J’adore… le retour des petits.


Un prof traverse la cour des petits pour aller vers sa salle s’installer tranquillement. Mais c’est une demi-heure avant le cours ? Il est comme ça le prof… Ranger les tables, arranger le tableau. Brancher l’ordinateur. Etre sûr que tout va être parfait. Oui, ça fait vieux pépé, mais il est comme ça, il aime bien prendre son temps et s’installer en prenant son temps.

La cour des petits, elle est très jolie, on l’aime beaucoup. On aime y jouer, y courir, crier, téléphoner, écouter de la musique avec nos MP3, se disputer, jouer au foot avec un bout de papier, se courir après, se raconter des secrets, des fois aussi téléphoner aux parents parce qu’être interne quand on est petit, des fois, c’est dur, il y a des coups de blues, alors les parents, ils remontent le moral. On le fait un peu en cachette hein… On ne va pas montrer qu’on pleure un peu. Bon, enfin voilà, c’est la cour. Mais elle est bruyante.

Alors, le prof, la cour, il la traverse toujours rapidement, parce qu’il est sensible au bruit le prof, il vieillit. Oui, ça fait de plus en plus pépé, mais c’est comme ça.

Nous, les petits, le prof, il ne le dit pas, mais on sait qu’il nous aime bien. Il ne rigole pas toujours, hein… Il est très strict, il faut se ranger, rentrer en silence (pas facile de rentrer en silence quand on est toute une classe quand même), et surtout (et ça, il insiste beaucoup), il faut ranger sa chaise en sortant et jeter tous les papiers à la poubelle. Même si on ne veut pas laisser des choses, des fois, nous, on est pressés de sortir et on oublie. Alors, il n’est pas content. Et quand il n’est pas content parce qu’il trouve que nous ne sommes pas assez respectueux et sages, il prend une grosse voix et se met en colère. Il n’a pas l’air comme ça, mais il a vraiment une grosse voix. Souvent, il a raison. Et puis, ça ne dure pas, heureusement. Des fois, il plaisante juste après. Alors, on sait qu’il n’est pas vraiment en colère. Les profs, c’est un peu des acteurs, on trouve.

Il dit qu’il faut rester petit le plus longtemps possible. Que c’est vraiment chouette notre capacité à rêver, à s’émerveiller. Pas trop longtemps petit,hein….

Et comme le prof, il est un peu clown aussi, qu’il aime bien plaisanter, on l’aime bien aussi. C’est son truc. D’autres profs sont autrement en classe, et on aime aussi, mais ça, l’humour – le second degré, il dit que ça s’appelle – c’est son truc à lui.

Alors, nous, quand il passe, on lui dit ‘bonjour’ avec un grand sourire, il ne le dit pas, mais on voit bien qu’il est content de voir qu’on est content de le voir. Si on veut vraiment lui faire plaisir, on lui dit ‘Elo, ow awwrrre you, toudeï?’, il est vraiment content. Même si nous on trouve ça bizarre de lui parler en anglais alors qu’il est français. C’est comme un jeu, il dit.

Bref, ce jour-là, il passe. On est assis nous, on colorie la première page du cahier d’anglais. Il faut que ça soit joli. C’est pas facile de colorier dans la cour. Y’en a aussi qui révisent la leçon à l’oral. Wane, fou, tri, for…

Et là, le prof, il nous dit: ‘Vous faites quoi?’ Alors, on lui montre.

Et il nous dit, allez venez. Et il nous fait signe d’entrer dans la salle. Il dit au surveillant qu’il autorise une dizaine d’élèves à rentrer pour être au calme. On a le droit de rentrer, de s’installer sur une table pour colorier, de s’asseoir sur un fauteuil pour réviser, mais on ne doit pas faire de bruit pendant qu’il installe tout. Il n’aime pas ça le bruit… Ca tombe bien, nous, on a envie de calme. On est bien là, au calme.

Lui, pendant ce temps là, il fouille dans son cartable. Il nous dit de bien ranger nos affaires, par contre, lui, son cartable, il n’a pas l’air d’être bien rangé. Il y a toujours tout plein de feuilles dedans. Des photocopies. Enfin, bon, en cours, il a toujours tout.

Maintenant, il doit fermer la salle, il faut sortir, il va boire un café avant le début du cours (ils boivent pas mal de café, les profs, non?). Nous, on sort alors. Il voit qu’on est un peu triste de devoir sortir. Il dit que ça fait déjà 20 minutes qu’on est là. On a trouvé le temps court. Lui aussi, il a bien aimé. Il a regardé nos dessins, il a dit ‘oh itsverrinaïsse’ ‘grwwrète’ en souriant. C’est des compliments, ça, non?

On espère que jeudi prochain aussi, on pourra rentrer avec lui dans la salle…

J’adore…la fontaine


J’adore… la fontaine

Il y a le tumulte des couloirs, des élèves tristes (ou heureux, c’est selon) de sortir de cours ou d’y aller.

Il y a les élèves qui mangent dans le réfectoire, rient, oublient les cours et se racontent ce qu’ils ont fait eux en classe à leurs ami(e)s, ou qui sort avec qui, tout, n’importe quoi.

Il y a ceux / celles qui se réfugient dans le coin presse pendant les repas et s’ouvrent sur le monde, ou lisent des BD, des magazines.

Il y a les joueurs / joueuses de foot avec une balle en papier dans la cour en criant et en faisant du bruit et dont les non joueurs se protègent avec leurs écouteurs dans les oreilles, en oubliant le tumulte de la cour.

Il y a les cours, intéressants ou pas, les jours où l’on a mal dormi et on l’on essaie de ne pas dormir en classe (parce que quand même…).

Il y a les disputes bruyantes dont on a oublié le sujet 2 heures plus tard.

Il y a les maux de ventre, les migraines, les passages à l’infirmerie, les coups de blues sans la famille, les larmes parfois…

Il y a les fous rires en classe, dans la cour, avec les copains, des fois même en classe.

Il y a les cours du / de la prof qui nous apporte plein de choses.

Il y a ce qu’on ne savait pas et ce que l’on découvre.

Il y a le prof qui nous dit que le cours était super, qu’on a bien travaillé.

Il y a toujours un moyen de s’évader un peu, d’être un enfant, pas qu’un élève.

Et puis, il y a la fontaine.

On l’adore.

En fait, non, la fontaine, on l’aime.

Adorer, c’est trop fort, on gâcherait, ça sera la brutaliser. Chut, doucement…

La fontaine, on l’aime… chut…

Elle est hors de la cour, cachée sur le côté, derrière un tout petit parc, on ne peut y aller que rarement, avec un adulte, un professeur, un surveillant quand la journée a été longue, qu’on a eu le droit de finir l’aide aux devoirs plus tôt.

Des fois, on y fait cours…Pas de tables, pas de tableau… Des fois, les profs, ils ont des idées bizarres…

Mais le mieux, c’est d’y aller en fin de journée.

Elle est calme, il n’y a pas de bruit, on peut s’assoir, s’allonger sur les bancs, sur la pierre, rêver, téléphoner à la maison, raconter la journée, bonne ou mauvaise, ne rien faire, écouter de la musique, parler au professeur (il y a un humain en fait derrière).

Il n’y a plus de temps, tout s’est arrêté.

On va rester là et ne plus retourner à bord du train de la vie à l’Internat

Et puis si, quand même, on a faim M’sieur.

Comme eux, j’adore la fontaine. Chut…