, sans ça, on n’avance pas.

Donc, j’ai essayé de comprendre, d’expliquer pourquoi je demandais d’apprendre (ben, oui, ce n’est pas si évident que ça pour mes élève que c’est important).

Nous en avons donc parlé, j’ai aussi demandé pourquoi ils n’apprenaient pas quand ils n’apprenaient pas.

1. pas le temps.

2. trop difficile. Donc stressant.

Il fallait travailler sur s’organiser, et comment apprendre.

Nous avons réfléchi ensemble. Il y a 3 cours d’anglais par semaine. Les élèves ont proposé qu’ils ne soient interrogés qu’une fois par semaine sur ce qui est à apprendre sur les cours précédents  » parce que des fois on veut apprendre, mais on n’a pas le temps.  »

Tiens, et pourquoi pas ? Finalement, quand on les écoute, ils ont des choses constructives à proposer. Suis-je bien toujours à l’écoute ? Si j’écoutais, sans juger ? J’ai du mal, je pense, moi aussi, à sortir de mes idées préconçues sur les élèves qui ne font pas les devoirs.

Donc, on essaie l’interrogation écrite ou orale fixe. Par contre, j’explique que je serai intransigeant, et exigerai que le travail soit fait. Les élèves sont d’accord.

Globalement, ça fait un mois, ils jouent le jeu pour la plupart.

Sauf cette semaine.

Professeur pas content. Tout découragé. Tout inquiet. Mais pourquoooooiiiiii ?

Je décide de prendre une heure et de dialoguer. Sans démagogie. Avec sincérité. Sans juger.

–  » Bon, je ne suis pas content. Mais quand même, là, je veux comprendre. Et pourquoi cette semaine vous n’avez pas travaillé ?  »

Un élève, jusqu’à présent ne travaillant pas, prend la parole:  » c’était trop long.  » (je me félicite au passage de la qualité du dialogue possible et de la confiance entre eux et moi).

–  » Oui, mais il y avait plusieurs heures d’aide aux devoirs, et un week-end.  »

–  » Mais moi, le week-end, je me repose d’une semaine longue.  »

Bon, je reconnais, les semaines sont longues…Et, moi aussi, je pense que le week-end est fait pour se reposer.

Un autre élève: « Oui, mais quand même, il y a possibilité de rester le vendredi de 3 à 5 pour finir les devoirs du week-end, ils l’ont fait exprès, après c’est ton choix de ne pas rester…  »

Les élèves finissent à 3h mais ceux qui veulent peuvent rester pour faire les devoirs avec nous (et globalement, nous donnons peu de travail pendant le week-end). Les élèves peuvent repasser tout ce qui a été ‘raté’ et retravailler avec nous pendant l’aide aux devoirs.

Je lui explique que si elle part à 3h, ça implique qu’elle gère ses devoirs seule. Donc, lors du week-end.

Après, une ou deux autres tentatives d’excuses, je lui dis (le plus gentiment possible, en me contenant…),  » Tu ne crois pas que tu cherches des excuses, non ?  » Elle reconnait:  » Vous avez raison, Monsieur.  »

Au passage, je la félicite de son courage, d’avoir pris la parole, d’avoir expliqué. Ca nous a permis de remettre les choses à plat.

Elle semblait vouloir apprendre en partant. Réponse la semaine prochaine. Je verrai.

Suite: la leçon était longue. C’est vrai.

–  » Une idée pour rendre les choses plus simples ?  »

–  » Monsieur, les cartes mentales ?  »

– « Oui, on en a parlé dans la semaine, j’ai même été montrer comment ça pouvait s’appliquer. Vous avez essayé ?  »

–  » ….  »

–  » Vous voulez qu’on essaie d’en construire une ensemble ?  »

Nous avons passé le reste de l’heure à reprendre les derniers cours, à les reconstruire en carte mentale. Les élèves ont promis de repasser cette interrogation ratée la semaine suivante… Je verrai.

Le dialogue a continué avec d’autres.

–  » Sincèrement, là, vous avez vraiment essayé de travailler le cours depuis le début de l’année ? »

Ils reconnaissent n’avoir rien fait depuis le début de l’année. Là encore, je me sens honoré de leur confiance. Pas simple de le dire devant tous. Pas simple de se dire qu’au fin fond on a envie de changer mais que bon, ça fait peur. Donc, on ne fait rien. On cherche à justifier. Ce n’est pas dit, mais je l’entends. Je parle de part propre à chaque élève à faire. Que j’accompagnerai tous les élèves, mais que je ne peux pas faire cette part. J’essaie de ne pas m’emporter.

Les ai-je convaincus ? Je verrai.

Une autre classe, elle, me dit :   » Monsieur, on ne va pas y arriver pour cette semaine. On pense qu’on a mal choisi le jour de l’interrogation fixe parce que… » Et ils m’expliquent. Pas mal. Ils argumentent leur demande.

Je donne mon accord pour changer l’heure, on prend du temps pour apprendre, comprendre en classe. Ce n’est pas un « cours d’anglais « , mais ai-je quand même fait mon métier ? Je crois que oui.

L’interrogation avait lieu aujourd’hui. Tous ont écrit, pour certains, c’est vraiment bien. Certains m’ont dit  » en fait, je n’ai pas appris…Je viens vous voir mardi, et je repasse, promis…  » Je verrai.

Mais, on va dans le bon sens. Ils réfléchissent à leur rapport à l’école, au travail, à la difficulté. Ils apprennent à faire confiance aux enseignants et à parler avec eux (nous, moi). Moins de conflit.

On avance.

Enfin, je verrai.

Mais j’y crois.

J’adore…changer le cadre.


Jeudi après-midi, pour tout un tas de raisons que je ne vais pas détailler, j’avais une petite partie de la classe en atelier (notre aide aux devoirs).

Et puis, je ne sais pas pourquoi, j’avais envie de changer.

Je leur ai dit de prendre tout ce dont ils avaient besoin pour travailler.

Là, l’enfant est toujours à moitié curieux, à moitié excité.

 » Pourquoi ? Pourquoi ?  »

 » Vous verrez  » ai-je répondu d’un air énigmatique, caché derrière mes lunettes de soleil (je vous rappelle que je travaille dans le sud, et que en ce moment il fait super beau, donc on ne se moque pas de moi genre  » il se la joue Festival de Cannes « ).

Au final, nous avons été travailler près de la fontaine. (voir l’article écrit sur la fontaine il y a quelque temps, ). Il se trouve qu’ils avaient une leçon d’anglais à apprendre. Ils se sont donc mis à travailler, gentiment, entre 2 ou 3 papotages avec moi, demande de prononciation de tel ou tel mot, demande de me réciter, ou d’explication. Un moment détendu, des rires parfois, mais aussi beaucoup de travail.

Puis, nous sommes allés dans la cour, laissée vide par les élèves, tous en classe. La cour chez nous, elle est belle. Surtout en ce moment. Il y a de grand arbres superbes, de l’ombre et des bancs. On y est bien. Donc, autant y aller.

Certains se sont allongés sur le banc pour apprendre, d’autres assis sur un rebord, d’autres par terre.

Certains m’ont dit  » moi j’apprends mieux si je bouge, je peux marcher dans la cour ?  »

 » Euh, oui.  »

 » Ah, j’ai le droit ?  »

Cette remarque m’a étonné. Finalement, pourquoi ça me poserait un problème qu’il bouge un peu, avec des limites et des règles bien sûr ?

Et hop ! On apprend.

Je repense à l’aide aux devoirs classique, à mes élèves, une heure, parfois plus, assis derrière un bureau. Je repense à moi travaillant à la maison. Je crois que je me suis très rarement mis derrière une table pour apprendre.

Et si ?

Et si on le faisait de temps en temps. Et si ça apportait un plus ? L’idée est de chercher comment les aider, non ?

Au final, le cours était bien su. Tout le monde, le prof, les élèves, était content. Et le travail a été associé à un moment plaisant. (le bonheur, non ?)

Et si parfois, on changeait la perspective ? Le cadre ?

Alors, bon, soyons clair, je ne vais pas pouvoir faire tout le temps aide aux devoirs dehors. Mais penser pour ce moment particulier à d’autres formes, d’autres cadres. Des petits tapis de sol? Des trucs en mousse pour s’assoir?

Enfin, bref….J’adore changer de cadre. Car souvent ce changement là, il est porteur d’idées intéressantes à creuser.

Je vous tiens au courant?

J’adore… les bonnes notes.


Vous avez remarqué comment, bonnes notes ou pas, on a une tendance à ne dire aux élèves que ce qui n’a pas été dans la copie? Pas de ce qui a été. Même s’il y avait peu de choses. Quand j’ai ouvert ce blog, j’ai eu envie de parler de ça. De ce qui va. Dans ma vie de prof, dans mon travail. Je ne nie pas le reste, mais mettre en avant ce qui va ne fera pas de mal.

Aujourd’hui, alors que j’ai vécu une très belle semaine de professeur, je me retrouve confronté à cela. Difficile de trouver les bons mots pour en parler. Je vais essayer.

La majorité de mes élèves est en difficulté.

Ils ont de la bonne volonté pour une bonne partie d’entre eux, certains sont franchement découragés par leur échec. Depuis septembre, comme vous tous, chers collègues, je me retrouve face à cette problématique : comment tous les (re)mettre au travail et les faire réussir?

Cela s’avère très dur.

Moi, j’ai toujours adoré l’école, je n’ai jamais eu de souci pour travailler, comprendre. Je me retrouve donc mal placé pour comprendre pourquoi ça coince. Je cherche, je découvre au fur et à mesure lors de l’aide aux devoirs, je m’adapte, je transforme, j’encourage, je cherche. Je tiens bon.

Jusque-là, cette année, je n’avais pas rencontré de grande réussite avec mes classes, des notes très très basses, des conseils de classe où les notes de mes élèves étaient parmi les plus faibles…

Et puis cette semaine, une fin de séquence dans 2 niveaux avec un projet final, être capable de jouer un petit dialogue, dans une situation donnée. Consigne principale : bien le faire (avec tous les critères d’évaluation donnés, expliqués), bien sûr, mais aussi prendre du plaisir.

Je craignais le pire.

Pour moi l’Interaction Orale, c’est la chose la plus dure à maîtriser en langue. J’avais décidé de prendre mon temps, de modifier ma façon de procéder et d’essayer d’être le plus à l’écoute possible et le plus explicite possible. De décaler mon regard. Pourquoi ça coince ? Comment faire ? Une partie vient d’eux, une partie de moi sans doute aussi.

Je suis parti de l’évaluation finale, j’ai ouvert la séquence en présentant l’évaluation. Ainsi, je présentais tout ce qui était fait dans la séquence comme lié à l’évaluation finale en essayant de faire sens. « Vous voyez, là il faut apprendre, car à la fin de la séquence, pour réussir l’évaluation vous aurez besoin de savoir ça. » Oui, finalement, apprendre, mais pourquoi? Pour faire plaisir? Certains sont dans cette dynamique, mais pour beaucoup ce n’est pas le cas. Donc essayer de mettre du sens. De montrer que réussir, c’est possible, avec de l’aide, avec du travail de leur part aussi. Et j’insiste là-dessus aussi.

En général, avant, je n’insistais pas, le pourquoi, le comment, c’était évident. Mais évident pour moi. Pas pour eux.

J’avais aussi toujours peur que présenter en début de séquence ce que l’on devait être capable de faire à la fin les décourage. Cela a été le cas, mais je leur ai dit de me faire confiance, que tout ce que l’on ferait dans la séquence serait fait pour qu’ils « soient capables de » à la fin. J’ai beaucoup insisté à chaque étape sur le pourquoi. Je le faisais aussi avant, mais vite. Évident, tout ça. Non, en fait.

J’ai aussi pris 2h à la fin de la séquence pour les coacher. Je n’aime pas ce mot, mais, trouvé par ma collègue d’anglais, c’est celui qui s’approche le plus. On a repris la présentation de l’évaluation, et on a commencé, en classe à faire les devoirs comme si on était à la maison. Alors, j’ai « perdu », 2heures de cours. Oui, sauf que je trouve que je joue là vraiment mon rôle jusqu’au bout, je fais passer les connaissances, mais j’aide aussi à ce qu’elles soient assimilées, et je donne la méthodologie. Donc, rien de perdu, tout de gagné.

Travailler sur la transmission et l’assimilation. C’est le grand truc de notre chef d’établissement. Au départ, quand il nous a parlé de ça, je l’ai regardé avec de grands yeux, comme s’il était venu d’une autre planète. Déjà, assimilation, ce n’est pas très beau comme mot, ça fait un peu les borg dans Star Trek… Mais au final, peu importe l’étiquette « mot » que l’on met dessus, je pense qu’une des clés, c’est de travailler avec les élèves là-dessus, sur la partie que l’on ne voit jamais : l’élève hors de la classe. Alors bon, moi j’ai de la chance, ils ont tous internes, donc je suis là pour l’aide aux devoirs, mais j’ai aussi pris le temps sur le cours. J’ai aussi l’impression d’être professeur quand je fais cela. Je me rends compte en écrivant que je me défends beaucoup de le faire. Forcément, ça ne fait pas « prof ». Je ne parle pas tout le temps anglais, il y a du bruit, les élèves parlent, mais parlent du travail. Donc, tant mieux. Vive le bruit, si le bruit, c’est ça.

Et puis est venu jeudi, mes 2 niveaux passaient les évaluations. J’étais confiant pour un des deux, moins pour l’autre.

Ils ont été bluffants!

Beaucoup de travail, un énorme travail même de mémorisation, et quand on sait à quel point c’est difficile pour eux… Des élèves très faibles s’efforçant d’employer des structures complexes, de bien me montrer que les conseils donnés avaient été intégrés. Beaucoup de fierté. Des 2 côtés. Moi, je suis un gros sentimental. J’ai retenu mon émotion devant ces mômes y arrivant enfin, et récoltant de bons résultats après beaucoup de travail. J’ai dit à quel point j’étais fier d’eux, de voir tous ces points verts sur ma grille d’évaluation. Certains ont souhaité repasser pour passer de un point vert à deux, me demandant comment ils auraient pu mieux faire. J’ai cru par moment être dans la 4e dimension…

Alors voilà, je suis content, ça n’arrive pas tout le temps, ça fait du bien de le dire. en plus, si moi je suis content, imaginez-les eux qui vont rentrer à la maison avec leurs notes d’anglais… Un prof et des élèves contents d’être à l’école, ce n’est pas si mal comme semaine, non?

Je l’ai déjà dit il y a peu, mais il y a des moments où être prof, c’est vraiment bien!

J’adore…faire de l’alpinisme pédagogique.


Au départ, vous, plein d’une bienveillante autorité, vous pensez que vous avez envoyé vos élèves faire une petite balade pédagogique sur un tranquille petit chemin de campagne en leur donnant un devoir maison à vous rendre.

Une petite chose assez facile, une activité simple, à l’écrit, qui consiste à parler d’une pièce de la maison, en écrivant ces phrases à partir d’une phrase modèle avec un pronom relatif, de façon créative («Woooh, avec des couleurs et des p’tits cœurs et tout, Monsieur ?» comme disent les grands garçons de 3e).

Vous préparez, en bon pédagogue, une belle consigne, bien simple, que tout le monde comprendra, vous faites noter dans le cahier de texte, vous donnez un temps pour le faire, vous expliquez quels sont les critères d’évaluation en faisant participer les élèves à l’anticipation de ce qui va être évalué. Bref, une sympathique petite promenade sur un joli chemin de campagne, ce devoir. Ca va être sympa de le noter, toutes ces bonnes notes à venir…

Mais en fait, pas du tout.

Un mois plus tard, 4 semaines après le dernier délai, vous avez un nombre très important d’élèves qui n’ont pas rendu le travail. Vous vous fâchez, vous disputez, vous menacez, vous jouez sur la corde sensible de l’affection qu’ils ont envers vous en disant que cela vous blesse (c’est vilain, je sais), vous faites part de votre mécontentement, bref, vous essayez plein de choses, rien n’y fait.

2 options s’offrent à vous.

Option 1: Vous vous dites que bon, ben après tout tant pis pour eux, moi j’avance, ils ne veulent pas, tant pis, là quand même, ils y mettent de la mauvaise volonté, ce n’était pas dur…

Je l’ai longtemps fait, démuni, et désemparé devant ce non-travail incompréhensible.

Mais, vous laissez un nombre considérable d’élèves « sur le bord du chemin éducatif » (le même que mon chemin de campagne vous croyez ?). Et franchement, vous en avez assez.

Et en plus là, non. Je veux mes écrits créatifs jolis, décorés, je veux les bonnes notes, je veux les afficher sur le « Wall of Fame » de la classe, et j’en ai assez d’avoir tous ces élèves qui ne font pas le travail.

Option 2 : vous vous dites que vous allez faire quelque chose. Quelque chose de positif, que vous n’allez pas être dans la réaction de mécontentement, mais dans l’accompagnement. Vous allez utiliser ce qui existe (l’aide aux devoirs le soir, mes élèves étant tous internes) et vous allez les forcer à le faire.

Option 2 prise.

Rendez-vous pris donc le jeudi soir et le lundi soir pour les 2 classes en question.

Vous expliquez.

Réaction de méfiance, ils ne veulent pas, vous passez outre, vous vous dites surtout que ce n’est pas une attaque personnelle envers vous (tout n’est pas lié à mon égo de prof surdimensionné alors ?), mais en fait une façon de se protéger. Ne pas faire pour ne pas se mettre en danger. Faire, c’est s’exposer au regard du professeur, à son évaluation, risquer la mauvaise note, le point rouge dans mon établissement. Ne pas faire pour ne pas être exposé.

Mais là, il ne rigole plus, il le veut son texte…

Et vous vous rendez compte qu’en fait la ballade sur le chemin de campagne n’en est pas une, mais c’est carrément l’escalade de l’Everest.

Vous vous dites que vous allez être dans la méthodologie. Vous allez les aider.

Et là, vous découvrez dans cette heure trente avec eux tout ce qui fait qu’ils ne font pas.

Vous dites de commencer par lire la consigne.

Vous découvrez que la consigne toute belle, bien écrite, ultra claire, qui ferait la fierté de votre inspecteur, elle a disparu, notée au mieux rapidement, partiellement dans le cahier de texte / agenda. Ou bien pas notée. (« Gniaaaaaa…. », faites-vous intérieurement en gardant votre bienveillant sourire de professeur qui accompagne).

Vous redonnez la consigne. Vous envoyez vers la phrase modèle.

Vous découvrez que la phrase modèle du cours, eux ne savent même pas qu’elle existe. («Gniaaaaa….») Certains vous disent qu’ils n’étaient pas là ce jour-là. D’autres qu’ils n’avaient pas le cahier, qu’ils ont noté sur une feuille, qu’ils l’ont perdue…Vous parlez du métier d’élève. Rattraper les cours quand on est absent. Avoir ses affaires. Les élèves vous disent que n’étant pas là, ils ne savaient pas qu’il y avait cela à faire.

Là, vous feignez la surprise. « Aaahhh? Vous n’avez pas accès au cahier de texte en ligne? C’est bizarre, je le remplis pourtant bien tous les jours… » (il est trop fort, il a réponse à tout…).

Vous reparlez du métier d’élève. Vous en redonnez les quelques traits principaux.

Pour vous, bon élève, qui n’a jamais eu besoin d’accompagnement, et de l’aide de ses parents, tout ça, c’est évident, cela va de soi. Plus cela va, plus vous découvrez que non.

Retour à la phrase modèle. On en parle, on la commente, on l’explique. Certains se lancent.

« M’sieur, comment on dit « salon » ? »

Là, vous leur parlez de leur nouvel ami, le dictionnaire. 5 minutes après, on vous dit que «M’sieur, ‘salon’ il y est pas dans le dictionnaire». (« Gniaaaa…. »)

Vous montrez à l’élève comment marche le dictionnaire, il y a 2 parties, comment on trouve le mot, non, ça c’est la prononciation, vous expliquez que sur certains mots il y a 1, 2 et que cela correspond aux différents sens. Les élèves commencent à arriver à trouver les mots dont ils ont besoin tout seuls.

Vous commencez à vous dire que le chemin de campagne est quand même bien escarpé.

Vous circulez, vous regardez, vous encouragez. Vous recevez des sourires. « Ce n’était pas si dur que ça, hein ? », dites-vous pour vous rassurer alors que vous découvrez l’ampleur de leurs besoins en accompagnement et en aide.

Au bout d’une demi-heure, des brouillons vous arrivent, vous pointez vers un -ing, vous demandez la raison de sa présence, vous pointez vers la phrase modèle dans laquelle il n’y a pas de -ing. silence, réflexion, sourire bienveillant, l’élève cherche, vous dit que donc il ne faut pas en mettre là. On reparle des valeurs du présent simple. Vous pointez aussi vers les belles phrases, les poétiques, celles qui vous plaisent.

Nous sommes désormais à la moitié de la montagne.

Vous vous rendez compte que votre expédition « Everest » est partie sans un membre qui n’y arrive pas et qui est resté au camp de base. On reprend. Il commence à grimper le chemin avec vous.

Les autres restés à mi-chemin du sommet de la montagne en vous attendant (puisque reparti au camp de base) commencent à venir prendre les crayons de couleurs, les feutres, les feuilles blanches (que vous aviez fort astucieusement pensé à apporter, pas d’excuse possible pour ne pas faire…). Car oui, aussi, vous aviez expliqué qu’il ne fallait pas commencer directement sur la feuille finale…Vous expliquez qu’il va falloir progressivement arriver à plus d’autonomie…

Le sommet est désormais proche, la cordée a bien avancé, certains ont vraiment eu du mal, et cette ascension a été dure. Mais tous ensemble, on est arrivés au sommet. Le ciel est dégagé, l’air pur, il fait beau. Forcément, l’anglais sera plus facile désormais.

Demain, il faudra redescendre, se retrouver tout en bas et se remettre à grimper d’autres sommets.

Mais vous savez quoi ? J’adore faire de l’alpinisme pédagogique. Eux aussi.

J’adore…chercher la clé multifactorielle.


Vous savez le matin, quand vous êtes déjà bien en retard, quand tout a pris 20% de temps de plus que d’habitude, que vous avez versé le jus d’orange dans le bol de café (rempli de café) plutôt que dans le verre vide, quand vous avez eu du mal à vous lever déjà, idéalement quand vous avez mal dormi, et que dès au réveil vous pensez aux 3 milliards de choses que vous avez à faire dans la journée, que déjà vous avez mal au crâne, que ce café ne fait décidément pas effet et que lorsque vous êtes sur le point de partir vous ne trouvez plus vos clés de voiture (marche aussi avec les clés du bahut, votre clé USB avec tous vos cours dessus etc…)?

Ça vous parle?

L’autre jour en parlant à mon proviseur-adjoint, ça m’a frappé, comme une évidence. On parlait des difficultés que j’avais à faire travailler telle classe (ben oui, y’a des classes avec lesquelles je n’y arrive pas) et je me suis entendu dire « je ne sais pas, avec eux, je n’ai pas encore trouvé la clé, je cherche toujours la clé ».

Mon métier c’est ça. Chercher la clé.

En fait, c’est exactement ça. J’ai l’impression que nous passons l’année (le mois, la semaine si vous êtes doué) à chercher LA clé qui fera que les élèves se mettront au travail, pas celle qui fera qu’ils y arriveront, mais celle qui fera qu’ils ont envie d’essayer.

Le matin, quand vous ne trouvez pas vos clés, c’est souvent multifactoriel (ah, ah, j’adore ce mot.). Vous ne les trouvez plus parce que déjà si vous les mettiez toujours au même endroit, ça n’arriverait pas (y’a toujours quelqu’un pour vous dire ça à ce moment-là, non, non, ça ne vous énerve pas le matin…). Ou encore, « mais elles étaient où la dernière fois que tu les as vues? » (ben oui, là je les cherche juste pour le fun, je sais où je les ai vues pour la dernière fois, c’est d’ailleurs pour ça que je les cherche…). Parce que aussi vous avez tout plein de clés. Parce que vous êtes fatigué. Parce que vous devriez sortir plus, votre esprit serait plus léger, et vous seriez plus concentré. Bref, multifactoriel.

La clé du travail des élèves, elle est toujours aussi multifactorielle.

Les élèves ne travaillent pas et il y a toujours tout un tas de raisons, qui se combinent parfois. Au bout d’un moment avec l’expérience, vous finissez par en connaître pas mal de ces raisons.

Déjà, vous vous dites que ça doit venir de vous. Vous culpabilisez en vous disant que c’est vous, pas eux. Arrêtez, c’est idiot. Bon, là on est dans le trip standard du prof. J’ai appris, tout en me remettant en cause, à ne pas culpabiliser. Je cherche, mais plus de sentiment de culpabilité. Je fais de mon mieux.

Bon, ok, j’ai appris, je n’ai pas dit que j’y arrivais tout le temps.

Vous apprenez aussi à vous dire que le moment durant lequel vous donnez les devoirs à faire doit être privilégié. Pas après la sonnerie. La sonnerie, c’est le signal. Une seule pensée – partir – pour 80% des élèves, même ceux qui vous aiment bien. Et en général, la victime collatérale, c’est noter les devoirs. Et après arrive le classique (parfois sincère) « je ne savais pas qu’il y avait ça à faire » et ce malgré le cahier de texte en ligne. Donc le faire pendant le cours. Insister pour voir les agendas ouverts, les regarder copier. Non, pas sur ta main (qui peut aussi être une feuille…), sur l’agenda.

Pareil avec la copie du cours. Moi, je suis professeur en collège, et oui, même s’ils sont grands les 3e, je passe, je regarde les cahiers / classeurs, je vérifie que le cours est noté. Oui, tu dois noter la phonétique aussi, oui, souligne la date et les mots nouveaux. Si, si, c’est plus joli et en plus ça me fera plaisir (dit avec un grand sourire d’encouragement qui font qu’ils se disent « le pauvre, ça lui fait vraiment plaisir, c’est vraiment un no-life, à moins qu’il ne soit ironique, bon, dans le doute, je souligne »). Si, si, si tu écris moins vite et fais des efforts pour bien écrire tu apprendras mieux je t’assure. Non, non, ne note pas tout, c’est juste pour décorer le tableau que j’ai écrit ça…(oui, je manie l’ironie..)

L’aide aux devoirs vous montre à quel point les élèves n’ont que très peu de méthodologie. Et, ce n’est pas de leur faute. Certains élèves ont vite déduit les méthodes seuls, ou alors les parents les leur ont transmis, et surveillent les devoirs, mais bien souvent, une bonne partie des élèves est laissée seule devant ce moment crucial : faire les devoirs, apprendre, faire un exercice. Ils essaient seuls, en général en début d’année car ils ont de bonnes résolutions, ne trouvent pas comment faire, essaient quand même, se rendent compte en cours que malgré le temps que ça leur a pris, ils n’y sont pas arrivés et abandonnent vite. J’essaie le plus possible de donner les clés, dire comment il faudra faire.

Vous apprenez aussi que parfois, c’est lié à tout un tas d’autres choses à la maison, ou dans leur vie, qui font que. A des conflits entre élèves aussi. Moi, je ne suis pas formé pour ça, je ne peux rien faire, ce sont les limites de mes compétences, j’oriente vers les collègues dont c’est le travail et qui ont les compétences dont les élèves ont besoin. Je travaille avec eux avec les moyens disponibles. Ça marche, parfois pas.

Il y a tout un tas de clés multifactiorelles que j’apprends à trouver.

Cette année, malgré ça, je n’ai pas encore trouvé la clé d’une partie de mes classes. Je le vis mal. En même temps, c’est comme un défi. Très stimulant. Je serai un meilleur enseignant après. En attendant, je passe par des grands moments de découragement (toute cette semaine par exemple). Mais je cherche. Et j’aime ça.

J’adore chercher la clé multifactorielle.

Forcément je vais la trouver cette année aussi.