Apps indispensables #edmus – Kit de démarrage iPad épisode 3


Mon éducation musicale avec l'iPad

Donner une liste d’apps ne semble pas utile si elle n’est pas accompagnée d’usages concrets en classe et associée à une définition des compétences visées. Hélas, le temps nous presse ! Plusieurs de nos collègues sont en pleine exploration d’apps pour la rentrée et d’autres en construction de budget. Nous reviendrons donc de façon plus approfondie sur ces apps par la suite.

Pour aujourd’hui, nous vous proposons pour ce troisième épisode de notre kit de démarrage avec l’iPad en classe d’éducation musicale avec Benoît, de vous présenter brièvement quelques apps qui nous semblent fondamentales, associées à quelques compétences qui peuvent être sollicitées pour nos élèves ou quelques fonctionnalités pour le prof, essentielles.

Création musicale individuelle

  • Garageband est la base de la création musicale sur iPad : possible prise en main d’un séquenceur et d’un multipistes (multiples samples et possibilités d’enregistrements pour solliciter les notions de successif et simultané), d’un sampler…

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J’adore… les profs marquants.


Il était une fois un prof. Ni plus, ni moins. Un prof qui aimait son métier, qui le faisait avec autant de sérieux et de motivation que possible, en essayant de s’amuser, mais aussi d’amuser et d’intéresser les élèves, tout en étant exigeant.
Ce prof, comme tout les autres profs est passé par plusieurs établissements, a beaucoup apprécié de travailler dans certaines classes, dans d’autres moins, et puis il est parti voguer ailleurs, les élèves sont partis aussi, remplacés par d’autres…
Un beau jour, ce prof reçoit un mail sur sa boîte mail académique.
Un mail tout gentil, en anglais, de Violette (peu importe son vrai prénom). Violette s’excuse tout d’abord d’écrire sur la boîte mail pro du prof, explique qu’elle a eu son mail par un ex-collègue qui l’a vue le jour du résultat du bac. Violette espère que le prof se souvient d’elle, lui précise qu’il l’avait eue en collège, qu’il lui avait fait aimer l’anglais, et qu’elle tenait à lui écrire pour lui dire qu’elle avait eu son bac, et surtout qu’elle avait eu 18/20 en anglais, que la passion de l’anglais ne l’avait jamais quittée et qu’elle garde un excellent souvenir de lui et de ses cours.
Vous vous en doutez, le prof, c’est moi.
Je me souviens très bien de Violette, et de cette classe en particulier, une classe passionnante, avec des élèves plus ou moins à l’aise en anglais, mais motivés. Je lui ai donc répondu, moi aussi en anglais, pour lui faire part de ma joie de ce si gentil mail. Je lui ai dit mon plaisir de ce contact renoué et lui ai proposé à l’occasion de me contacter pour boire un café en ville et qu’elle me parle de ses projets. Dans la journée, Violette me répond, me dit que tel jour elle sera en ville avec un autre ex élève de la classe, Armand.
Je les retrouve donc. Un peu plus grands, mais pas si différents. Quel plaisir que ce café! Quelque part, ils sont restés collégiens et sont tout rouges en me saluant. On parle, j’écoute leurs projets pour l’avenir, c’est passionnant. Et puis, ils se mettent à parler de moi, enfin de mes cours. Ils me disent à quel point ils y ont appris des choses, en travaillant dur, mais dans la détente, en s’amusant. Je crains d’avoir été très exigeant. Ils sont étonnés, disent que non, que ça les a habitués pour le lycée…Ils m’expliquent que c’est moi qui leur ai tout appris, me parlent de tel ou tel cours, tel ou tel document qui les a marqués et que moi je ne fais plus depuis longtemps. Ils discutent entre eux, et je vois se profiler mon cours et la façon dont je le mène. Armand me dit que ma méthode elle est ‘vachement’ bien car quand ils sont arrivés en seconde, ils ont bien vu qu’il y avait plein de mots que eux ils savaient et pas les autres élèves. Ils me parlent de leur plaisir d’être en cours avec moi, du goût qu’ils ont de l’anglais, et à quel point je les ai marqués.
Moi aussi, j’ai eu des professeurs qui m’ont marqué, mon professeur d’histoire de lycée m’a appris à voir le monde, à le comprendre avec ses enjeux politiques, ma professeur d’anglais m’a donné envie d’enseigner. Je n’ai jamais pensé que moi je deviendrai aussi un prof qui marque.
J’ai revu Violette et Armand, et voilà, c’est fait. Pour au moins deux élèves, je suis ce prof-là. Le prof marquant. Il n’y a dans ce métier, à mes yeux, rien de plus beau.

J’adore…la dernière heure de cours avant les vacances.


Un vendredi.
La dernière heure de cours avant de partir en vacances.
Je descends dans la cour chercher mes “grands » (comprendre mes 3e).
Je les aime bien mes grands.
Je les connais pour la plupart tous très bien, l’établissement ayant ouvert progressivement, je les ai quasiment tous eus en classe soit depuis la 6e, soit depuis la 5e. Certains ont beaucoup progressé. D’autres moins. Tous essaient.
Je les trouve dans la cour, qui m’attendent, pas trop motivés, mais ils sont de bonne composition et le cachent.
Cette année, il y a eu 8 semaines entre les 2 périodes de repos, les élèves sont très fatigués.
Moi aussi.
Je décide de plus en plus de ne pas jouer au bon-prof-qui-finit-bien-sa-séquence-coûte-que-coûte-avant-de-partir-en-vacances-même-la-dernière-heure, et je finis désormais la plupart du temps sur une note plus light, même si très liée à l’anglais.
Les élèves se rangent (je suis psycho rigide) et on commence à papoter.
– « Monsieur, on va faire quoi ? »
– « Vous verrez, ne vous en faites pas… »
A ce moment là, les autres 3e de l’établissement croisent les miens qui commencent plus tard l’après midi, et finissent plus tard. Je résume, on va en cours, les autres sortent et partent en vacances. Je me dis que ça ne va pas être simple.
– « Vous avez vu Monsieur, on n’a que vous cet après-midi. »
– « Moi aussi, je suis plutôt content de finir avec vous… »
On avance vers la salle, certains bavardent avec moi. On s’installe dans la salle multimédia, équipée d’ordinateurs.
Je commence en disant que de toute façon on n’aura pas fini la séquence avant les congés, que je préfère reprendre ça tranquillement après, pour boucler les choses de façon correcte, et que, en plus, ça évitera que l’évaluation tombe la semaine de la reprise. (« Ouaiiiiis…. »)
– « Mais on va faire quoi alors ? »
– «  Et si on écrivait dans les wikis que vous partagez avec notre classe américaine sur … » Je propose un sujet, chaque élève partage un wiki avec un élève d’une classe américaine.
– « Ah ouais, sympa ! »
Ecrire en anglais, c’est sympa… Des fois, je me dis que je rêve…
Par contre, on travaille et on avance hein ?
Hop, ils sortent leurs affaires.
– « On allume les ordis, M’sieur ? »
– « Vous vous sentez prêts à écrire directement comme ça ? Ou on fait un petit brouillon avant ? »
– « Ouais, p’t-être un brouillon avant quand même… »
Ils écrivent. Ambiance détendue, élèves sérieux.
Au bout d’un moment :
– « Monsieur, on peut ouvrir pour prendre un dictionnaire ? »
L’élève me montre l’armoire dans laquelle il y a des dictionnaires. On a beaucoup travaillé là-dessus, savoir utiliser un dictionnaire, chercher les différents sens des mots tout au long des années, comparé avec l’usage d’un traducteur en ligne, montré les limites et avantages des différentes solutions quand on cherche un mot.
– « Bien sûr, tiens. »
L’élève revient, me rend la clé.
– « Merci, Monsieur. » Sourire.
– « Je t’en prie. » Sourire back.
Je me dis que c’est bien sympa cette classe polie.
Durant l’heure :
– « Monsieur, je peux vous montrer mon travail ? »
– « Bah, bien sûr… »
Je me rends compte que tous travaillent, calme, bonne humeur.
Je félicite sur tel emploi de mot de liaison complexe.
– « Ah c’est chouette que tu aies employé ça, (hop, petits plus en vert) comme je vous ai demandé, essayer progressivement de complexifier son expression, bien aussi l’usage du prétérit simple… »
– « Merci, M’sieur! » Sourire.
– « Merci à toi, c’est bien ce travail. Tu fais attention là et là (je souligne…), des erreurs sur l’orthographe. Et pourquoi tu ne rajouterais pas telle ou telle chose, c’est encore un peu court, non ? Il y a d’autre choses que tu peux dire sur ce sujet, tu ne crois pas ? tiens par exemple, pourquoi ne pas…» Je propose une piste.
– « Ah si, bonne idée… » Sourire.
Le travail continue, ponctué de demandes pour aller prendre les dictionnaires, me montrer le travail fait ou encore d’allumer un ordi. Je vérifie, je dis que ça me semble bon en effet, et hop, 2 élèves commencent à taper.
Arrive la fin de l’heure. Ça sonne. Je demande de finir le travail en ligne pendant les vacances, je dis que je pourrai regarder via l‘ENT pendant les vacances si certains veulent (je ne me fais pas d’illusions…).
Les élèves sortent, beaucoup me disent au revoir et me souhaitent de bonnes vacances. Certains en anglais. D’autres choisissent de rester. Ils aiment bien ce moment un peu privilégié durant lequel ils peuvent parler. Un élève me demande s’il peut encore me montrer le travail même si ça a sonné.
– « Dis donc, c’est vraiment bien ce travail, je suis fier de toi, tu as bien travaillé. Tu sais, ça me fait vraiment plaisir ce travail, je me dis que j’ai réussi à t’apprendre des choses. »
– « Ah mais moi Monsieur, vu que j’ai eu que vous depuis la 6e, tout ce que je sais faire en anglais, c’est vous qui me l’avez appris. »
– «  Moi aussi, Monsieur, vu que je vous ai depuis la 5e… »
Et là, mon cœur de prof se liquéfie totalement. Quel beau compliment !
– « Monsieur ? »
– «  Oui ? » (<= prof trop fort qui retient sa larmette…)
– « Vous prenez des secondes l’an prochain ? »
– «  Ben écoute, comme tu le sais, moi j’adore travailler en collège, mais tu sais quoi ? J’ai bien envie ! »
On continue à papoter. Et puis ils partent. Et moi, je reste là avec ces jolis moments. Quelle belle heure de travail !
Vous savez quoi ?
J’adore mon job.

J’adore… les évaluations ratées.


Dans ce métier, ce que j’aime, c’est construire des séquences.
J’aime trouver un thème, construire des heures de cours autour de ce thème. Parfois, je pars d’un document texte ou de vidéos qui m’ont plu. J’imagine quelle tâche finale les élèves vont devoir accomplir. En langues, les programmes nous invitent à enseigner la langue comme instrument, moyen de communiquer, donc l’évaluation est liée à l’action. Tout ce qui est appris lors de la séquence – phonologie, grammaire, lexique, éléments culturels – sert à réaliser cette tâche finale.
En novembre décembre, j’avais conçu une très belle séquence, les cours se sont très bien passés, les élèves accrochaient au thème, bref, le bonheur du professeur.
Arrive la fin de la séquence, 1h avant le départ en stage des 3e la dernière semaine avant les congés de décembre, l’évaluation ayant lieu à la rentrée de janvier.
On a bien travaillé, la séquence s’est bien déroulée, les élèves ayant joué le jeu ont acquis des connaissances et sont en mesure de réaliser la tâche finale : jouer une scène de jeu télé, un rôle de présentateur qui pose des questions sur l’histoire américaine (oh, comme je suis subtil pour faire travailler les dates et la civilisation américaine) et deux rôles de candidats. Ils doivent pouvoir jouer les 2 rôles. J’aime l’idée du jeu. C’est souvent plus simple pour les élèves paradoxalement car ils n’ont pas vraiment l’impression de se montrer eux, mais de montrer ce personnage qu’ils jouent.
Je décide d’utiliser la dernière heure pour faire travailler les élèves en classe afin qu’ils n’aient pas de travail pendant les congés. Tout se passe bien. La tâche finale leur plaît, ils travaillent, profitent de ma présence, demandent des conseils et l’heure se termine avec un travail bien avancé mais à finir.
Il me tarde de les retrouver après les congés pour cette heure d’évaluation orale.
A la reprise, je décide d’utiliser la 1ère heure pour les faire s’entraîner à l’oral, la 2e heure est prise par un intervenant extérieur et je les retrouve en fin de semaine. Ah, ça va être chouette, il me tarde de les voir jouer.
Ils arrivent, sont à fond dans le ‘jeu’, ils sont acteurs mais l’anglais est une catastrophe, les connaissances culturelles aussi, SOS accent anglais avec des ‘r’ à la française et des ‘ed’ à la fin des verbes prononcés ‘èdeu’, « he worrrkèdeu… » Il faut savoir que ça , c’est LE truc qu’il ne faut pas faire à un prof d’anglais. C’est mal, c’est tout. 🙂
Bon, je râle, je me fâche, je les dispute, je montre ma surprise et ma déception devant ce travail bâclé et je rentre chez moi passé ce premier stade de colère, dépité, abattu, déprimé. Tout ce travail pour un si piètre résultat. Pisskeu c’est ça, je me casserai moins la tête à l’avenir et j’en ferai moins. Na. Je boude.
Et puis, bien sûr cela me casse mon week-end, j’y pense et repense. Je me rends compte que ce devoir était mal paramétré de toute façon, les consignes trop larges, et pas assez précises pour mes élèves qui maîtrisent mal le code scolaire, et que j’avais bien trop tablé sur une anticipation implicite de mes attentes (accent en particulier).
Et dimanche matin. 8h. Je relis ce sujet. Franchement, pas content le prof. Je refuse de laisser ça comme ça. Cette séquence, elle était chouette, je refuse qu’ils restent sur un sentiment d’échec.
Et me voilà reparti à écrire ce sujet à nouveau. Je reprends les étapes de la scène à jouer, je définis clairement ce que ce dialogue doit être, ce que je veux y voir.
Et me revoilà en classe. J’arrive, zen, calme.
– « Bon, c’était pas brillant vendredi. Il me semble que cela a manqué de préparation, cela me déçoit, mais il me semble aussi que vous aviez besoin de plus de guidage. On reprend ça, je vous montre. J’explique.
Bon, maintenant vous repassez tous, vous choisissez votre rôle, et on évalue à nouveau vendredi. D’ici là, on a 2h. Au travail. »
Grand soulagement de leur part. Envie de mieux faire.
Souvent, avant, j’estimais normal que cette phase de travail se fasse hors des cours. Désormais, je pense que mon rôle, c’est aussi de leur apprendre ça. J’étais ‘bon’ élève, je devinais les codes scolaires, ce qu’on attendait de moi en tant qu’élève. Tant mieux pour moi, mais mes élèves ne sont pas moi, et ont besoin d’autre chose. Donc, je prends du temps pour accompagner ce travail-là.
Arrive le jour où doit avoir lieu l’évaluation.
Tous jouent le jeu, même à mon grand plaisir les élèves en très grande difficulté. Alors, bon, tout n’était pas parfait, mais globalement tout le monde a réussi le minimum. Et puis, mine de rien, pas mal de connaissances sur l’histoire américaine
Et surtout, tout le monde, malgré le stress, était heureux d’avoir été évalué.
Des élèves heureux d’être évalués.
Ca ne devrait pas toujours être comme ça ?
Et si j’y travaillais ?

J’adore… le Bonheur Intérieur Brut.


Au Bouthan, on parle de Bonheur Intérieur Brut. Le mien a beaucoup augmenté aujourd’hui. Bien sûr, il y a eu des choses qui n’allaient pas, mais surtout tout le reste…
Donc, un jeudi dans mon établissement ECLAIR (ex ZEP):
– des élèves que je n’ai pas en cours, que je ne connais pas et qui me disent  » Bonjour Monsieur « .
– mes 4e qui veulent une interro  » parce qu’ils ont bien appris et que c’est facile le preterit simple en fait une fois qu’on a bien appris la règle « .
– une 6e qui me demande, après en avoir discuté avec sa maman, si je pourrais organiser un autre moment d’atelier anglais pour les élèves qui ont besoin de plus d’aide car ils sont en difficulté malgré leurs efforts. Et qui est tellement triste de ne pas y arriver.  » Pourtant, je travaille, Monsieur « .
– mes 6e qui se battent pour raconter la leçon et certains qui font la tête car je n’ai pas pu interroger tout le monde…
– des 4e qui me donnent leur brouillon à relire et à commenter pour réussir la tâche finale d’expression.
– le superbe ‘bruit’ des 3e travaillant pendant l’aide aux devoirs l’oral des LV qu’ils étudient dans le couloir des salles d’étude (pour ne pas déranger ceux qui apprennent la leçon et ont besoin de silence).
– chanter avec les CM2 en classe…
– un élève de 6e qui part de cours en me disant  » goodbye, thank you « .
– des 3e qui demandent à refaire un devoir raté en décembre car  » là elles sont prêtes « , et qui demandent à passer la suite jeudi prochain.
– des discussions avec moi pendant l’aide aux devoirs sur le travail à faire pour demain: ici preterit en Ing ou simple ? Voie active ou passive? Et comment on dit  » chandelier  » ?  » C’est bon, Monsieur, si je fais comme ça ?  »
– un élève qui a repassé avec succès depuis 15 jours toutes les évaluations de verbes irréguliers faites et ratées depuis novembre…
– des 3e qui veulent progresser en compréhension orale et me demandent des activités en plus hors cours et discutent avec moi sur comment faire et procéder car pas d’accès aux ordis en atelier LV ou le soir dans les chambres de l’Internat… Utiliser l’ENT ? Du BYOD (Bring Your Own Device) ? On pèse le pour et le contre… On cherche…On discute.

Et moi qui cherche comment être le prof dont ils ont besoin…

J’adore…janvier.


Tenir un blog, c’est vraiment bien. En 2 ans, j’ai appris beaucoup.
Un exemple?
Janvier.
Je sais en lisant mon blog qu’en janvier, je passe par tout un tas de doutes. Tous les ans, je m’interroge sur moi, mon métier, ma façon de travailler, ma décision de changer d’établissement ou pas…
Avant, je ne vivais pas bien tout cela, je tournais et tournais dans ma tête.
Je sais maintenant que janvier est pour moi un creux des montagnes russes dont je parlais dans mon billet précédent, et je sais que c’est une étape.
En janvier, mes élèves aux vies compliquées, aux parcours chaotiques, rentrent de 15 jours de congés loin de l’Internat, de ses règles et cadres. Pour certains, le retour est compliqué. Compliqué de se remettre au travail, de respecter à nouveau ces cadres-là. Parfois les 15 jours ailleurs n’ont pas été 15 jours heureux, ils ne savent pas comment gérer ça et ‘ça’ se manifeste en cours par de la défiance, de la passivité, de l’agressivité. Comme une soupape.
Et moi, mes collègues, nous sommes la soupape.
Et pourtant, moi, la soupape, je reviens à chaque fois en janvier tout content. En général, j’ai quitté des élèves en pleine ascension scolaire, les classes s’apaisent, les réussites font du bien aux élèves. On est bien en cours, on est bien ensemble.
Bref, je suis impatient de les retrouver.
Et à chaque foi, patatras! Tout est à reconquérir, reconstruire. Redonner confiance en l’école, en eux, en leur capacité à y arriver, expliquer à nouveau que le travail scolaire ‘paie’, que c’est une des clés. Que tous peuvent y arriver à coup de travail. Qu’ils ne sont pas ‘nuls’. Que je ne les lâcherai pas, que je veux les amener plus loin.
Et c’est dur.
Heureusement, ça va plus vite en janvier. Aujourd’hui, 2 semaines et demies après la reprise, je les retrouve presque comme avant, après beaucoup d’inquiétude, de dialogue avec eux, de coups de colère aussi. Je retrouve des sourires, des bonjours dans les couloirs. De l’envie. Chez eux. Chez moi.
Je tiens un blog, je disais. Et moi le professeur, j’apprends. Je m.apprends, je les apprends. Je me comprends mieux, je les comprends mieux. Je sais que février va venir. Que tout va repartir. Qu’il faut tenir.
Et j’adore janvier, donc.

J’adore…les montagnes russes.


Puisque c’est les vacances, que je suis coincé dans un train pendant de longues heures, que geek intense tendance pomme je suis et que donc j’ai un iPad Air tout neuf (my precious…), j’ai donc du temps pour penser à mon 1er trimestre.
Oui, je suis en vacances et je pense à mon métier, mais bon, hein, je fais ce que je veux.
Ami lecteur non-prof, tu sais déjà si tu me lis que le prof n’est jamais vraiment au repos et qu’il pense toujours au boulot un peu. Surtout si comme moi, il sait qu’en rentrant de vacances, des tonnes de paquets de copies froides l’attendent.
Bref, retour à ce 1er trimestre.
J’ai très peu écrit sur le blog.
Pas envie de parler, de partager, ou de faire ma thérapie on line. Envie de chercher, de me sentir mieux en classe pour pouvoir à nouveau vous dire pourquoi j’adore mon job.
J’enseigne donc dans un établissement Eclair, ex Zep, ex Zone sensible, ex je ne sais quoi encore, ex étiquette qui doit cacher qu’enseigner n’y est pas simple.
Mes élèves ont des parcours difficiles, des difficultés chez eux et / ou à l’école et ne font pas / plus confiance aux adultes enseignants.
J’ai reçu cela en plein visage pendant 2 mois. 2 mois très difficiles avec certaines classes. 2 mois à aller en classe avec un nœud au ventre. 2 mois à devoir faire ce que je n’aime pas faire, beaucoup de discipline, parfois devoir hausser le ton, mettre des limites, le tout en inspirant confiance et en montrant que j’étais bienveillant. 2 mois à me dire qu’il serait sans doute temps de faire autre chose, ailleurs, autrement.
C’est là que tenir un blog est quelque chose de formidable, car ces doutes, je les ai eus déjà l’an dernier, à un autre moment, un peu autrement. Je me suis donc dit que cela était cyclique, lié à comment ça se passait en classe.
Je me suis accroché.
Ces mômes en difficulté, que voulez-vous, moi j’y suis attaché et je veux les aider à réussir. C’est dur, mais ça me plaît. J’ai choisi d’être là, dans un établissement avec ce public là et j’ai la chance d’avoir des collègues formidables à qui je peux dire que ça se passe mal avec telle ou telle classe et qui me répondent que pour eux aussi c’est dur, ou me disent qu’en tant que professeur principal ils vont essayer d’en discuter avec les élèves, chercher des solutions, proposer ci ou ça. Qu’on va travailler ensemble, les professeurs, mais aussi les élèves.
J’ai donc maintenu le cap, maintenant mes exigences sur ce que j’estime devoir être un comportement d’élève : respect de la parole des autres, la mienne y comprise, respect de l’envie de travailler des autres, la mienne y comprise, laisser les soucis hors de la classe, essayer d’y être bien, de s’y plaire, ne serait-ce qu’une heure.
Et puis, à force de patience, grâce au travail de dialogue de mes collègues professeurs principaux, en novembre, j’ai passé une bonne heure de cours, puis deux. A la fin d’une heure, un jour, les élèves ont dit « déjà? », « c’était bien le cours aujourd’hui, Monsieur… ». J’ai expliqué que sans doute j’avais pu me détendre de par leur attitude différente, que eux avaient changé, donc moi aussi, on avait changé ensemble, j’ai parlé du plaisir que j’avais eu à venir en classe avec eux, de ma fierté face au beau cours que nous avions écrit, à sa richesse.
« Nous aussi, Monsieur, on a eu du plaisir à être là. C’est vrai hein que ce cours il est bien. »
« Et si on continuait comme ça? »
Depuis, cela tient, plus ou moins bien, les notes remontent, ils repassent les évaluations ratées, réussissent, ou pas, mais veulent essayer, des élèves ont encore du mal, mais désormais on se centre sur le cœur du cours: qu’est-ce qui coince en anglais? Qu’est-ce qu’on peut faire ensemble? »
Ma ‘pire’ classe, celle avec laquelle j’étais en difficulté, disons-le en souffrance, est devenue celle avec qui j’ai le plus de plaisir à enseigner.
Encore une année durant laquelle les élèves m’apprennent des choses.
Encore un trimestre qui me rappelle à quel point et pourquoi j’adore mon job, qui très souvent consiste décidément à être sur des montagnes russes. Le secret, c’est de le savoir.