J’adore…l’iPad en classe.


Mais tu fais quoi avec ton iPad en classe?
Ce billet de blog va tenter de répondre à ça. Je vais essayer d’être très pragmatique et concret.
Pour moi, l’iPad est un outil intéressant à avoir en classe, car il me permet de motiver les élèves à écrire, tout en faisant attention à ce qu’ils écrivent, orthographe etc. Je précise que j’ai commencé avec un iPad, puis 2 dont le mien, et je dispose actuellement de 3 iPads, plus serait mieux, mais déjà avec 3 on peut faire des choses très pertinentes. J’utilise aussi souvent mon téléphone personnel pour avoir internet, car le technicien ne pouvait (voulait?) pas créer une borne wifi.
Je précise que j’informe les parents en début d’année de ce que nous allons faire avec les TICE, comment, pourquoi, je donne les liens vers les différents comptes et que je travaille bien sûr en lien avec le Proviseur. Il y a aussi une charte d’utilisation des outils et des réseaux sociaux, je valide toujours ce qui va être publié.
Je travaille avec Instagram aussi, mais je vais aujourd’hui principalement vous parler de ce que je fais avec Twitter avec les ‘petits’, et comment j’utilise la tablette avec les plus grands.
Commençons par Twitter.
Nous avons un compte classe (dont je contrôle l’accès et le mot de passe), sur ce dernier, plusieurs usages.
Mes plus petits, cm2 et 6e publient par exemple une photo par jour de cours du ciel et font une phrase pour parler du temps qu’il fait, ils peuvent aussi répondre aux classes avec qui nous travaillons, dire comment ils vont. Je confie l’iPad à un ou deux élèves, ils prennent la photo du ciel, choisissent un filtre ou pas, un cadrage et écrivent. J’aime beaucoup cette activité rituelle faisant appel aussi à leur créativité artistique, on travaille vraiment ici le niveau A1 du cadre européen en expression écrite.
Sur Twitter, nous avons aussi joué avec d’autres classes à ‘qui est-ce’? Ma classe choisit un personnage parmi une liste, l’autre classe doit deviner lequel c’est en posant des yes-no questions. C’est au final un exercice très structurel pour pratiquer les structures avec have et le vocabulaire lié au visage. Mes élèves ont beaucoup aimé cette activité, et le vocabulaire et les phrases clé ont été très bien restituées par le groupe classe lors de l’évaluation.
Nous avons aussi joué avec le vocabulaire des objets de la classe, j’ai fait plusieurs groupes, ils prenaient des photos d’objets de la classe, demandaient ce que c’était et attendaient les réponses des autres écoles. Pour diverses raisons, je n’ai pu mener à terme cette activité, mais elle est très prometteuse. Tout ce qui permet d’utiliser l’iPad pour communiquer en anglais réellement permet vraiment de faire travailler le vocabulaire et de le fixer de façon efficace. Trouver une twittclasse de primaire avec qui travailler est vraiment simple, il y a plein de super collègues ultra dynamiques avec qui travailler. J’en profite pour saluer @menut3 et @lonnyj, entre autres, avec qui j’ai travaillé cette année en CM2 et qui sont de formidables collègues et font un excellent travail.
Une dernière activité: prendre une photo du bureau de l’élève avec des objets scolaires dessus, accompagner l’image d’un tweet décrivant l’image, y glisser volontairement un oubli, une erreur de couleur, de nombre, l’autre classe doit s’amuser à trouver l’oubli volontaire…
Pour travailler la compréhension écrite: les élèves rédigent un texte dans lequel ils décrivent un extra-terrestre. Les élèves de l’autre classe lisent, dessinent l’extra-terrestre et renvoient une photo de leur desssin. Et inversement.
Alors certes, tout ça serait plus simple avec plus d’iPad, mais bon, les élèves étaient déjà ravis de ces activités. Ils communiquent avec des classes françaises en anglais? Pas authentique? Certes non, mais la capacité au jeu des enfants est grande et ça leur a beaucoup plu.
Avec les plus grands:
Je divise la classe en 2 groupes. Un groupe dispose des 3 iPads et d’un document support sur lequel travailler (vidéo, texte, image…). Ils ont un temps limité pour prendre connaissance du document et être prêt à répondre aux questions de l’autre partie de classe qui pendant ce temps là prépare ses questions. J’aime beaucoup cette configuration, chaque groupe est sub divisé en 3, et il y a là un réel moyen de collaborer, tout le monde doit avoir parlé dans l’heure. Le temps de l’échange sur le document est aussi limité. A la fin de l’échange, le groupe qui n’avait pas le document doit prendre la parole et parler du document non connu, à la fin de cette prise de parole, le premier groupe apporte des précisions si besoin. Ace moment-là, je divise la classe en 3, chaque groupe dispose d’un iPad et rédige ce qui va rester du cours en essayant d’apporter le plus d’outils possibles. Je récupère cela, et hors classe, j’ajoute des mots outils, des apports, des remarques. Les élèves savent que le cours sera sur le réseau de l’établissement dans la journée et peuvent le récupérer, j’en imprime aussi. Pour ce type de cours, j’utilise VLC si c’est une vidéo, et j’aime beaucoup Pages ou Notability pour la rédaction. Sur ce dernier, ils peuvent aussi dessiner, rajouter des annotations, très utile.
Alors, certes cela peut se faire avec du papier. Oui, mais avoir les propositions de cours directement en numérique me permet de les fusionner très vite et de les annoter et compléter tout aussi facilement. Elles sont aussi facilement transférables vers tout type d’ENT. Si Notability est connecté au Wifi et à un compte Google ou Dropbox, il suffit de récupérer le cours avec ma tablette à la maison sans avoir besoin d’emporter les tablettes de l’établissement. Je n’avais jusqu’à présent pas accès à Internet en classe avec les tablettes et j’utilisais le lien avec mon iPhone…
Je pense que mon rôle en tant qu’enseignant d’élèves en difficulté ayant peu souvent accès à ce genre d’outils est de leur apprendre à s’en servir de façon responsable et naturelle, je m’y emploie. De plus, je joue un rôle alors dans la validation des items du b2i. Les élèves apprécient et ont envie de faire de l’anglais. Que demander de plus?
Voilà, j’espère que ça vous donne idées et envie…
A lire: l’excellent livre de Ghislain Dominé, Utiliser les Tice en classe pour avoir plein d’idées et se lancer simplement. Passez voir aussi la rubrique du blog sur les sites à visiter dont ceux de @nicoguitare ou @edouardvince .
Je suis preneur de vous retours, idées, questions etc !

J’adore… tout remettre à plat (2).


Tout remettre à plat.

Bon.

Maintenant que j’étais convaincu de l’importance de le faire, j’avais l’air bien malin.

Je n’ai jamais été un grand révolutionnaire.

J’ai appris des modèles de ce que devait être le cours parfait lorsque j’étais professeur stagiaire avec mon tuteur et en cours, comment on devait le construire et pourquoi en étant plus ou moins d’accord mais avec la modestie de celui qui débutait et devait apprendre, essayer et voir ensuite.

J’ai donc essayé, amélioré, puis modifié, mais tout en restant globalement dans ce moule initial. Je ne critique pas du tout ma formation initiale, elle a été de qualité ( si, si… ). Entendez-moi, ce que j’y ai appris m’a permis d’être un professeur qui fonctionne sérieusement devant ses élèves. Mais celle-ci ne m’a jamais amené à innover, me lancer, changer, oser, remettre à plat. Ce n’est d’ailleurs, je pense, pas le rôle de la formation initiale. Mais, à aucun moment, vraiment, on ne m’a poussé à oser changer ou faire autrement. Le consensus règne. En tout cas, c’est que ce que je ressens en tant qu’enseignant depuis maintenant des années…Ou si on veut changer, c’est très compliqué.

Arrivé il y a 3 ans dans mon nouvel établissement, fortement encouragé par la direction (et c’est important…) j’ai commencé à modifier mes pratiques en fonction des besoins de mes élèves.

Partons des élèves. J’ai des élèves globalement bien intentionnés envers l’école, malgré tout pour la plupart en (grande) difficulté scolaire et qui se méfient d’elle car ce que leur est renvoyé dans leur ressenti est, selon eux, ce qu’il ne savent pas faire. Un des tous premiers contacts avec mes nouveaux élèves m’a beaucoup apporté et appris à les écouter. Ca a l’air évident comme ça, mais en fait, je ne le faisais pas vraiment. Ecouter.

Quand je me suis présenté à eux, j’ai dit quelle matière j’enseignais, l’anglais, donc. Et là, retour d’une élève mais aussi de la classe en forme de protection.

« Oh la, en anglais, moi M’sieur chu nulle ! »

J’ai reçu cette phrase avec beaucoup de surprise et de douleur. Pourquoi se besoin de se protéger de l’anglais? Comment cette élève, plutôt sérieuse, peut-elle avoir cette image d’elle-même ? N’avons-nous pas raté quelque chose ?

« Vraiment ? Et bien tu vois, ça m’étonne, tu as 15 ans, tu fais de l’anglais depuis plusieurs années, forcément, il y a des choses que tu dois savoir faire. Que tu aies du mal, je veux bien le croire, mais que tu sois ‘nulle’, j’en doute. Il y a bien des choses que tu dois savoir faire en anglais, non ? »

« Ben chai pas, on ne m’a jamais vraiment posé la question. »

J’ai senti que des 2 côtés, il nous fallait réfléchir.

J’ai donc commencé par le chantier de l’évaluation, car c’était un chantier commun à tous les professeurs. J’ai alors commencé à mettre en place, puisque c’était le projet de mon établissement, l’évaluation sans note par compétence de mes élèves.

Ne pas mettre de notes sur les évaluations, ne veut pas dire ne pas évaluer. Bien au contraire. J’évalue beaucoup. Nous nous sommes tous (les professeurs) mis d’accord sur des codes couleurs avec en gros 4 possibilités : maîtrisé, partiellement maîtrisé, insuffisamment maîtrisé, non maîtrisé. Et surtout, puisqu’on parle par compétence, la possibilité organisée via les aides aux devoirs de pouvoir retravailler un point raté et de repasser l’évaluation, la première évaluation ratée disparaît alors, remplacée par la réussie. Cela varie un peu suivant les matières, mais l’idée est globalement celle là.

Ca n’a l’air de rien, mais ça change tout dans le rapport des élèves à l’évaluation. Et donc à moi.

Pour tout vous dire, au départ, je résistais à l’idée. Je ne voyais pas bien l’intérêt. Je mets un chiffre, certes, mais mes évaluations sont claires, et ils savent sur quoi ils sont évalués, m’étais-je alors dit. 3 ans plus tard, je me rends compte à quel point ce n’était pas exact, même si j’étais sincère dans la perception de mon travail, et je ne reviendrais pour rien au monde à ce que je faisais avant.

Suivant le temps, j’ai aussi commencé à corriger en vert et rouge, ce qui est bien, positif, maîtrisé, utilisé de façon pertinente d’une couleur, et ce qui pose souci, devrait être retravaillé de l’autre. J’essaie de m’y tenir. (je n’y arrive pas tout le temps…)

Si je fais le point sur ce changement-là, je mets beaucoup plus en avant ce qui est su et compris, j’indique ce qui n’est pas réussi mais avec l’idée que c’est à retravailler. L’évaluation ne place plus l’élève dans la position de devoir avoir compris au moment où moi je fais l’évaluation. On peut ne pas réussir et refaire, reprendre. Chaque élève peut avancer à son rythme, moins vite, mais aussi plus vite. Les élèves stressent beaucoup moins face à ce moment de leur scolarité, ils vivent l’évaluation non plus comme un jugement, mais comme un bilan de ce qu’ils savent faire, ou pas.

Ensuite, ma construction des évaluations est, désormais, une fois le référentiel des compétences à maîtriser co-construit avec mes collègues, bien plus simple. Je pioche les items dont j’ai besoin via le logiciel de gestion de ces items que nous avons adopté, je remplis au fur et à mesure des évaluations et j’en fais un suivi très simple. Les élèves peuvent aussi à tout moment le consulter et savoir où ils en sont. Au final, sur le bulletin, nous mettons une note (puisque l’institution nous le demande), mais elle correspond à un pourcentage de maîtrise des compétences évaluées. Les parents voient aussi ce qui est travaillé en classe, puis évalué. Car non, ce n’est pas évident pour un parent de comprendre ce sur quoi son enfant travaille, là, c’est au moins un peu plus évident, à défaut d’être parfait.

En gros, je trouve que mes élèves savent mieux ce que j’attends d’eux et ce sur quoi ils sont évalués.

Je vous rassure, ça ne s’est pas fait simplement et facilement, j’ai beaucoup pataugé, cherché, hésité, douté en sortant de ce que je connaissais pour aller vers autre chose. Cela a été par moment très désagréable de ne plus être dans le confort du connu. Mais, comme toute l’équipe s’y mettait, je n’étais pas seul. Des collègues qui pratiquaient déjà m’ont aussi pas mal aiguillé. Et 3 ans après, je trouve que cela en valait largement la peine.

Donc, premier changement, très positif.

Mais, alors, pourquoi malgré ce changement de regard sur l’évaluation, ai-je encore autant d’élèves qui ne travaillent pas et n’apprennent pas ? Qu’est-ce que je n’ai pas vu ?

Retour à l’assimilation…

Je vous en parle dans le prochain billet.

J’adore tout remettre à plat (1)


Longtemps, j’ai été professeur de façon « classique ».

Rien de mal au classique, hein. Comme beaucoup, je préparais mes cours avec sérieux, en cherchant, travaillant. Je faisais cours. Les élèves, enfin, une partie, participaient et suivaient. Une partie. Plus ou moins importante. Pendant 2 ou 3 mois chaque année, je m’efforçais de faire venir à moi ceux qui ne « travaillaient pas », ne participaient pas, ne s’impliquaient pas, ne faisaient pas leurs devoirs.

Je mettais des mots dans les carnets, je prévenais les familles, je dialoguais, je me fâchais, j’essayais toute la palette possible. Et puis, au bout d’un temps plus ou moins long, avec plus ou moins de facilité et de paix d’esprit, je décidais d’avancer, et progressivement, cette partie de la classe n’en faisait plus partie. Avec plus ou moins d’agressivité à mon égard. Cela se passait globalement pas trop mal avec eux, cela me surprend encore.

Mais bon, je le vivais de moins en moins bien. Etais-je devenu enseignant pour me résoudre à faire cours à une partie de la classe seulement, celle-ci, suivant la classe, était ou non la majorité? Non, bien sûr, mais que faire? Comment?

Je faisais cours comme on m’avait appris, avec application. Je faisais des efforts pour faire des cours attractifs, en faisant participer les élèves, en essayant d’avoir de l’interaction entre les élèves… Je pensais que ça suffisait. Je voyais de plus en plus que non. Mais, je ne trouvais pas ce qui pouvait manquer.

Un jour, il m’a été glissé l’idée que nous, les professeurs, devrions aussi nous impliquer dans l’assimilation des connaissances, pas uniquement dans leur transmission, et que ‘faire cours’ c’était aussi s’assurer que les choses ‘passaient’ chez l’élève, quitte à l’aider à « assimiler’.

Quoi, quoi, quoi ?

Déjà pour moi, grand geek fan de Star Trek, l’assimilation c’était les Borg…Mais bon, ça ne pouvait pas être ça… 😉

Ouais, non mais n’importe quoi… Et puis quoi encore…?

Forcément, j’ai résisté à l’idée. Comme toute bonne idée, elle me déstabilisait trop.

Le mot « assimiler » ne me plaît toujours pas mais…il y avait là une idée qui me plaisait et à explorer.

Depuis 3 ans, pour tout un tas de diverses raison, mais en partie car je vivais de plus en plus mal de laisser cette partie de la classe en marge et aussi au contact de collègues rencontrés sur Twitter, je m’y suis mis.

J’ai progressivement « tout remis à plat ». Pour être franc, je suis plutôt en plein milieu du chantier. Stressant, déstabilisant, mais passionnant.

A demain, pour la suite !

J’adore…le dialogue.


Enfin, j’ai appris à. Moi, je suis plutôt du genre psychorigide.

Cette année, j’ai décidé d’écouter mes élèves (en tout cas, un peu plus).

Pourquoi?

Je n’en pouvais plus des cours pas appris. Je ne fais pas faire que ça, de l’apprentissage, mais bon, sans ça, on n’avance pas.

Donc, j’ai essayé de comprendre, d’expliquer pourquoi je demandais d’apprendre (ben, oui, ce n’est pas si évident que ça pour mes élève que c’est important).

Nous en avons donc parlé, j’ai aussi demandé pourquoi ils n’apprenaient pas quand ils n’apprenaient pas.

1. pas le temps.

2. trop difficile. Donc stressant.

Il fallait travailler sur s’organiser, et comment apprendre.

Nous avons réfléchi ensemble. Il y a 3 cours d’anglais par semaine. Les élèves ont proposé qu’ils ne soient interrogés qu’une fois par semaine sur ce qui est à apprendre sur les cours précédents  » parce que des fois on veut apprendre, mais on n’a pas le temps.  »

Tiens, et pourquoi pas ? Finalement, quand on les écoute, ils ont des choses constructives à proposer. Suis-je bien toujours à l’écoute ? Si j’écoutais, sans juger ? J’ai du mal, je pense, moi aussi, à sortir de mes idées préconçues sur les élèves qui ne font pas les devoirs.

Donc, on essaie l’interrogation écrite ou orale fixe. Par contre, j’explique que je serai intransigeant, et exigerai que le travail soit fait. Les élèves sont d’accord.

Globalement, ça fait un mois, ils jouent le jeu pour la plupart.

Sauf cette semaine.

Professeur pas content. Tout découragé. Tout inquiet. Mais pourquoooooiiiiii ?

Je décide de prendre une heure et de dialoguer. Sans démagogie. Avec sincérité. Sans juger.

–  » Bon, je ne suis pas content. Mais quand même, là, je veux comprendre. Et pourquoi cette semaine vous n’avez pas travaillé ?  »

Un élève, jusqu’à présent ne travaillant pas, prend la parole:  » c’était trop long.  » (je me félicite au passage de la qualité du dialogue possible et de la confiance entre eux et moi).

–  » Oui, mais il y avait plusieurs heures d’aide aux devoirs, et un week-end.  »

–  » Mais moi, le week-end, je me repose d’une semaine longue.  »

Bon, je reconnais, les semaines sont longues…Et, moi aussi, je pense que le week-end est fait pour se reposer.

Un autre élève: « Oui, mais quand même, il y a possibilité de rester le vendredi de 3 à 5 pour finir les devoirs du week-end, ils l’ont fait exprès, après c’est ton choix de ne pas rester…  »

Les élèves finissent à 3h mais ceux qui veulent peuvent rester pour faire les devoirs avec nous (et globalement, nous donnons peu de travail pendant le week-end). Les élèves peuvent repasser tout ce qui a été ‘raté’ et retravailler avec nous pendant l’aide aux devoirs.

Je lui explique que si elle part à 3h, ça implique qu’elle gère ses devoirs seule. Donc, lors du week-end.

Après, une ou deux autres tentatives d’excuses, je lui dis (le plus gentiment possible, en me contenant…),  » Tu ne crois pas que tu cherches des excuses, non ?  » Elle reconnait:  » Vous avez raison, Monsieur.  »

Au passage, je la félicite de son courage, d’avoir pris la parole, d’avoir expliqué. Ca nous a permis de remettre les choses à plat.

Elle semblait vouloir apprendre en partant. Réponse la semaine prochaine. Je verrai.

Suite: la leçon était longue. C’est vrai.

–  » Une idée pour rendre les choses plus simples ?  »

–  » Monsieur, les cartes mentales ?  »

– « Oui, on en a parlé dans la semaine, j’ai même été montrer comment ça pouvait s’appliquer. Vous avez essayé ?  »

–  » ….  »

–  » Vous voulez qu’on essaie d’en construire une ensemble ?  »

Nous avons passé le reste de l’heure à reprendre les derniers cours, à les reconstruire en carte mentale. Les élèves ont promis de repasser cette interrogation ratée la semaine suivante… Je verrai.

Le dialogue a continué avec d’autres.

–  » Sincèrement, là, vous avez vraiment essayé de travailler le cours depuis le début de l’année ? »

Ils reconnaissent n’avoir rien fait depuis le début de l’année. Là encore, je me sens honoré de leur confiance. Pas simple de le dire devant tous. Pas simple de se dire qu’au fin fond on a envie de changer mais que bon, ça fait peur. Donc, on ne fait rien. On cherche à justifier. Ce n’est pas dit, mais je l’entends. Je parle de part propre à chaque élève à faire. Que j’accompagnerai tous les élèves, mais que je ne peux pas faire cette part. J’essaie de ne pas m’emporter.

Les ai-je convaincus ? Je verrai.

Une autre classe, elle, me dit :   » Monsieur, on ne va pas y arriver pour cette semaine. On pense qu’on a mal choisi le jour de l’interrogation fixe parce que… » Et ils m’expliquent. Pas mal. Ils argumentent leur demande.

Je donne mon accord pour changer l’heure, on prend du temps pour apprendre, comprendre en classe. Ce n’est pas un « cours d’anglais « , mais ai-je quand même fait mon métier ? Je crois que oui.

L’interrogation avait lieu aujourd’hui. Tous ont écrit, pour certains, c’est vraiment bien. Certains m’ont dit  » en fait, je n’ai pas appris…Je viens vous voir mardi, et je repasse, promis…  » Je verrai.

Mais, on va dans le bon sens. Ils réfléchissent à leur rapport à l’école, au travail, à la difficulté. Ils apprennent à faire confiance aux enseignants et à parler avec eux (nous, moi). Moins de conflit.

On avance.

Enfin, je verrai.

Mais j’y crois.

J’adore…finir l’année.


La fin de l’année, pour moi, ça a toujours été un moment étrange.

Une fois passés les derniers bulletins remplis, conseils de classes passés, il reste un moment étrange entre ce temps là et la vraie fin de l’année. Plus de stress, plus d’enjeux, les jeux sont faits, les décisions prises.

Peu d’élèves restent présents pour diverses raisons, on fait des réunions pour préparer la rentrée (dans mon établissement, avec beaucoup de sérieux), on parle répartition de services, commandes de matériel, de manuels, on rencontre les nouveaux collègues, on cale les projets à venir, mais tout ça dans un étrange et bizarre flottement. On n’est pas vraiment en vacances, mais on ne se sent plus vraiment dans une ambiance de travail. Moi, j’ai besoin d’élèves pour me sentir en vacances. D’ailleurs, la cantine est désertée au profit des petits cafés restos du coin, et ici dans le sud, on optimise ce temps de pause déjeuner pour profiter de la lumière et de la chaleur.

Quoiqu’il en soit, ce moment sans élèves ou presque, qui reste du travail (parce, j’insiste, on est très sérieux) reste irréel. Moi, j’ai toujours beaucoup de mal à prendre des décisions sur l’année qui vient lors de ce moment là. Tout me va. Les classes, les salles de classes,les manuels, le matériel etc. Oui, oui, ok. Souvent à la rentrée, je peste contre ma nonchalance à ce moment là…Tant pis.

Au milieu de tout ça, je dois corriger des copies d’examen, retour au réel, mais voilà, à part ça, l’année est bel et bien finie.

Je suis content de ce que j’ai fait avec mes élèves, de ce que j’ai essayé, testé, expérimenté, moins d’autres essais, c’est ainsi. Il faut se tromper aussi. Maintenant, il faut les laisser partir et avoir de nouveaux enseignants, ou peut-être à nouveau moi en classe supérieure, il faudra découvrir de nouvelles têtes, de nouvelles façon de penser, de nouvelles attentes, de nouveaux besoin pédagogiques: bref, vivement la prochaine année, tout un défi pour moi.

Maintenant, là, j’ai envie d’essayer plein de nouvelles choses, et j’ai toujours aussi faim de mon métier. De jolies choses m’attendent pour l’an prochain mais chut, ceci sera pour un autre billet. Peut-être même avant la rentrée si vous êtes sages.

Sinon, bonnes vacances, et à la rentrée.

J’adore… mon année numérique.


Il y a un peu plus d’un an, j’étais à l’Unesco, au salon de l’Innovation de l’Education Nationale.

J’ignorais tout de Twitter, sauf le fait que Barack Obama s’en servait, je ne savais pas trop pourquoi, comment.

Les blogs ? Ouais, bon, ok, mais à quoi bon ? Pour dire quoi ? Etre lu par ma mère ? (maman, tu eux lire mon blog, bien sûr, hein, mais autant que je te téléphone pour tout vous raconter à toi et papa…).

Les Cahiers Pédagogiques, sympa comme revue. Jamais je n’écrirai dedans, mais bon, bien.

Et Facebook ? Le mal absolu, voleur d’intimité, jamais au grand jamais je n’aurai un compte.

Un an plus tard, je suis à la tête d’un compte personnel sur Twitter avec 220 abonnés et 6000 messages et d’un compte classe.

Je tiens régulièrement un blog qui a reçu en 9 mois 8000 visites.

Et depuis peu, j’ai une page Facebook que j’alimente régulièrement, que je vais lire, j’ai 55 amis et j’en suis ravi.

Mais que s’est-il passé ?

Rien. Tout.

J’ai découvert en quoi le web 2.0 m’était utile en tant que professeur et professionnel de l’Education.

Commençons par Twitter.

J’ai déjà raconté comment @amadineter @ticechampgnole et @latineloquere m’avaient donné envie de rejoindre Twitter. Mais bon, ça m’a apporté quoi? Ils sont venus avec leurs amis. Au début, bien qu’enthousiaste, j’étais un peu circonspect. Bon, ok, je vois comment ça va me servir pour les élèves, mais à moi…. bof. Sauf que ces trois là sont venus avec leurs amis qui leur ont fait confiance, se sont abonnés à mon compte et j’ai commencé à papoter avec @2vanssay @drmlj @dawoud68 etc etc. J’ai découvert un monde intéressant, fait de mutualisation, d’échanges, d’ouverture. Au lieu que ma communauté professionnelle soit en gros celle de mon établissement, c’est devenu la France. J’y ai gagné en richesse. Et je dialogue aussi avec des non-profs mais passionnés. Professeur et ouvert sur le monde. Alors attention, hein, ce n’est pas la planète des bisounours non plus. Mais j’ai instauré une lecture fréquente de leur tweets et des liens vers lesquels ils envoient et un dialogue tout aussi fréquent avec une partie de mes abonnés, j’apprends beaucoup d’eux, je lis des ressources liées à mon métier, je progresse, j’apprends. Un souci ? Quelque chose que je ne sais pas faire et que je veux apprendre ? Je fais quoi ? Je demande. Et bien souvent, j’ai de l’aide. Parfois, même, maintenant, j’en donne. 🙂 Lors de la 2e session des Journées de l’Innovation, j’ai rencontré une bonne partie de mes abonnés. On était un peu timides de se voir en vrai. Mais très vite, on a échangé, dialogué, rit, partagé nos valeurs. Et vous savez quoi? Dans la vraie vie, ils sont tout aussi passionnants !

Lors des 1er mois, j’ai découvert leurs blogs. 140 caractères, c’est bien, c’est concis, mais c’est court. J’ai bien souvent dit que j’avais trouvé tel ou tel billet sympa, intéressant. Et puis, un jour, sur Twitter…

–  » Mais vas-y, lance-toi.  »

–  » Non mais moi je n’ai rien à dire. »

– « Tu verras bien.  »

–  » Mais ça va intéresser qui, mes propos ?  »

–  » Ben, moi déjà.  »

Et hop ! Happé, lancé, pris au jeu. J’ai découvert à quel point j’aimais écrire, et redécouvert à quel point j’aimais mon métier. J’ai parlé de tout, de rien, mais surtout de ce que j’aimais. Pas envie de parler de mes coups de blues, des moments durs, de ce qui ne va pas. On dresse partout déjà un portrait bien sombre de ce métier que j’aime et qui est bien souvent si beau. Envie de me focaliser sur ce qui fait que j’adore…mon job. Le titre et l’angle étaient tout trouvés. Relayé sur Twitter par mes fidèles twamis, le blog a commencé à vivre en octobre 2011, j’ai depuis écrit plus de 40 billets et reçu tout plein de commentaires, d’échanges, de visites (plus de 8000). Incroyable ! Jamais je n’y aurais cru. Mais surtout, je prends du recul, j’écris, je réfléchis à ce que je fais. Cela m’est devenu indispensable. Je ne sais pas comment je faisais avant. François Muller disait qu’on devrait tous (professeurs) tenir son journal et parlait je crois de Nouvelle Zélande où cela se faisait. Je partage cela totalement.

Bon, vous pensez bien que du coup, je n’allais pas résister longtemps à Facebook. Poussé par @dawoud68 et @2vanssay me voilou sur Facebook, et là aussi, je découvre, j’apprends, je paramètre, et je me félicite chaque jour de lire les « amis » que j’y ai et qui partagent leurs lectures, leurs liens, leurs coups de cœur. Mon intimité volée, j’en fais quoi ? Comme m’a très bien dit @2vanssay, il suffit de n’y laisser que ce que l’on veut y laisser. Pour moi, c’est simple, c’est une page tournée vers mon métier. Un complément au blog, j’y écris ce que je fais dans ma vie de professeur, et surtout, je lis, réagis aux apports des mes  » amis « .

Et au final, honneur suprême, les Cahiers Pédagogiques ont lu mon blog et en ont fait leur blog du mois en janvier, petite pub sur leur page Facebook et là ruée de visiteurs. Du coup, j’en suis naturellement venu à écrire sur eux sur le blog, et pour eux et me voilà publié sur une page et demie dans le numéro 498 à côté de tous ces gens que j’admire et respecte. Belle expérience aussi que d’écrire et partager son vécu d’expérience en tant qu’enseignant avec Twitter…

Et si, du coup, de par ma présence sur le Web 2.0, moi aussi, je donnais envie à quelqu’un de se lancer et de vivre une année aussi riche ?

Vivement l’année 2 !

J’adore…changer le cadre.


Jeudi après-midi, pour tout un tas de raisons que je ne vais pas détailler, j’avais une petite partie de la classe en atelier (notre aide aux devoirs).

Et puis, je ne sais pas pourquoi, j’avais envie de changer.

Je leur ai dit de prendre tout ce dont ils avaient besoin pour travailler.

Là, l’enfant est toujours à moitié curieux, à moitié excité.

 » Pourquoi ? Pourquoi ?  »

 » Vous verrez  » ai-je répondu d’un air énigmatique, caché derrière mes lunettes de soleil (je vous rappelle que je travaille dans le sud, et que en ce moment il fait super beau, donc on ne se moque pas de moi genre  » il se la joue Festival de Cannes « ).

Au final, nous avons été travailler près de la fontaine. (voir l’article écrit sur la fontaine il y a quelque temps, ). Il se trouve qu’ils avaient une leçon d’anglais à apprendre. Ils se sont donc mis à travailler, gentiment, entre 2 ou 3 papotages avec moi, demande de prononciation de tel ou tel mot, demande de me réciter, ou d’explication. Un moment détendu, des rires parfois, mais aussi beaucoup de travail.

Puis, nous sommes allés dans la cour, laissée vide par les élèves, tous en classe. La cour chez nous, elle est belle. Surtout en ce moment. Il y a de grand arbres superbes, de l’ombre et des bancs. On y est bien. Donc, autant y aller.

Certains se sont allongés sur le banc pour apprendre, d’autres assis sur un rebord, d’autres par terre.

Certains m’ont dit  » moi j’apprends mieux si je bouge, je peux marcher dans la cour ?  »

 » Euh, oui.  »

 » Ah, j’ai le droit ?  »

Cette remarque m’a étonné. Finalement, pourquoi ça me poserait un problème qu’il bouge un peu, avec des limites et des règles bien sûr ?

Et hop ! On apprend.

Je repense à l’aide aux devoirs classique, à mes élèves, une heure, parfois plus, assis derrière un bureau. Je repense à moi travaillant à la maison. Je crois que je me suis très rarement mis derrière une table pour apprendre.

Et si ?

Et si on le faisait de temps en temps. Et si ça apportait un plus ? L’idée est de chercher comment les aider, non ?

Au final, le cours était bien su. Tout le monde, le prof, les élèves, était content. Et le travail a été associé à un moment plaisant. (le bonheur, non ?)

Et si parfois, on changeait la perspective ? Le cadre ?

Alors, bon, soyons clair, je ne vais pas pouvoir faire tout le temps aide aux devoirs dehors. Mais penser pour ce moment particulier à d’autres formes, d’autres cadres. Des petits tapis de sol? Des trucs en mousse pour s’assoir?

Enfin, bref….J’adore changer de cadre. Car souvent ce changement là, il est porteur d’idées intéressantes à creuser.

Je vous tiens au courant?