J’adore…finir l’année.


La fin de l’année, pour moi, ça a toujours été un moment étrange.

Une fois passés les derniers bulletins remplis, conseils de classes passés, il reste un moment étrange entre ce temps là et la vraie fin de l’année. Plus de stress, plus d’enjeux, les jeux sont faits, les décisions prises.

Peu d’élèves restent présents pour diverses raisons, on fait des réunions pour préparer la rentrée (dans mon établissement, avec beaucoup de sérieux), on parle répartition de services, commandes de matériel, de manuels, on rencontre les nouveaux collègues, on cale les projets à venir, mais tout ça dans un étrange et bizarre flottement. On n’est pas vraiment en vacances, mais on ne se sent plus vraiment dans une ambiance de travail. Moi, j’ai besoin d’élèves pour me sentir en vacances. D’ailleurs, la cantine est désertée au profit des petits cafés restos du coin, et ici dans le sud, on optimise ce temps de pause déjeuner pour profiter de la lumière et de la chaleur.

Quoiqu’il en soit, ce moment sans élèves ou presque, qui reste du travail (parce, j’insiste, on est très sérieux) reste irréel. Moi, j’ai toujours beaucoup de mal à prendre des décisions sur l’année qui vient lors de ce moment là. Tout me va. Les classes, les salles de classes,les manuels, le matériel etc. Oui, oui, ok. Souvent à la rentrée, je peste contre ma nonchalance à ce moment là…Tant pis.

Au milieu de tout ça, je dois corriger des copies d’examen, retour au réel, mais voilà, à part ça, l’année est bel et bien finie.

Je suis content de ce que j’ai fait avec mes élèves, de ce que j’ai essayé, testé, expérimenté, moins d’autres essais, c’est ainsi. Il faut se tromper aussi. Maintenant, il faut les laisser partir et avoir de nouveaux enseignants, ou peut-être à nouveau moi en classe supérieure, il faudra découvrir de nouvelles têtes, de nouvelles façon de penser, de nouvelles attentes, de nouveaux besoin pédagogiques: bref, vivement la prochaine année, tout un défi pour moi.

Maintenant, là, j’ai envie d’essayer plein de nouvelles choses, et j’ai toujours aussi faim de mon métier. De jolies choses m’attendent pour l’an prochain mais chut, ceci sera pour un autre billet. Peut-être même avant la rentrée si vous êtes sages.

Sinon, bonnes vacances, et à la rentrée.

J’adore…avoir envie de.


Je suis en vacances. Je sais, je devrais me reposer. Mais, on ne se refait pas. Je me mets à penser à tout ce que j’ai envie de faire.

Envie de tout changer dans ma façon d’enseigner depuis que j’ai entendu telle ou telle personne parler lors d’une conférence. Envie d’être bousculé dans mes certitudes, envie de différent. D’autre.

Envie d’intégrer les neurosciences dans mes pratiques, et mieux travailler sur la mémorisation. Envie de lire ce qu’a écrit Bruno DellaChiesa là dessus, envie de voir ce qui se fait déjà ailleurs, envie de découvrir. Ne pas avoir peur d’essayer depuis que j’ai entendu le chercheur en question dire « qu’on n’apprend pas quand on a peur ». Envie que cette idée soit toujours présente dans ma pratique d’enseignant.

Envie que mes élèves soient dans une démarche d’investigation pendant le cours, moi aussi, je peux leur faire chercher, comprendre, découvrir avec l’anglais. Sherlock Holmes, les enfants, il était anglais…

Envie de sortir des barrières des disciplines pour travailler ensemble, faire de l’anglais un moyen de communiquer, pas une matière uniquement. Envie que l’anglais serve à parler, à écrire, à communiquer, à échanger. Envie de le faire en cours plus que je ne le fais. Envie de voir comment on fait cours en maths, en physique, en EPS. Qu’est-ce que je peux apprendre? Qu’est-ce que j’ai à montrer?

Envie d’un joli projet intégrant plusieurs disciplines qui serait source de motivation et d’envie d’apprendre pour mes élèves.

Envie de refaire le petit-déjeuner anglais servi à mes CM2 internes suite au travail fait en classe sur le petit-déjeuner. Me dire dire que la cuisinière leur demandant ce qu’ils veulent en anglais et eux répondant en anglais, c’était vraiment chouette.

Envie d’ouvrir la classe encore plus sur l’extérieur. De communiquer, découvrir ce qu’il y a ailleurs, de montrer qui nous sommes, ce que nous faisons. De faire découvrons l’altérité. Si j’aidais plus à montrer aux élèves que ce qui est autre est source de richesse ? Hein, et ce blog de la classe que tu as envie de faire depuis des siècles, tu te lances quand ?

Envie aussi d’être plus indulgent avec moi, envie de faire le bilan de ce que je fais déjà et de me donner des satisfecit aussi. Envie de regarder ce que j’ai fait évoluer, en me disant « c’est pas si mal, tu sais » et me souvenant de ce qu’a dit Edgar Morin aux Journées de l’Innovation: « ce qui ne se régénère pas, dégénère. »

Forcément, envie de lire Edgar Morin.

Envie de profiter des vacances pour lire tous ces livres qui m’attendent depuis des mois et qui vont m’enrichir. Envie de prendre le temps.

Envie de retourner en classe enseigner avec plein de belles idées.

Envie aussi de ne pas être que professeur tout le temps. Envie de prendre le temps de sortir, d’aller au musée, d’aller au cinéma. Envie de culture, de paysages.

Envie d’avoir envie de.

J’adore… les journées de l’Innovation.


 » On n’apprend pas quand on a peur « . Ces mots se sont mis à tourner et revenir dans ma tête. Le 28 mars, j’ai eu la chance d’entendre Bruno DellaChiesa parler de neurosciences lors des Journées de l’Innovation dans l’Education Nationale à l’Unesco.

Il expliquait qu’il y avait un très fort lien entre émotion et apprentissage. Apprendre, comprendre procure une joie intense, mais inversement, quand on a peur on n’apprend pas. Ce qu’il y a de bien avec les universitaires, les chercheurs, c’est qu’ils mettent des mots sur des choses que vous, vous savez de façon intuitive. Ou tout d’un coup, quelque chose que vous ne soupçonniez pas devient une évidence absolue. Quand ils sont bons, ces mots sont simples et tout le monde les comprend. C’était le cas.

Je sais instinctivement par exemple qu’en début d’évaluation, je dois tranquillement lire les consignes, demander à mes élèves de bien se concentrer et les rassurer sur leur capacité à y arriver. Cela s’accompagne avant l’évaluation sur un travail de reprise de ce qui a été vu en classe qui de pair avec un travail d’explicitation, et dans le meilleur des cas, de co-définition de ce qui est attendu, de ce que l’on doit savoir faire durant l’évaluation.

Alors les mots de M. DellaChiesa ont tourné et retourné dans ma tête. Est-ce que je place vraiment mes élèves dans une situation dans laquelle ils peuvent apprendre le mieux possible ? Est-ce que j’essaie le plus possible d’éliminer cette peur que ressent l’élève quand il est évalué ?

Ces questions ont été renforcées par d’autres choses que j’ai entendues…Les conférences restent, et j’en garde un souvenir forcément subjectif, mais permettez-moi de partager ces quelques choses qui me trottent dans la tête depuis ces 2 jours…

Par exemple, lors d’une table ronde, j’ai entendu une IEN dire que que lorsque on évaluait, il fallait rassurer. Et y passer du temps. Elle parlait là de son rapport aux équipes qu’elle évaluait elle lors d’un suivi d’innovation, mais je trouve que cela est très pertinent aussi par rapport aux élèves. J’ai pensé, alors que je suis plutôt à l’aise avec ce que je fais en classe et que je pense me débrouiller pas trop mal en tant qu’enseignant, au stress et à la peur ressentis lors de mes inspections. Est-ce que mes élèves ressentent ça aussi quand je les évalue ? Je n’espère pas…

Aussi entendu : évaluer, ça peut être juger, mais c’est aussi mettre de la valeur, valoriser. Evaluer, ça devrait au final être cela : mettre en avant ce qui a été réussi dans l’évaluation et en annotation mettre des commentaires pour aider à progresser, donner les pistes pour progresser. Là encore, une évidence, mais tellement bien mise en mot. Hélas, mes notes sont partielles et je ne sais plus qui remercier, mais je vais me pencher à nouveau sur ce que j’évalue, comment je le fais.

Une autre question très pertinente d’une collègue à moi : comment mesure-t-on les progrès dans l’estime de soi, progrès faits à l’école ? De là : comment mesurer le bien-être à l’école ? Doit-on le faire ? Quels indicateurs ?

Si on considère que la peur est l’ennemie de l’apprentissage, alors la question du bien-être se pose. Lors de visites d’établissements au Pays De Galles, on m’avait expliqué il y a un an que ce critère du « well-being » était un des critères d’évaluation des établissements. Et après tout, est-ce si étrange? Pourquoi l’enfant ne devrait-il pas se sentir bien à l’école? Heureux d’être là et d’apprendre… De là, que fait-on, que mesure-t-on, comment ? Le chantier est vaste, mais pertinent et stimulant.

Je rentre avec les neurones stimulées, j’ai encore plein d’autres choses qui me trottent dans la tête, j’y reviendrai si vous le voulez bien, mais déjà vous l’avez compris : j’adore les Journées de l’Innovation…