J’adore…la dernière heure de cours avant les vacances.


Un vendredi.
La dernière heure de cours avant de partir en vacances.
Je descends dans la cour chercher mes “grands » (comprendre mes 3e).
Je les aime bien mes grands.
Je les connais pour la plupart tous très bien, l’établissement ayant ouvert progressivement, je les ai quasiment tous eus en classe soit depuis la 6e, soit depuis la 5e. Certains ont beaucoup progressé. D’autres moins. Tous essaient.
Je les trouve dans la cour, qui m’attendent, pas trop motivés, mais ils sont de bonne composition et le cachent.
Cette année, il y a eu 8 semaines entre les 2 périodes de repos, les élèves sont très fatigués.
Moi aussi.
Je décide de plus en plus de ne pas jouer au bon-prof-qui-finit-bien-sa-séquence-coûte-que-coûte-avant-de-partir-en-vacances-même-la-dernière-heure, et je finis désormais la plupart du temps sur une note plus light, même si très liée à l’anglais.
Les élèves se rangent (je suis psycho rigide) et on commence à papoter.
– « Monsieur, on va faire quoi ? »
– « Vous verrez, ne vous en faites pas… »
A ce moment là, les autres 3e de l’établissement croisent les miens qui commencent plus tard l’après midi, et finissent plus tard. Je résume, on va en cours, les autres sortent et partent en vacances. Je me dis que ça ne va pas être simple.
– « Vous avez vu Monsieur, on n’a que vous cet après-midi. »
– « Moi aussi, je suis plutôt content de finir avec vous… »
On avance vers la salle, certains bavardent avec moi. On s’installe dans la salle multimédia, équipée d’ordinateurs.
Je commence en disant que de toute façon on n’aura pas fini la séquence avant les congés, que je préfère reprendre ça tranquillement après, pour boucler les choses de façon correcte, et que, en plus, ça évitera que l’évaluation tombe la semaine de la reprise. (« Ouaiiiiis…. »)
– « Mais on va faire quoi alors ? »
– «  Et si on écrivait dans les wikis que vous partagez avec notre classe américaine sur … » Je propose un sujet, chaque élève partage un wiki avec un élève d’une classe américaine.
– « Ah ouais, sympa ! »
Ecrire en anglais, c’est sympa… Des fois, je me dis que je rêve…
Par contre, on travaille et on avance hein ?
Hop, ils sortent leurs affaires.
– « On allume les ordis, M’sieur ? »
– « Vous vous sentez prêts à écrire directement comme ça ? Ou on fait un petit brouillon avant ? »
– « Ouais, p’t-être un brouillon avant quand même… »
Ils écrivent. Ambiance détendue, élèves sérieux.
Au bout d’un moment :
– « Monsieur, on peut ouvrir pour prendre un dictionnaire ? »
L’élève me montre l’armoire dans laquelle il y a des dictionnaires. On a beaucoup travaillé là-dessus, savoir utiliser un dictionnaire, chercher les différents sens des mots tout au long des années, comparé avec l’usage d’un traducteur en ligne, montré les limites et avantages des différentes solutions quand on cherche un mot.
– « Bien sûr, tiens. »
L’élève revient, me rend la clé.
– « Merci, Monsieur. » Sourire.
– « Je t’en prie. » Sourire back.
Je me dis que c’est bien sympa cette classe polie.
Durant l’heure :
– « Monsieur, je peux vous montrer mon travail ? »
– « Bah, bien sûr… »
Je me rends compte que tous travaillent, calme, bonne humeur.
Je félicite sur tel emploi de mot de liaison complexe.
– « Ah c’est chouette que tu aies employé ça, (hop, petits plus en vert) comme je vous ai demandé, essayer progressivement de complexifier son expression, bien aussi l’usage du prétérit simple… »
– « Merci, M’sieur! » Sourire.
– « Merci à toi, c’est bien ce travail. Tu fais attention là et là (je souligne…), des erreurs sur l’orthographe. Et pourquoi tu ne rajouterais pas telle ou telle chose, c’est encore un peu court, non ? Il y a d’autre choses que tu peux dire sur ce sujet, tu ne crois pas ? tiens par exemple, pourquoi ne pas…» Je propose une piste.
– « Ah si, bonne idée… » Sourire.
Le travail continue, ponctué de demandes pour aller prendre les dictionnaires, me montrer le travail fait ou encore d’allumer un ordi. Je vérifie, je dis que ça me semble bon en effet, et hop, 2 élèves commencent à taper.
Arrive la fin de l’heure. Ça sonne. Je demande de finir le travail en ligne pendant les vacances, je dis que je pourrai regarder via l‘ENT pendant les vacances si certains veulent (je ne me fais pas d’illusions…).
Les élèves sortent, beaucoup me disent au revoir et me souhaitent de bonnes vacances. Certains en anglais. D’autres choisissent de rester. Ils aiment bien ce moment un peu privilégié durant lequel ils peuvent parler. Un élève me demande s’il peut encore me montrer le travail même si ça a sonné.
– « Dis donc, c’est vraiment bien ce travail, je suis fier de toi, tu as bien travaillé. Tu sais, ça me fait vraiment plaisir ce travail, je me dis que j’ai réussi à t’apprendre des choses. »
– « Ah mais moi Monsieur, vu que j’ai eu que vous depuis la 6e, tout ce que je sais faire en anglais, c’est vous qui me l’avez appris. »
– «  Moi aussi, Monsieur, vu que je vous ai depuis la 5e… »
Et là, mon cœur de prof se liquéfie totalement. Quel beau compliment !
– « Monsieur ? »
– «  Oui ? » (<= prof trop fort qui retient sa larmette…)
– « Vous prenez des secondes l’an prochain ? »
– «  Ben écoute, comme tu le sais, moi j’adore travailler en collège, mais tu sais quoi ? J’ai bien envie ! »
On continue à papoter. Et puis ils partent. Et moi, je reste là avec ces jolis moments. Quelle belle heure de travail !
Vous savez quoi ?
J’adore mon job.

J’adore… la reprise!


Bon, c’est faux.

Mais je fais tout pour !

Mais avant d’écrire, mes excuses pour cette longue pause. Je ne parle que de ce que j’adore dans ce métier, donc je ne vous expliquerai pas. Rien de grave, hein. Une année sans, on va dire.Allez, on passe à la nouvelle.

Je suis heureux de vous retrouver. J’espère que c’est réciproque. 🙂

Pour tout vous dire, après une année pleine de doutes, de stress, une année toute pas bien durant laquelle j’ai laissé le professionnel manger le personnel, la perspective de la reprise ne m’enchantait guère. J’ai passé l’été à m’éloigner de tout ce qui me liait au travail pour me ressourcer. Des livres, des mails, de Twitter…

J’avais vraiment besoin de couper, et les 2 mois de l’été ont à peine suffi. Je commençais à peine à ne plus m’angoisser pour ci ou ça que la pré-rentrée arrivait…Pas envie. Et puis, si, le repos aidant.

Et puis, j’ai repris.

Doucement.

Je suis en particulier revenu bien plus sur Twitter, j’y ai retrouvé une Timeline punchy, dynamique, des gens investis, et en les lisant, je me suis aperçu que beaucoup vivaient les choses comme moi : passionnément, mais toujours simplement ou avec recul. Les petits tracas du travail, les petites tensions entre collègues qui au fond ne sont pas importantes – et qui sont surtout normales – prenaient souvent beaucoup d’ampleur, la fatigue aidant.

L’énergie de ces collègues, par exemple partis aux rencontres des Cahiers Pédagogiques / CRAP ou de Ludovia pendant leurs congés, ou me donnant des conseils, des tuyaux, des ressources dès la moindre demande (vous vous êtes reconnus là ? Merci !) a été communicative. Des projets stimulants ont émergé. Je ne remercierai jamais assez toutes celles et tout ceux qui envoient beaucoup de positif sur ce métier sur Twitter et qui partagent. Vous êtes trop nombreux pour être cités. Mais merci à vous. Continuez !

En lisant ma timeline, j’ai décidé de prendre des résolutions et de bien vivre mon année, de retrouver le goût du métier, enfin plutôt, le plaisir de l’exercer, plaisir toujours présent mais estompé par moment car j’avais laissé la partie professionnelle de ma vie prendre le dessus au point ne plus arriver à couper.

Voici mes résolutions. Enfin, plus un idéal vers lequel tendre qu’une contrainte à tenir.

1. Ne plus me connecter à mes boîtes professionnelles que sur les horaires de travail.

Alors, ça c’est primordial. Je vais avoir beaucoup de mal. Je passe beaucoup trop de temps là-dessus sur des plages horaires qui ne devraient être liées qu’à ma vie personnelle et pas au travail. Je m’inclus là-dedans. J’envoie des e-mails à des moments, des heures où mes interlocuteurs ne sont pas normalement en mode travail. Si je n’aime pas en recevoir, je vais me tenir à ne plus en envoyer de la sorte.

Bon, j’avoue aujourd’hui, dimanche, j’ai craqué. Mais je vais m’y tenir. Mes boîtes professionnelles ont disparu de mon ordinateur « maison » (de Mail, l’équivalent mac de Outlook) et je ne m’en servirai dans l’établissement que via le webmail. Adieu aussi la boîte mail professionnelle sur l’iPhone. J’ai l’impression avec ça d’avoir toujours un fil à la patte et d’être incapable de me concentrer.

2. Me garder obligatoirement des plages horaires pour moi et m’y tenir, quelles que soient les choses à faire : vendredi soir et samedi sont à moi et aux miens.

Là aussi, l’équilibre est essentiel. Je dois avoir du temps pour moi. Je vais me forcer à garder ces créneaux-là pour ma vie hors de l’EN. De la nourriture donnée à cette partie de ma vie dépend la richesse de l’autre.

3. Me focaliser sur ce qui me fait du bien dans ce métier et pas sur le reste, comme les tensions entre collègues, avec certains élèves etc.

Les tensions dans le monde du travail sont normales. Il faut savoir faire avec et les relativiser. J’ai eu du mal l’an dernier en prenant beaucoup de choses futiles trop à cœur, fatigue aidant. J’ai décidé de me focaliser à nouveau sur ce qui me fait du bien dans ce métier.

4. M’amuser et tester des nouveautés en classe.

Bah oui, quand même…L’année passée a été une année de stagnation, j’ai mis de côté beaucoup de choses. J’en avais peut-être besoin. Mais maintenant, j’ai envie de m’amuser, de tester, d’innover. En France, l’innovation ne fait pas partie de notre ADN, je trouve. Ne pas avoir peur de se lancer. Ça n’a pas marché ? Et alors ? On essaie autre chose !

5. Me former : dyslexie, et psy de l’ado, techniques de l’entretien etc.

Pris par le rouleau compresseur de l’année scolaire, j’ai trop mis de côté mes besoins en formation. Je ne suis vraiment pas au top sur les besoins des élèves DYS- (malgré un travail de recherche déjà sur le sujet). Bref, ce que je fais pour l’instant ne me plaît pas. Je vais y travailler. De même, des envies de formation sur la psychologie de l’adolescent. Il y a un suivi des élèves très fort dans mon établissement. Au bout de 3 ans de cette pratique, je vois clairement quels sont mes besoins. Je vais m’en occuper. J’ai demandé à ne pas être professeur principal cette année pour souffler et me former là où je pense que c’est nécessaire. J’ai hâte !

6. Je reprends la résolution de @mirialle01 sur Twitter (merci ! ) : partir le cœur léger le matin avec mon cartable et sourire à mes collègues et aux élèves.

Je suis certain que ça change tout ! Pas vous ?

La résolution 6 a été au cœur de ma pré-rentrée (on a repris un jour avant tout le monde, vendredi), une bien belle journée ! Mais ceci sera l’occasion d’un autre billet ! (teasing de la mort… 😉 )

7. Ecrire à nouveau sur mon blog.

Et voilà. Résolution 7 tenue !

En attendant le prochain billet, vite, vos commentaires et vos résolutions !

Post billet:

Vous pouvez retrouver nos échanges sur Twitter sur Storify, là: et vous, des résolutions pour la rentrée?

Merci à toutes et tous pour la richesse de vos idées.

Cet article de Stéphanie de Vanssay est aussi très intéressant: http://ecolededemain.wordpress.com/2012/08/31/les-bonnes-resolutions-de-la-rentree/ … Je me permets de le mettre en avant. 🙂

J’adore… les vacances.


Chers lecteur,

un petit billet billet avant de partir en congé.

Le blog lui est en congé depuis quelques temps, et j’en suis le premier désolé, la faute à une année assez éprouvante à différents niveaux. Je devrais toutefois retrouver assez vite l’envie d’écrire et de vous raconter ma vie 😉 mes projets, mes espoirs etc.

Il faut parfois prendre du recul, réfléchir pour mieux revenir.

Je vous dis donc à très bientôt,

amitiés,

Frédéric

J’adore…le (plus ou moins) petit noeud à l’estomac.


Il est toujours un peu là, en fait.

Quand je pars en congés, je suis fatigué, vraiment à bout, et en général je sors du tunnel novembre- décembre (voir là), donc même s’il est toujours présent, je n’y pense pas trop. Je me détends, je me repose, je ne pense plus au travail, je regarde des films débiles, bref, je fais autre chose que faire cours ou travailler: je sors de chez moi ou de mon établissement, je vais voir des amis, je vais faire du shopping…

Je ne pense plus à toutes les choses professionnelles que je devais faire lors de ce premier trimestre mais que je n’ai pas eu le temps de faire. Je me dis que me détendre, me reposer, ne plus penser au travail, vivre, sortir, me permettent aussi d’être un bon professeur en me nourrissant intellectuellement…

Et puis, au bout d’environ une semaine, je commence à me dire que bon, hein, quand même…

Il faudrait s’y remettre. Tu te souviens que tu as ça à faire? Et aussi que tu avais dit que tu lirais ça, ferais ceci?

Alors il revient. Hop, discrètement, un petit nœud à l’estomac. Petit nœud qui ne me quitte plus vraiment jusqu’à la rentrée.

Avant, il me gâchait un peu mes vacances. Il faut vous dire que j’essayais de l’ignorer. De faire sans. Et plus je m’efforçais de ne pas le prendre en compte, plus il augmentait, jusqu’à m’empêcher de profiter mes journées de repos. Je culpabilisais, je me disais  » tu as du temps, profites-en, travaille un peu  » (oui, le prof est une espèce bizarre, en tout cas moi…).

Et puis, avec l’âge (et oui, je suis rentré dans la catégories des professeurs un peu expérimenté, pour dire d’un certain âge…), j’ai appris à le gérer.

Comment on fait ? On fait avec. C’est à dire que l’on se fait un petit planning de choses à faire et on s’efforce de les faire. Bon, ne faites pas mon erreur, faites un planning réaliste. Modeste, mais auquel vous vous tiendrez. J’ai fait le planning très ambitieux,  » ah ce coup-ci, je vais super bien bien bosser pendant mes congés et vous allez voir ce que vous allez voir, je vais en faire des prep’ de cours et je vais révolutionner la pédagogie, Philippe Meirieu, accroche-toi  » et puis patatras, rien fait, trop ambitieux, trop fatigué, le nœud à l’estomac toujours présent, et bien plus fort. Rien ne sert de faire un planning méga ambitieux que vous ne tiendrez pas. Ca sera encore pire, donc.

Ce petit nœud, je l’adore aussi. Mais si, il me pousse à travailler, à chercher, à aller plus loin à faire mieux, autrement, à expérimenter, à ne pas m’endormir.

Au moment où je vous parle, je suis dans la phase où je dois commencer à mettre en place le planning: quelques préparations de cours chaque jour, idéalement, un jour par niveau, plus ranger le bureau (un environnement de travail rangé sTimulera forcément ma créativité pédagogique). J’ai presque fini de ranger le bureau. 13 sacs de vieux cours, vieux manuels et autres joyeusetés plus loin, je m’y retrouve un peu plus dans ce bureau. Je suis prêt à m’y mettre. Si, si… enfin…bon…

D’accord, je ne vous cache pas que tout mon être résiste… Que vraiment, je n’ai pas envie.

Vais-je m’y mettre?

La suite en 2013!

Sur ce, bonne année à vous tous, ami(e)s lecteur/trice/s. Et promis, je me remets à écrire plus en 2013!

J’adore… le retour des petits.


Un prof traverse la cour des petits pour aller vers sa salle s’installer tranquillement. Mais c’est une demi-heure avant le cours ? Il est comme ça le prof… Ranger les tables, arranger le tableau. Brancher l’ordinateur. Etre sûr que tout va être parfait. Oui, ça fait vieux pépé, mais il est comme ça, il aime bien prendre son temps et s’installer en prenant son temps.

La cour des petits, elle est très jolie, on l’aime beaucoup. On aime y jouer, y courir, crier, téléphoner, écouter de la musique avec nos MP3, se disputer, jouer au foot avec un bout de papier, se courir après, se raconter des secrets, des fois aussi téléphoner aux parents parce qu’être interne quand on est petit, des fois, c’est dur, il y a des coups de blues, alors les parents, ils remontent le moral. On le fait un peu en cachette hein… On ne va pas montrer qu’on pleure un peu. Bon, enfin voilà, c’est la cour. Mais elle est bruyante.

Alors, le prof, la cour, il la traverse toujours rapidement, parce qu’il est sensible au bruit le prof, il vieillit. Oui, ça fait de plus en plus pépé, mais c’est comme ça.

Nous, les petits, le prof, il ne le dit pas, mais on sait qu’il nous aime bien. Il ne rigole pas toujours, hein… Il est très strict, il faut se ranger, rentrer en silence (pas facile de rentrer en silence quand on est toute une classe quand même), et surtout (et ça, il insiste beaucoup), il faut ranger sa chaise en sortant et jeter tous les papiers à la poubelle. Même si on ne veut pas laisser des choses, des fois, nous, on est pressés de sortir et on oublie. Alors, il n’est pas content. Et quand il n’est pas content parce qu’il trouve que nous ne sommes pas assez respectueux et sages, il prend une grosse voix et se met en colère. Il n’a pas l’air comme ça, mais il a vraiment une grosse voix. Souvent, il a raison. Et puis, ça ne dure pas, heureusement. Des fois, il plaisante juste après. Alors, on sait qu’il n’est pas vraiment en colère. Les profs, c’est un peu des acteurs, on trouve.

Il dit qu’il faut rester petit le plus longtemps possible. Que c’est vraiment chouette notre capacité à rêver, à s’émerveiller. Pas trop longtemps petit,hein….

Et comme le prof, il est un peu clown aussi, qu’il aime bien plaisanter, on l’aime bien aussi. C’est son truc. D’autres profs sont autrement en classe, et on aime aussi, mais ça, l’humour – le second degré, il dit que ça s’appelle – c’est son truc à lui.

Alors, nous, quand il passe, on lui dit ‘bonjour’ avec un grand sourire, il ne le dit pas, mais on voit bien qu’il est content de voir qu’on est content de le voir. Si on veut vraiment lui faire plaisir, on lui dit ‘Elo, ow awwrrre you, toudeï?’, il est vraiment content. Même si nous on trouve ça bizarre de lui parler en anglais alors qu’il est français. C’est comme un jeu, il dit.

Bref, ce jour-là, il passe. On est assis nous, on colorie la première page du cahier d’anglais. Il faut que ça soit joli. C’est pas facile de colorier dans la cour. Y’en a aussi qui révisent la leçon à l’oral. Wane, fou, tri, for…

Et là, le prof, il nous dit: ‘Vous faites quoi?’ Alors, on lui montre.

Et il nous dit, allez venez. Et il nous fait signe d’entrer dans la salle. Il dit au surveillant qu’il autorise une dizaine d’élèves à rentrer pour être au calme. On a le droit de rentrer, de s’installer sur une table pour colorier, de s’asseoir sur un fauteuil pour réviser, mais on ne doit pas faire de bruit pendant qu’il installe tout. Il n’aime pas ça le bruit… Ca tombe bien, nous, on a envie de calme. On est bien là, au calme.

Lui, pendant ce temps là, il fouille dans son cartable. Il nous dit de bien ranger nos affaires, par contre, lui, son cartable, il n’a pas l’air d’être bien rangé. Il y a toujours tout plein de feuilles dedans. Des photocopies. Enfin, bon, en cours, il a toujours tout.

Maintenant, il doit fermer la salle, il faut sortir, il va boire un café avant le début du cours (ils boivent pas mal de café, les profs, non?). Nous, on sort alors. Il voit qu’on est un peu triste de devoir sortir. Il dit que ça fait déjà 20 minutes qu’on est là. On a trouvé le temps court. Lui aussi, il a bien aimé. Il a regardé nos dessins, il a dit ‘oh itsverrinaïsse’ ‘grwwrète’ en souriant. C’est des compliments, ça, non?

On espère que jeudi prochain aussi, on pourra rentrer avec lui dans la salle…

J’adore…finir l’année.


La fin de l’année, pour moi, ça a toujours été un moment étrange.

Une fois passés les derniers bulletins remplis, conseils de classes passés, il reste un moment étrange entre ce temps là et la vraie fin de l’année. Plus de stress, plus d’enjeux, les jeux sont faits, les décisions prises.

Peu d’élèves restent présents pour diverses raisons, on fait des réunions pour préparer la rentrée (dans mon établissement, avec beaucoup de sérieux), on parle répartition de services, commandes de matériel, de manuels, on rencontre les nouveaux collègues, on cale les projets à venir, mais tout ça dans un étrange et bizarre flottement. On n’est pas vraiment en vacances, mais on ne se sent plus vraiment dans une ambiance de travail. Moi, j’ai besoin d’élèves pour me sentir en vacances. D’ailleurs, la cantine est désertée au profit des petits cafés restos du coin, et ici dans le sud, on optimise ce temps de pause déjeuner pour profiter de la lumière et de la chaleur.

Quoiqu’il en soit, ce moment sans élèves ou presque, qui reste du travail (parce, j’insiste, on est très sérieux) reste irréel. Moi, j’ai toujours beaucoup de mal à prendre des décisions sur l’année qui vient lors de ce moment là. Tout me va. Les classes, les salles de classes,les manuels, le matériel etc. Oui, oui, ok. Souvent à la rentrée, je peste contre ma nonchalance à ce moment là…Tant pis.

Au milieu de tout ça, je dois corriger des copies d’examen, retour au réel, mais voilà, à part ça, l’année est bel et bien finie.

Je suis content de ce que j’ai fait avec mes élèves, de ce que j’ai essayé, testé, expérimenté, moins d’autres essais, c’est ainsi. Il faut se tromper aussi. Maintenant, il faut les laisser partir et avoir de nouveaux enseignants, ou peut-être à nouveau moi en classe supérieure, il faudra découvrir de nouvelles têtes, de nouvelles façon de penser, de nouvelles attentes, de nouveaux besoin pédagogiques: bref, vivement la prochaine année, tout un défi pour moi.

Maintenant, là, j’ai envie d’essayer plein de nouvelles choses, et j’ai toujours aussi faim de mon métier. De jolies choses m’attendent pour l’an prochain mais chut, ceci sera pour un autre billet. Peut-être même avant la rentrée si vous êtes sages.

Sinon, bonnes vacances, et à la rentrée.

J’adore….réussir mes vacances.


Tiens, pour une fois, j’ai réussi mes vacances. Quoi réussir ses vacances. Parce qu’on peut les rater?

Bah oui. Moi, je suis un spécialiste des vacances ratées. Je retourne au travail presque soulagé, ronchon, de mauvais poil et ma 1ère journée de travail est ratée…

D’abord en général, pendant les vacances, je suis malade. Il y a toujours un gros rhume, un lumbago, une chose du genre pour me trouver et me gâcher tout.

Ce coup-ci, rien.

Mais ce n’est pas tout. La plupart du temps, je me prends la tête sur les copies, les préparations de cours, j’y pense pendant toutes mes vacances (ce qui me les gâche, forcément), c’est toujours là, dans ma tête, dans un coin du cerveau.

Cette fois-ci, j’ai harmonieusement réparti le temps de correction, j’ai tranquillement pris ça en charge, ça ne m’a pas obsédé, et je suis plutôt content. (en plus, y’a des bonnes notes…)

En général aussi, au début, je me dis que je vais faire tout un tas de choses, lire ça, regarder cela, le tout bien souvent lié au travail.

Ca se termine par je n’ai rien fait, je repousse, je repousse, je fais autre chose, et je ne suis pas content de moi.

Or, pendant ces congés, j’ai pris le temps de lire 2 ou 3 ouvrages sur la dyslexie, un sur les cartes mentales, pris le temps d’échanger là-dessus et d’expérimenter quelque peu.

Mais, je n’ai pas fait que travailler, hein. J’ai aussi pris le temps de lire des BD, de regarder des films, des séries à la télé, voir des amis, cuisiner, sortir.

Bref, mes vacances ont été ce qu’elles doivent être: un moment pour me ressourcer, chercher, réfléchir, ne pas chercher, ne pas réfléchir, me reposer, travailler ( oui, mes vacances ont été côté schizophrénique… ).

Du coup, retourner au travail ne me soucie pas du tout. Je me sens dispo et à bloc.

On en reparlera lundi soir après une 1ère journée… 😉