J’adore … la choupitude.


J’adore … la choupitude.

Le CM2 pour moi, c’est un monde étrange en tant que professeur de collège.

Un monde dans lequel les enfants vous appellent « maître » (hi, hi, j’adore)… Oui, toutes les dernières syllabes sont allongées. C’est normal.

Un monde dans lequel les enfants vous disent des choses du style :

« Maîîîîître…. »

Silence.

« Maîîîîîîitre ? »

(ah zut, c’est moi, ça, je ne m’y ferai jamais.)

« Mwoui ? »

« Untel, il m’a pris mon stylo et il veut pas me le reeeeeeendre ! » ( variante « untel, il a dit çaaaaa et c’est même pas vrééééé » )

(prof du collège interdit, euh, il est sérieux, là ? )

« Euh…. »

=> élève de CM2 en attente de ta réponse <=

=> silence <=

=> silence qui devient long car tu mets trop de temps à réfléchir <=

« Hum, tu lui rends son stylo, hein ? T’es gentiiiil… »

(purée, j’ai allongé la dernière syllabe, je n’ai pas été un peu trop bébé, là, en lui parlant ? )

« Mais euuuuh, c’est pas vrééééé d’abooord » <= marche avec toute autre réponse.

(zut, il a trouvé une feinte)

Bon, je prends l’approche sourcil-relevé-du-prof-de-collège-pas-content-en-prenant-une-grande-respiration-du-style-ça-m’énerve-maintenant. Ça va l’impressionner et il ne saura pas trop comment le prendre…<= marche tout le temps. Ne pas abuser. 🙂

« Pfff… »

(ouf, ça a marché, gniark, gniark, je suis trop fort).

Hé, oui, le professeur de collège, quand il va en primaire, il doit s’adapter et ruser avec les codes. Le prof de collège, il ne sait pas aussi bien gérer le CM2 tout choupi que le professeur des écoles.

A la fin de l’heure, tout ça est oublié, ils sont à nouveau super copains, et tout le monde te dit « bye bye, see you next time » en souriant car ils sont super contents de faire de l’anglais.

Des fois, aussi, tu as une attaque de choupitude.

Et toi, le prof de collège, tu n’es pas trop habitué à la choupitude, ça te déstabilise.

Exemple :

« Maîiiitre ? »

« Mwouiiii ? »

« En fait, vous êtes trop gentil. Moi j’adore trop l’anglais ! », avec des grands yeux trop mimis et l’air tout gêné en te le disant. <= (arf, attaque de choupitude force 100) 🙂

Attention, ne pas craquer. Purée non, retiens ta larmette là. Attention en répondant, pas de voix qui tremble parce que tu trouves ça trop mimi et que comme c’est (un tout petit peu plus) tendu en classe de collège et que là tu es super fatigué hé bien tout cette choupitude, toi, ça te touche.

Sourire posé et maîtrisé.

« Thank youuu ! » <= syllabe allongée du prof de collège qui maîtrise totalement les codes de l’élève de primaire (bon, ok, je travaille encore les codes).

Et puis, l’élève de CM2, il te dit « hello Mister ……  » <= à dire bien en anglais, hein, pour te montrer qu’il/elle t’aime bien et que même si c’est un peu nul de te parler en anglais alors qu’il/elle le sait lui/elle que tu es français, il/elle le fait quand même parce que visiblement ça te fait plaisir.

Et attention, l’élève de CM2, il te voit toujours pour la 1re fois de la journée. Donc, s’il te voit 5 fois, 5 fois, il te dit « hello, Mister ….. « . Et attention, en souriant car il est à chaque fois content de te voir.

Bon, allez, ok, mes collégiens aussi ils le font (les cm2 auraient-ils contaminé les collégiens ? ).

Bref, j’adore mes CM2. Depuis que je les ai, j’ai appris à voir la choupitude partout où elle se trouvait, et de la choupitude, finalement, il y en a pas mal dans ce métier. Des moments gentils. Sans arrière-pensées. Noyés dans les tensions et la gestion du groupe, on oublie trop de les voir. Parfois, on doit réapprendre même à les voir.

Et si finalement, si les CM2 m’apprenaient à être professeur autant que moi je leur apprends l’anglais ?

J’adore… la reprise!


Bon, c’est faux.

Mais je fais tout pour !

Mais avant d’écrire, mes excuses pour cette longue pause. Je ne parle que de ce que j’adore dans ce métier, donc je ne vous expliquerai pas. Rien de grave, hein. Une année sans, on va dire.Allez, on passe à la nouvelle.

Je suis heureux de vous retrouver. J’espère que c’est réciproque. 🙂

Pour tout vous dire, après une année pleine de doutes, de stress, une année toute pas bien durant laquelle j’ai laissé le professionnel manger le personnel, la perspective de la reprise ne m’enchantait guère. J’ai passé l’été à m’éloigner de tout ce qui me liait au travail pour me ressourcer. Des livres, des mails, de Twitter…

J’avais vraiment besoin de couper, et les 2 mois de l’été ont à peine suffi. Je commençais à peine à ne plus m’angoisser pour ci ou ça que la pré-rentrée arrivait…Pas envie. Et puis, si, le repos aidant.

Et puis, j’ai repris.

Doucement.

Je suis en particulier revenu bien plus sur Twitter, j’y ai retrouvé une Timeline punchy, dynamique, des gens investis, et en les lisant, je me suis aperçu que beaucoup vivaient les choses comme moi : passionnément, mais toujours simplement ou avec recul. Les petits tracas du travail, les petites tensions entre collègues qui au fond ne sont pas importantes – et qui sont surtout normales – prenaient souvent beaucoup d’ampleur, la fatigue aidant.

L’énergie de ces collègues, par exemple partis aux rencontres des Cahiers Pédagogiques / CRAP ou de Ludovia pendant leurs congés, ou me donnant des conseils, des tuyaux, des ressources dès la moindre demande (vous vous êtes reconnus là ? Merci !) a été communicative. Des projets stimulants ont émergé. Je ne remercierai jamais assez toutes celles et tout ceux qui envoient beaucoup de positif sur ce métier sur Twitter et qui partagent. Vous êtes trop nombreux pour être cités. Mais merci à vous. Continuez !

En lisant ma timeline, j’ai décidé de prendre des résolutions et de bien vivre mon année, de retrouver le goût du métier, enfin plutôt, le plaisir de l’exercer, plaisir toujours présent mais estompé par moment car j’avais laissé la partie professionnelle de ma vie prendre le dessus au point ne plus arriver à couper.

Voici mes résolutions. Enfin, plus un idéal vers lequel tendre qu’une contrainte à tenir.

1. Ne plus me connecter à mes boîtes professionnelles que sur les horaires de travail.

Alors, ça c’est primordial. Je vais avoir beaucoup de mal. Je passe beaucoup trop de temps là-dessus sur des plages horaires qui ne devraient être liées qu’à ma vie personnelle et pas au travail. Je m’inclus là-dedans. J’envoie des e-mails à des moments, des heures où mes interlocuteurs ne sont pas normalement en mode travail. Si je n’aime pas en recevoir, je vais me tenir à ne plus en envoyer de la sorte.

Bon, j’avoue aujourd’hui, dimanche, j’ai craqué. Mais je vais m’y tenir. Mes boîtes professionnelles ont disparu de mon ordinateur « maison » (de Mail, l’équivalent mac de Outlook) et je ne m’en servirai dans l’établissement que via le webmail. Adieu aussi la boîte mail professionnelle sur l’iPhone. J’ai l’impression avec ça d’avoir toujours un fil à la patte et d’être incapable de me concentrer.

2. Me garder obligatoirement des plages horaires pour moi et m’y tenir, quelles que soient les choses à faire : vendredi soir et samedi sont à moi et aux miens.

Là aussi, l’équilibre est essentiel. Je dois avoir du temps pour moi. Je vais me forcer à garder ces créneaux-là pour ma vie hors de l’EN. De la nourriture donnée à cette partie de ma vie dépend la richesse de l’autre.

3. Me focaliser sur ce qui me fait du bien dans ce métier et pas sur le reste, comme les tensions entre collègues, avec certains élèves etc.

Les tensions dans le monde du travail sont normales. Il faut savoir faire avec et les relativiser. J’ai eu du mal l’an dernier en prenant beaucoup de choses futiles trop à cœur, fatigue aidant. J’ai décidé de me focaliser à nouveau sur ce qui me fait du bien dans ce métier.

4. M’amuser et tester des nouveautés en classe.

Bah oui, quand même…L’année passée a été une année de stagnation, j’ai mis de côté beaucoup de choses. J’en avais peut-être besoin. Mais maintenant, j’ai envie de m’amuser, de tester, d’innover. En France, l’innovation ne fait pas partie de notre ADN, je trouve. Ne pas avoir peur de se lancer. Ça n’a pas marché ? Et alors ? On essaie autre chose !

5. Me former : dyslexie, et psy de l’ado, techniques de l’entretien etc.

Pris par le rouleau compresseur de l’année scolaire, j’ai trop mis de côté mes besoins en formation. Je ne suis vraiment pas au top sur les besoins des élèves DYS- (malgré un travail de recherche déjà sur le sujet). Bref, ce que je fais pour l’instant ne me plaît pas. Je vais y travailler. De même, des envies de formation sur la psychologie de l’adolescent. Il y a un suivi des élèves très fort dans mon établissement. Au bout de 3 ans de cette pratique, je vois clairement quels sont mes besoins. Je vais m’en occuper. J’ai demandé à ne pas être professeur principal cette année pour souffler et me former là où je pense que c’est nécessaire. J’ai hâte !

6. Je reprends la résolution de @mirialle01 sur Twitter (merci ! ) : partir le cœur léger le matin avec mon cartable et sourire à mes collègues et aux élèves.

Je suis certain que ça change tout ! Pas vous ?

La résolution 6 a été au cœur de ma pré-rentrée (on a repris un jour avant tout le monde, vendredi), une bien belle journée ! Mais ceci sera l’occasion d’un autre billet ! (teasing de la mort… 😉 )

7. Ecrire à nouveau sur mon blog.

Et voilà. Résolution 7 tenue !

En attendant le prochain billet, vite, vos commentaires et vos résolutions !

Post billet:

Vous pouvez retrouver nos échanges sur Twitter sur Storify, là: et vous, des résolutions pour la rentrée?

Merci à toutes et tous pour la richesse de vos idées.

Cet article de Stéphanie de Vanssay est aussi très intéressant: http://ecolededemain.wordpress.com/2012/08/31/les-bonnes-resolutions-de-la-rentree/ … Je me permets de le mettre en avant. 🙂

J’adore…le superlatif.


Il est midi. Après une matinée passée en formation, j’arrive dans mon établissement pour déjeuner puis faire cours. Je suis plutôt à plat, et bon, disons le tout net, je n’ai pas envie de faire cours. Oui, je sais, ce n’est pas bien, mais comme mes élèves, j’attends un peu les vacances…

Et puis…

« M,sieur, M’sieur… »

« Oui ? »

Je me retourne, une des mes élèves, plutôt en difficulté, pas concentrée en classe, bavarde, travaillant de façon alternative, est là…

« Ah bonjour, comment ça va ? »

« Bien. M’sieur, j’ai travaillé mon anglais ce week-end…Vous savez le devoir qu’on doit vous rendre jeudi… » Un grand sourire.

« C’est vrai ? Ah bah, ça me fait plaisir, ça ! Je peux voir ? »  Grand sourire aussi.

L’élève pose vite son sac, fouille rapidement ses affaires et me sort la feuille, toute contente.

Une feuille bien écrite, bien présentée, de la décoration (trop mimi !), bref, du temps passé à le faire…

«  Ben dis donc, il est chouette ton travail… »

«  J’ai pas encore fini… Vous pouvez me dire si c’est bon ? » Sourire.

« Bien sûr… » Je pose mon cartable.

«  C’est vrai ? Oh, merci ! »

« Alors, si on se place juste sur le plan de la grammaire, j’aimerais en tant que prof que tu me montres que tu sais utiliser quoi ? »

« Euh…Le superlatif et puis des adjectifs et puis y’a can aussi… »

« Tout à fait, je vois que tu as utilisé can, du superlatif, c’est bien, tu as bien compris la consigne et ce qu’il fallait faire. Mais si tu relis, pour que tu me montres que tu as bien compris comment utiliser le superlatif, ça serait bien que tu fasses quoi ? »

«  Euuuuhhh…. Ah, peut-être utiliser les 2 constructions possibles ? »

«  C’est ça ! »

«  Ah, ok, ben je vais rajouter alors, je pourrai vous montrer ce soir pendant le cours ? »

«  Bien sûr ! »

«  Cool ! Merci M’sieur ! »

Une autre arrive… « Moi aussi M’sieur, j’ai fait mon travail, je vous montre ce soir ? »

«  Ok ! »

Elles rangent leurs affaires et partent déjeuner.

«  A ce soir, M’sieur ! » (en choeur).

«  A ce soir ! »

Je reprends mon sac, je pars déjeuner.

Le soir, je n’ai pas fait le cours prévu mais j’ai regardé leurs travaux et essayé de voir ce qui allait, ce qui méritait d’être amélioré et aidé ceux qui n’arrivaient pas à démarrer le travail… Les élèves se sont aidés les uns les autres, ceux qui étaient prêts m’ont rendu le travail avant et ont aidé les autres, on a passé un bon moment ensemble.

Y’a des jours comme ça, on se dit qu’envie ou pas, on a bien fait de venir.

J’adore… la 4e dimension.


Il y a des jours comme ça, tout se presse dans votre vie privée, vous êtes submergé de soucis, de choses à faire et vous vous dites que rien ne va aller dans le travail. En plus, vous avez mal au crâne, au dos, il fait un temps pourri. Votre cartable est trop lourd.

C’est sans compter sur les jolies surprises du métier.

Donc, ce matin, arrivé à la dernière minute, au téléphone pour régler des détails, pas possible de me pré-installer dans ma salle puisqu’elle est occupée avant que j’y entre… Bref, ça ne va pas le faire.

Or, non. Une très belle journée. Je rentre heu-reux. (si, il y a des profs heureux…).

Mes élèves ne sont pas excellents. Mes classes sont celles de nombreux collègues. Des élèves ayant du mal, des vies compliquées pour certains, doutant de leur rapport à l’école et au savoir. Ils sont des besoins. Besoin d’aide. Besoin de parler pour certains. D’explications. De méthodes. De cadres.

Travailler avec eux, ce n’est pas toujours simple.

Depuis la reprise, j’ai beaucoup insisté sur l’entrée en classe, je demande aux élèves de se ranger deux par deux, d’attendre en silence, d’entrer dans le calme de s’installer dans le calme et de sortir de quoi écrire, le tout très vite. Oui, je suis psycho-rigide, tendance exigeant. Cela est toujours très compliqué à installer.

J’ai expliqué: l’entrée en classe dans le calme, c’est la sortie du bruit, de l’agitation de la cour. On entre en classe et on se place dans une posture d’élève qui va travailler. On fait son métier d’élève. On est dans une attitude qui fait qu’on va être efficace et comprendre.

Ce matin, mes choupis ont été parfaits, mais aussi mes grands. C’est souvent plus compliqué avec les grands qui n’ont plus confiance en l’école et ne veulent plus faire d’efforts.

Or, mes grands cette année, ils sont incroyables.

Un moment de pure 4e dimension…

Ils se sont rangés, ils m’attendent, me sourient (ahhh, j’aime…) et entrent.

« Allez-y, je vous observe vous installer. »

Pas un bruit, pas une parole, des ‘chuuuuuttt’ chuchotés pour entrer en silence, prêts et opérationnels en 45  secondes…Je les ai félicités, montrant mon grand plaisir devant ce groupe d’élèves qui respecte mes demandes. Sourire du prof. Sourires en retour. Un joli moment.

Attendez, ce n’est pas tout. On finit le cours, et je donne à partir du document un travail écrit à me rendre, et quelque chose à lire (j’aime faire lire pour travailler la différence entre graphie et phonie, et ils doivent se lâcher pour jouer et imiter au mieux l’accent). Je récolte souvent des  » pfffff… « ,  » M’sieur, mais c’est trop dur là, on va pas y arriver… ».

Cette année :  » Mais Monsieur, c’est trop bien, ça comme travail, c’est cool…  »

 » Génial!  »

J’ai failli tomber et suis resté interloqué.

Ca fait vraiment longtemps que je n’ai pas eu de classe ayant envie de et montrant de l’enthousiasme.

Certains ont vraiment du mal, mais je sens qu’ils vont se battre.

On travaille l’oral.

Tous me regardent les regarder quand ils parlent anglais. Le contrat, c’est tout le monde participe au moins une fois, même pour répéter quelque chose. Ils jouent le jeu. Les autres poussent les timides à lever le doigt.

Mais quand je vous dis que je suis en plein rêve…

En rendant un paquet d’interrogations, je dis mon plaisir de voir des cours appris, même si beaucoup n’ont pas eu le maximum auquel ils pouvaient prétendre. Je parle d’exigence et de rigueur. De ma frustration de voir qu’ils pouvaient avoir le maximum mais qu’ils ne l’ont pas eu. Je leur dit qu’il faut être rigoureux. Ne rien oublier, être attentif à la ponctuation, l’orthographe, qu’il y avait beaucoup d’étourderies et que c’est dommage de passer à côté du maximum possible alors qu’en passant un peu plus de temps à apprendre, en étant plus concentré pendant l’évaluation, le maximum était à leur portée. J’explique la possibilité de repasser pour améliorer le tout. On parle méthodologie de travail. Comment apprendre. Je donne rendez-vous à ceux qui le souhaitent en aide aux devoirs pour travailler la méthodologie. Certains disent qu’ils viendront.

4e dimension.

C’est l’heure. Je rappelle la règle, ranger les tables, jeter les papiers. Respecter notre espace à nous.

La salle est nickel. Les tables rangées.

En sortant, ils commencent à jouer le petit texte donné en cherchant l’intonation, m’annoncent que dès le prochain cours ils passeront (ils ont 3 semaines pour passer, repasser si besoin pour améliorer ce qui n’a pas été réussi). D’autre commencent à me parler de leurs idées pour le travail écrit. La sortie des élèves se fait, et ils parlent du cours, j’entends le texte en anglais.

4e dimension.

 » Au revoir, Monsieur, bon week-end « .

Si,  » bon week-end  » me disent-ils!

On va passer une belle année…

J’adore… le retour des petits.


Un prof traverse la cour des petits pour aller vers sa salle s’installer tranquillement. Mais c’est une demi-heure avant le cours ? Il est comme ça le prof… Ranger les tables, arranger le tableau. Brancher l’ordinateur. Etre sûr que tout va être parfait. Oui, ça fait vieux pépé, mais il est comme ça, il aime bien prendre son temps et s’installer en prenant son temps.

La cour des petits, elle est très jolie, on l’aime beaucoup. On aime y jouer, y courir, crier, téléphoner, écouter de la musique avec nos MP3, se disputer, jouer au foot avec un bout de papier, se courir après, se raconter des secrets, des fois aussi téléphoner aux parents parce qu’être interne quand on est petit, des fois, c’est dur, il y a des coups de blues, alors les parents, ils remontent le moral. On le fait un peu en cachette hein… On ne va pas montrer qu’on pleure un peu. Bon, enfin voilà, c’est la cour. Mais elle est bruyante.

Alors, le prof, la cour, il la traverse toujours rapidement, parce qu’il est sensible au bruit le prof, il vieillit. Oui, ça fait de plus en plus pépé, mais c’est comme ça.

Nous, les petits, le prof, il ne le dit pas, mais on sait qu’il nous aime bien. Il ne rigole pas toujours, hein… Il est très strict, il faut se ranger, rentrer en silence (pas facile de rentrer en silence quand on est toute une classe quand même), et surtout (et ça, il insiste beaucoup), il faut ranger sa chaise en sortant et jeter tous les papiers à la poubelle. Même si on ne veut pas laisser des choses, des fois, nous, on est pressés de sortir et on oublie. Alors, il n’est pas content. Et quand il n’est pas content parce qu’il trouve que nous ne sommes pas assez respectueux et sages, il prend une grosse voix et se met en colère. Il n’a pas l’air comme ça, mais il a vraiment une grosse voix. Souvent, il a raison. Et puis, ça ne dure pas, heureusement. Des fois, il plaisante juste après. Alors, on sait qu’il n’est pas vraiment en colère. Les profs, c’est un peu des acteurs, on trouve.

Il dit qu’il faut rester petit le plus longtemps possible. Que c’est vraiment chouette notre capacité à rêver, à s’émerveiller. Pas trop longtemps petit,hein….

Et comme le prof, il est un peu clown aussi, qu’il aime bien plaisanter, on l’aime bien aussi. C’est son truc. D’autres profs sont autrement en classe, et on aime aussi, mais ça, l’humour – le second degré, il dit que ça s’appelle – c’est son truc à lui.

Alors, nous, quand il passe, on lui dit ‘bonjour’ avec un grand sourire, il ne le dit pas, mais on voit bien qu’il est content de voir qu’on est content de le voir. Si on veut vraiment lui faire plaisir, on lui dit ‘Elo, ow awwrrre you, toudeï?’, il est vraiment content. Même si nous on trouve ça bizarre de lui parler en anglais alors qu’il est français. C’est comme un jeu, il dit.

Bref, ce jour-là, il passe. On est assis nous, on colorie la première page du cahier d’anglais. Il faut que ça soit joli. C’est pas facile de colorier dans la cour. Y’en a aussi qui révisent la leçon à l’oral. Wane, fou, tri, for…

Et là, le prof, il nous dit: ‘Vous faites quoi?’ Alors, on lui montre.

Et il nous dit, allez venez. Et il nous fait signe d’entrer dans la salle. Il dit au surveillant qu’il autorise une dizaine d’élèves à rentrer pour être au calme. On a le droit de rentrer, de s’installer sur une table pour colorier, de s’asseoir sur un fauteuil pour réviser, mais on ne doit pas faire de bruit pendant qu’il installe tout. Il n’aime pas ça le bruit… Ca tombe bien, nous, on a envie de calme. On est bien là, au calme.

Lui, pendant ce temps là, il fouille dans son cartable. Il nous dit de bien ranger nos affaires, par contre, lui, son cartable, il n’a pas l’air d’être bien rangé. Il y a toujours tout plein de feuilles dedans. Des photocopies. Enfin, bon, en cours, il a toujours tout.

Maintenant, il doit fermer la salle, il faut sortir, il va boire un café avant le début du cours (ils boivent pas mal de café, les profs, non?). Nous, on sort alors. Il voit qu’on est un peu triste de devoir sortir. Il dit que ça fait déjà 20 minutes qu’on est là. On a trouvé le temps court. Lui aussi, il a bien aimé. Il a regardé nos dessins, il a dit ‘oh itsverrinaïsse’ ‘grwwrète’ en souriant. C’est des compliments, ça, non?

On espère que jeudi prochain aussi, on pourra rentrer avec lui dans la salle…

J’adore… les moments magiques.


Le premier jour de ma vie de stagiaire, la formatrice nous a demandé de raconter un peu qui on était en venant au bureau. Je me suis plié à l’exercice, j’ai raconté mon expérience de  » stagiaire vacataire temporaire  » (si, je vous jure, il y avait marqué ça sur mon bulletin de salaire… ) et à quel point j’avais apprécié cette expérience, que les élèves aimaient beaucoup le moment du cours d’anglais et moi avec.

La même formatrice m’avait alors dit  » mais vous n’êtes pas là pour qu’on vous aime.  »

La phrase a longtemps tourné dans ma tête, j’ai pensé que c’était important si elle le disait, et je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire. Il ne faut pas que les élèves vous apprécient en tant que professeur ? Ah ? Dur. Bon…

Bref, j’ai fait mon chemin, et j’en suis venu à comprendre (mais je peux me tromper) qu’il ne faut pas avoir peur par moment d’être impopulaire en étant ferme, exigeant ou non plus courir après la popularité en étant trop gentil. Exercer une autorité juste, donner un cadre qui permet aux élèves de se sentir bien dans le cours, et à tout le monde d’être pleinement élève. Enfin, moi, je vois les choses ainsi.

Pourquoi, je vous raconte ça ?

Parce qu’il y a quelques jours, j’étais là, tout sage, gentil, posé dans la cour, j’encadrais un groupe d’élève qui partait déjeuner, tout décontracté en cette fin d’année au soleil, et je ne m’y attendais pas…

A quoi ?

A LA phrase. Vous savez, celle qui va vous émouvoir et vous toucher, que vous sentez très sincère…L’année est finie, pas besoin d’être sympa avec le professeur ou de se faire bien voir, donc vraiment pas d’arrière-pensées possibles.

Je vois donc une de mes élèves de 3e, avec qui, j’ai été très exigeant, que j’ai beaucoup recadrée, mais avec des résultats…

Je la vois qui s’approche, tout en regardant si personne ne la regarde (parce que bon, quand même, on a une image d’ado à défendre… ) et qui me dit :

–  » Monsieur ?  » (un peu gênée… )

–  » Oui ?  »

–  » Je peux vous parler ?  » (toujours un peu gênée, sourire timide)

–  » Oui, bien sûr.  » (large sourire d’encouragement)

–  » Ben voilà, en fait, euh… je voulais vous remercier pour cette année et de m’avoir aidée et tout…  »

Et paf ! LA phrase qui fait toujours plaisir aux professeurs, être ému, mais en gardant quand même sa dignité, savourer le moment.

–  » Ah, mais ça me fait plaisir que tu me dises ça, c’est très gentil à toi…  » ( et puis enchaîner sur des banalités du style tu sais c’est mon métier, c’est normal et sur ce qu’elle va faire l’an prochain…).

–  » Ben, je reste ici.  »

–  » ah, ça, ça me fait plaisir !  »

–  » Mais je suis un peu triste car je sais que vous ne prenez pas les secondes…  »

Bon, ben voilà, me voilà achevé par tant de gentillesse sincère… Je dis à quel point je suis certain que cela se passera bien avec mes collègues, qu’elles sont vraiment super et que je suis certain que ça va aller…

Donc, bon, je ne suis pas là pour qu’on m’aime, c’est sûr, mais il est bon de savoir que les élèves ont appris avec moi, se sont sentis bien dans le cours, ont senti que j’essayais de les aider, de les faire progresser etc.

Il y a des moments magiques où on vous le fait comprendre avec une grâce infinie.

Cher(e)s collègues, je vous souhaite tout plein de moments magiques.

J’adore…finir l’année.


La fin de l’année, pour moi, ça a toujours été un moment étrange.

Une fois passés les derniers bulletins remplis, conseils de classes passés, il reste un moment étrange entre ce temps là et la vraie fin de l’année. Plus de stress, plus d’enjeux, les jeux sont faits, les décisions prises.

Peu d’élèves restent présents pour diverses raisons, on fait des réunions pour préparer la rentrée (dans mon établissement, avec beaucoup de sérieux), on parle répartition de services, commandes de matériel, de manuels, on rencontre les nouveaux collègues, on cale les projets à venir, mais tout ça dans un étrange et bizarre flottement. On n’est pas vraiment en vacances, mais on ne se sent plus vraiment dans une ambiance de travail. Moi, j’ai besoin d’élèves pour me sentir en vacances. D’ailleurs, la cantine est désertée au profit des petits cafés restos du coin, et ici dans le sud, on optimise ce temps de pause déjeuner pour profiter de la lumière et de la chaleur.

Quoiqu’il en soit, ce moment sans élèves ou presque, qui reste du travail (parce, j’insiste, on est très sérieux) reste irréel. Moi, j’ai toujours beaucoup de mal à prendre des décisions sur l’année qui vient lors de ce moment là. Tout me va. Les classes, les salles de classes,les manuels, le matériel etc. Oui, oui, ok. Souvent à la rentrée, je peste contre ma nonchalance à ce moment là…Tant pis.

Au milieu de tout ça, je dois corriger des copies d’examen, retour au réel, mais voilà, à part ça, l’année est bel et bien finie.

Je suis content de ce que j’ai fait avec mes élèves, de ce que j’ai essayé, testé, expérimenté, moins d’autres essais, c’est ainsi. Il faut se tromper aussi. Maintenant, il faut les laisser partir et avoir de nouveaux enseignants, ou peut-être à nouveau moi en classe supérieure, il faudra découvrir de nouvelles têtes, de nouvelles façon de penser, de nouvelles attentes, de nouveaux besoin pédagogiques: bref, vivement la prochaine année, tout un défi pour moi.

Maintenant, là, j’ai envie d’essayer plein de nouvelles choses, et j’ai toujours aussi faim de mon métier. De jolies choses m’attendent pour l’an prochain mais chut, ceci sera pour un autre billet. Peut-être même avant la rentrée si vous êtes sages.

Sinon, bonnes vacances, et à la rentrée.