J’adore… le vendredi.


Un vendredi matin. Mes internes ont une demi-heure avant pour faire le point sur la journée, se mettre en condition de travail. Des stagiaires M1 en fond de salle. Je fais entrer les élèves, on se salue, je souris (toujours quand ils rentrent), j’ai installé un kiosque presse / journaux en français et en anglais, livres, BD en anglais, quelques biscuits, ils rentrent, il y a de la musique anglaise en bruit de fond. Chacun est libre d’organiser sa demi-heure comme il le souhaite dans ce cadre-là : relire les cahiers des cours du jour, lire quelque chose, réviser, venir repasser une évaluation, me demander des conseils. 3 élèves me demandent à être interrogés à l’oral sur la leçon (si, je vous jure) parce que « on est les seuls de la classe à ne pas être passés ». Tout va bien, des erreurs, mais que de progrès… Des sourires. Des efforts. « Monsieur, moi je voudrais repasser pour m’améliorer sur l’accent comme vous m’avez dit, j’ai travaillé. » Ok, on y va. Les autres lisent tranquillement, révisent, certains papotent doucement, mais bon, chut. C’est notre demi-heure, on s’échauffe pour la journée. On est bien. Oh, il reste un biscuit un chocolat…

 

Le même vendredi, les mêmes élèves, le même professeur, l’heure de cours qui suit la demi-heure. Les élèves ont aujourd’hui une heure de travail personnel. Chacun fait son menu. J’ai inscrit les choses à faire, à finir au tableau. Certains vont sur l’ENT pour imprimer des documents mis à leur disposition, d’autres écoutent les capsules réalisées sur le preterit par des élèves de la classe, d’autre écoutent le cours enregistré à l’oral, certains finissent le compte-rendu du document étudié hier, certains finissent des choses en retard. Certains sont assis et révisent pour l’évaluation de lundi, certains viennent me rendre des devoirs sur clé USB fait sur l’ordinateur fourni par la région (qui donc leur sert). Tous jouent le jeu, demandent des conseils, travaillent. Un bruit de fond raisonnable. 2 élèves sont en retrait, mais ne perturbent pas…Beaucoup de conseils à donner, de choses à expliquer, d’erreurs à corriger, d’efforts remarqués. Beaucoup d’envie de bien faire.

 

Un vendredi matin, fin de cours. Une lycéenne vient me voir pour me parler.

– « Monsieur, voilà, je voulais vous dire merci, j’ai beaucoup progressé en anglais ce trimestre, et c’est grâce à vous. »

– « Si tu as progressé c’ets surtout grâve à toi, à ton travail. »

– « C’est vrai, d’accord, mais c’est aussi grâce à vous, donc voilà. Bon week-end Monsieur. »

Je reste tout chose, touché par tant de gentillesse (oui, je suis un gros nounours émotif).

 

Vendredi, dernière heure de cours du matin, 11h30 et 12h30. Les élèves se rangent, je dois hausser le ton pour certains, je parle à 2 élèves en aparté avec qui j’ai eu un différent la veille à qui je dis que nous repartons sur de nouvelles bases, on me grommelle ‘mwoui’ (l’ado est rancunier). Une élève en grande difficulté m’annonce qu’elle sait ‘trop bien’ son cours, toute souriante. Bon. Tout le monde rentre, du bruit, de l’agitation, j’interviens, je recadre, j’explique. J’interroge sur ce qui était à apprendre. Une moitié de classe lève la main pour être interrogée et ronchonne quand j’interroge un autre. Je finis par interroger un tiers du groupe. Que des points verts (évaluation réussie). Des sourires. On travaille, je contiens l’oral désordonné, dans tous les sens, sans lever la main, mais on produit un très beau cours. Je donne les devoirs, je dois un peu me battre, je suis interrompu par des questions. Cela m’énerve, et je me rends compte que toutes sont sur le travail à faire. C’est fouillis, c’est touffu, mais finalement n’ai-je pas à être fier de ces élèves qui veulent savoir, comprendre, bien faire ? Fin de cours. Ils partent, me disent (presque) tous « Au revoir, Monsieur », certains me souhaitent un bon week-end. Certains restent. « Monsieur, comme vous n’avez pas pu m’interroger tout à l’heure, je peux être interrogé là ? » Allez, on y va !

 

Un vendredi, Milieu d’après-midi. Je rentre chez moi en sortant vers le parking en passant le long de la cour. Une élève crie mon nom en courant vers moi « Monsieeuuuuur, Monssssieeeuuuur ». Mi-amusé, mi-inquiet, je la regarde et marche vers elle, me demandant ce qui se passe de si grave.

« Voilà, je voulais vous demander, avant que vous ne partiez chez vous, pour le devoir à vous rendre lundi est-ce que si je fais ci ou ça, ça va, on en a discuté tout à l’heure avec la prof de français vu que c’est sur la dérivation par suffixe comme en français… » (mazette !)

Je souris (parce que quand même c’est touchant…), j’explique, et je dis que ceux qui veulent peuvent m’envoyer les brouillons sur notre ENT et je regarderai, guiderai…

« Oh super, merci, bon week-end ».

Je ne sais pas pour le week-end, mais le vendredi, déjà, il est franchement sympa.

Il y a des jours comme ça qui me rappellent pourquoi j’adore mon job.

J’adore… mes élèves producteurs de contenus numériques.


En ce lundi 10 novembre, je n’avais que 8 élèves présents en classe. La question lancinante était « Qu’est-ce qu’on va faire, Monsieur ? ». (Ben travailler, cette blague ! Non, mais oh…)

J’ai décidé de profiter de cet effectif très réduit pour tester mon idée de rendre les élèves producteurs de capsules.

Nous venons de réutiliser le preterit simple pour aborder un document et ils vont en avoir besoin pour leur tâche finale (ce qui sert à évaluer les élèves à la fin du travail), et du coup, plutôt que de faire un dixième rappel grammatical, j’ai décidé de les rendre actifs. Le preterit simple ils l’ont vu en 6e, 5e, 4e, 3e et ce n’est pas un énième rappel qui le leur fera plus comprendre et maîtriser visiblement.

Le défi était donc de produire une capsule, par groupe de 3, en utilisant un iPad et Voice d’Adobe. D’emblée, les élèves ont compris comment ça marchait assez facilement. L’expérience s’avère être passionnante. Les élèves ont compris qu’il fallait organiser leurs idées après les avoir rassemblées, les hiérarchiser, donner une information par ‘diapo’, être concis, bref et clair. Les groupes ont travaillé aussi sur quoi garder, quoi ne pas garder, comment mettre en forme chaque mini diapo de 10 secondes, comment poser sa voix, comment être compris en posant sa voix (puisque la capsule sera destinée aux élèves absents et aux élèves de 4e). Les trios ou paires ont dû négocier le contenu, quelle icône choisir pour illustrer, juste du texte ? Du texte plus une icône ?

Je n’ai pas réussi à tenir le délai (tout finir en 1h30), mais j’ai récupéré les iPads, je vais proposer des améliorations, souligner les points positifs, et leur laisser une demi-heure pour finir jeudi. D’ici là, je vais aussi proposer les capsules via l’ENT, demander ce qui manque selon les autres, élèves, ce qui est bien, ce qui peut- être amélioré. Ce qui est très intéressant, c’est de voir comment ils organisent les choses complètement différemment de moi, du coup, j’ai aussi pas mal d’idées pour mes prochaines capsules…

Mais, me direz-vous, ils n’ont pas fait d’anglais… Ils n’ont pas parlé anglais… Déjà, si, la grammaire c’est aussi de l’anglais… Et ensuite, non, ils n’ont pas parlé en anglais, mais ils ont énormément réfléchi sur le métalangage (ce qui mine de rien n’est pas mal en seconde), sur comment expliquer les choses, et je suis persuadé que ces élèves producteurs de contenu– outre la fierté de voir leur production finale utilisée et utile – se souviennent bien mieux de la façon dont fonctionne le preterit simple que si j’avais fait une heure là-dessus via une fiche et des exercices…

J’adore… mes secondes (ou réussir ma rentrée, partie 2).


Il y a quelques années, j’avais eu une classe de seconde. L’expérience avait été plutôt déplaisante, cela ne s’était pas bien passé, et du coup, j’étais resté dans ma zone de confort, avec les collégiens avec qui j’adore enseigner et avec qui je suis sans doute plus à l’aise.

Et puis, cette année, j’ai décidé de suivre mes collègues dans un projet de classe inversée, et de sortir de ma zone de confort (parce que je suis comme ça, et que je me dis que je ne suis pas encore assez vieux pour ne pas me lancer des défis…).

Je suis allé à mon premier cours avec eux la boule au ventre, me demandant comment cela allait se passer. Sans doute la même boule au ventre que eux avaient en se demandant qui j’étais, si j’allais prendre en compte leurs difficultés, les juger s’ils n’y arrivaient pas… Nous sommes quand même dans un système qui crée de l’angoisse là où il devrait créer du plaisir d’apprendre (et d’enseigner). Et pourquoi ne pas fonctionner autrement ?

J’ai rencontré des élèves persuadés qu’ils étaient ‘nuls’, très conscients de leurs faiblesses, ne mettant jamais en avant le positif, extrêmement inquiets devant la perspective de devoir se servir de la langue vivante. De quoi ont-ils besoin ? Qu’est-ce qui fait que ces élèves qui ont fait 4 ans d’anglais ne parlent pas ?

J’ai pensé que les principes de la classe inversée seraient parfaits, et que j’allais les adapter à leurs besoins. Ce premier cours (et tous les autres) ayant très bien fonctionnés, voilà, je partage avec vous.

Comment ça marche ? Prenons la semaine dernière comme exemple.

J’ai une heure trente de cours en début de semaine. J’ai choisi de travailler différemment dans ce créneau. J’ai divisé la classe en plusieurs groupes, chaque groupe disposait d’un accès à la capsule vidéo que j’avais créée avec du vocabulaire pour prendre la parole sur le document, d’un extrait vidéo à raconter et de 30 minutes pour se préparer, avec accès à des dictionnaires, leurs cahiers etc. Les élèves ont travaillé dans le calme, se sont répartis les efforts, ont noté le vocabulaire et préparé des phrases. Ils sont ensuite venus prendre la parole, tout le monde devant faire au moins une phrase, avec comme consigne de parler, et de ne pas lire. Les autres groupes devaient écouter, rajouter à leur prise de parole les bonnes idées entendues dans le groupe d’avant et auxquelles eux n’avaient pas pensé. Puis, nous avons construit ensemble une trace écrite de cours. Nous sommes partis des phrases faites et entendues, nous avons corrigé ensemble les erreurs, j’ai rajouté du vocabulaire, on a explicité les points de phonétique difficiles, et nous voilà arrivés à la fin du cours…Le cours n’a pas été copié mais mis en ligne dans leur ENT (dans mon académie, tous les élèves reçoivent un ordinateur portable de la région), à charge aux élèves de récupérer le document (je peux aussi leur imprimer à leur demande). Je gagne du temps de cours pour faire de l’anglais (ceux qui veulent recopier le cours dans leur cahier peuvent le faire hors de mon cours). Cette méthode me plaît, aux élèves aussi, et je vais plus vite et de façon moins laborieuse.

La tâche pour le cours suivant était d’être capable de se servir de ce cours noté pour raconter l’extrait vidéo travaillé, soit en utilisant un par coeur maîtrisé et compris pour les plus fragiles, soit en partant de cette base pour les autres. Ils ont joué le jeu, et lors du cours suivant, des élèves, dont les élèves les moins confiants, ont levé la main pour être évalués. Ce n’était pas parfait, mais en net progrès.

Question: « Monsieur, je peux retravailler certains points et repasser lundi ? »

Comment dire non ?

Plusieurs conclusions:

  • ne pas hésiter à sortir de sa zone de confort.
  • tester, expérimenter, faire autrement, partir de leurs besoins, ne pas voir les élèves comme on voudrait qu’ils soient, mais essayer de proposer des approches qui correspondent à leurs besoins.
  • expliquer ce que l’on fait, ce que l’on demande, pourquoi. Il y a des règles en classe, des attentes, des exigences, expliquer pourquoi. Pour eux. Une fois cela intégré, cela va mieux.

– ils ont tous un ordinateur portable fourni par la région. Cela coûte cher à la collectivité. Essayer de rendre cela cohérent en adoptant (même modestement) des approches qui poussent les élèves à utiliser l’outil. Ils ne demandent qu’à utiliser l’outil, à nous de les inciter à le faire…Ce n’est pas si compliqué…(et ça vaut le coup !)

J’adore…réussir ma rentrée (ou l’aide aux devoirs).


Les prochains billets vont vous parler de ma rentrée. Tout n’a pas été rose, mais c’est une des (la ?)  plus belles et plus intéressantes que j’ai vécues, j’ai beaucoup à partager.

Mon établissement est un internat. Les élèves ont donc du temps pour travailler dans l’établissement puisqu’ils ne le font pas chez eux.

Plutôt que de mettre ce temps de façon classique de 5 à 6 voire 7, le parti-pris a toujours été de l’intégrer à l’emploi du temps, qui du coup s’élargit au-delà de 5h de l’après-midi.

Cette année, notre Proviseur a décidé d’intégrer une demi-heure de « travail », permanence, étude dirigée – peu importe le nom – à l’horaire de certaines matières dont la mienne, l’anglais.

Je me retrouve donc avec mes 3h classiques, plus une demi-heure. J’ai concrètement 2 fois une heure, et une fois une heure et demie. L’engagement pris par les enseignants était d’utiliser au moins une demi-heure de ces 3h30 pour faire de « l’aide aux devoirs ». J’ai choisi pour ma part de diviser cet horaire en 2, 45 minutes de cours, 45 minutes « autres ».

Au départ, cela m’inquiétait un peu d’avoir une heure trente. Est-ce que cela n’allait pas être trop long ? Nos élèves en difficulté allaient-ils adhérer ?

J’ai choisi de faire cours sur la première partie, et d’accompagner leur apprentissage du cours (en anglais, il faut pratiquer, mais aussi apprendre). Tout le monde doit apprendre, puis chacun utilise le temps comme il le souhaite : pour pratiquer, pour finir quelque chose, recopier un cours manquant, lire en anglais, écouter des ressources, créer des ressources, créer des fiches mémos. Les élèves ont d’emblée adhéré. J’ai pu travailler avec eux sur ce que ça veut dire « d’apprendre son cours ». J’ai donné diverses méthodes pour mémoriser. Certains, les plus petits, ont beaucoup aimé aussi venir me réciter ce qui était à apprendre, ou me montrer leur cahier.

En seconde, après une première interrogation de cours, une élève m’a dit : « Mais en fait, c’est facile d’apprendre ! Ca marche votre truc ! Pendant des années, je m’y suis mal prise ! » Cet aveu m’a beaucoup touché, et en même temps énormément chagriné. N’avons-nous là pas raté l’essentiel si une élève de 2nde découvre seulement cette année-là comment apprendre ? L’arrivée dans le projet de socle commun d’une section là-dessus me fait très plaisir, je dois dire.

Mes petits 6e, mais aussi les 4e ont bien peu d’idées sur ce que veut dire apprendre un cours, et surtout comment on fait. Ils pensent aussi qu’ils sont « nuls », pas adaptés à l’école et ont une très médiocre image d’eux-mêmes. S’ils n’arrivent pas à apprendre alors que d’autres savent faire, c’est forcément que quelque chose ne va pas chez eux. Ce sont bien souvent des élèves qui pour diverses raisons ne sont pas aidés à la maison. On touche là pour moi un point essentiel. En donnant des devoirs à la maison, des exercices, on favorise certains élèves : ceux qui réussissent déjà à l’école, ceux qui peuvent être aidés par leurs parents, et on laisse de côté ceux qui n’y arrivent pas et pour qui on devrait être là. Ceux-là mêmes pour qui l’école telle que je la conçois doit être là.

Attention, je ne dis pas que les élèves ne doivent rien faire en dehors du cours. Mais à mon sens ce qui est donné en dehors du cours doit être très réfléchi et ne doit pas placer les élèves dans une situation qui amène de l’inégalité et qui les met en difficulté si personne n’est là pour les aider.

La classe inversée m’a aussi beaucoup apporté, je donne à faire hors du cours des choses simples, regarder une vidéo portant sur un point dont ils auront besoin, quelque chose à lire, puis on fait le point en classe et on utilise ces connaissances pour pratiquer la règle. Je donne à faire quelque chose qui aidera l’élève pendant le cours, qui lui permettra d’avancer. Parfois, mes 45 minutes servent aussi à cela pour ceux qui ne peuvent pas le faire hors de la classe (pas d’accès à Internet par exemple). Mais je reviendrai dans un autre billet sur la classe inversée.

Je perdrai sans doute un jour cette demi-heure en plus, mais je pense que je militerai alors pour 2 créneaux de 1h30 durant lesquels j’aiderais les élèves à faire le travail que l’on donne à faire normalement « à la maison ».

On a donc beaucoup travaillé sur comment apprendre et quoi. Qu’est-ce que ça veut dire savoir un cours ? Savoir un mot, c’est savoir ce qu’il veut dire, savoir le dire, savoir l’écrire ? Les 3 ? Ah bon, Monsieur ? Les évaluations orale ou écrites de cours sont vécues différemment depuis aussi. Ce moment commun de « travail » est devenu un vrai moment de plaisir. On fait cours, et après on apprend. Est-ce que je perds du temps? Je ne crois pas. Et puis cela pacifie énormément le déroulement du cours. Les élèves savent que je serai là, pour aider, pour expliquer à nouveau, pour clarifier, même après le cours classique. Bref, que je serai leur professeur. Pleinement.

J’adore… partir et revenir…

En passant


Bonjour à tou/te/s.

Alors voilà. Je n’ai pas écrit depuis quelques temps. Beaucoup de choses dans ma vie privée m’ont occupé, et pourtant j’ai vécu une des plus belles rentrées de ma carrière. J’ai donc beaucoup à vous dire. Mais aussi, après 2 événements sur lesquels je ne reviendrai pas car ils ont déjà été beaucoup commentés, beaucoup d’hésitations.

Puis-je me livrer? Parler librement? Dois-je me censurer? En ai-je envie?

Et ce soir, en lisant sur twitter et sur leurs blogs tous ces collègues qui m’inspirent tant, les @nicoguitare @2vanssay @ticeman01 @edouardvince @lescahierspedagos (et tous les comptes associés) @toupietwopi @nathalieBcoulet et tous les autres que j’oublie injustement et qui font avancer notre maison commune, j’ai envie de partager ma rentrée avec vous, et la suite.  Et puis on verra bien…

Donc merci à vous, et désolé pour ce long silence.

A bientôt.

F

J’adore… la rentrée.


J’ai envie de rentrer.

Cette semaine, je suis allé dans mon établissement pour finaliser un projet avec un collègue et la direction, et j’ai croisé un élève qui venait se réinscrire. Avec le sourire. Qui était heureux de me voir. Et moi aussi.

Je me suis dit que j’étais vraiment heureux de lui parler, que je l’avais accompagné tout au long du collège et que j’aimerais bien l’avoir encore en classe cette année.

Que j’étais finalement impatient de les retrouver ces élèves. Oui, je suis impatient de rentrer.

Oui, je sais, je détonne. Je suis pourtant dans un établissement avec des élèves en difficulté et qui ne sont pas toujours simples (cela dit, je crois que ça peut se dire pour une grosse majorité d’établissements…) Il y a des moments difficiles avec eux, certains se fâchent, s’énervent, moi aussi, le ton monte et parfois même les portes claquent…Et puis l’heure d’après c’est oublié, ou on en reparle calmement…

Car voilà, je les aime moi ces gamins aux vies cabossées, aux situations difficiles et francs du collier. Ils m’en font voir de toutes les couleurs, passer par des hauts et des bas mais on vit surtout et aussi de bons moments. J’ai l’impression d’être utile, là, pour eux.

Donc, voilà, cette semaine avant la reprise, je suis impatient. Impatient de les retrouver. Impatient de découvrir de nouvelles têtes aussi.

Impatient de rentrer et d’aller d’un endroit à l’autre dans mon établissement et de croiser les élèves, même ceux que je ne connais pas, qui me saluent d’un ‘bonjour, Monsieur’ et me sourient.

Impatient de retrouver ces élèves avec qui je peux avoir un conflit sur leur posture ‘capuche-sur-la-tête-mains-dans-les-poches-joggin-remonté-jusqu’au-genou-démarche-je-me-balance’ quand je viens les chercher dans la cour pour les accompagner jusqu’à la classe et à qui je dis que je suis surpris de cette posture et qui viennent me voir très gentiment à la fin pour en parler et comprendre et m’assurer qu’ils ne sont pas des ‘kaïra’. Je les rassure et leur dis que jamais je ne dirais qu’ils sont des ‘kaïra’, encore moins je ne le penserais, mais que je trouve qu’ils adoptent une posture, qu’ils projettent quelque chose qui n’est pas ce que je connais d’eux. Impatient de parler de codes, de perception, d’image projetée. Impatient de retrouver ces magnifiques échanges plein de confiance réciproque et d’envie de bien faire.

Impatient de retrouver des élèves qui viennent me demander de l’aide en fin de cours.

Impatient de passer des heures à chercher comment mieux faire.

Impatient de tester mes nouveaux cours.

Impatient de retrouver cette élève qui m’apporte, toute rouge, des biscuits faits par sa maman à l’occasion de je ne sais plus quelle fête et qui voulait les partager avec moi parce que c’est la tradition de partager.

Impatient de retrouver ces élèves qui me disent qu’ils ont enfin compris.

Impatient de retrouver telle élève venue avec son papa voir les résultats du brevet, de dire au papa à quel point son enfant est sérieuse et travaille dur et de l’entendre dire qu’il est fier de sa fille.

Impatient de les entendre dire  » C’est déjà fini ?  » à la fin du cours. (bon, ok, ce n’est pas tous les jours non plus…)

Impatient de les entendre dire  » Au revoir, Monsieur, merci  » à la fin du cours.

Impatient de découvrir ces nouveaux élèves, d’avoir les premiers conflits avec eux et de travailler avec eux à ce qu’ils se sentent mieux à l’école.

Impatient de construire, reconstruire un lien de confiance.

Impatient de les retrouver assis par terre dans les couloirs, dans la cour en train de travailler et d’apprendre leur leçon.

Impatient d’aller les chercher après la récréation et de bavarder avec certains en se dirigeant vers la classe.

Impatient de saluer en souriant les élèves qui rentrent dans la salle et les voir me sourire en retour.

Impatient de les entendre dire ‘mais Monsieur, je comprends pas…’ et de reprendre tout à zéro.

Impatient de les entendre me dire ‘Monsieur, chui trop content d’avoir une bonne note…’ même si on n’en met pas, de notes, dans mon établissement.

Impatient de faire la pré-rentrée.

Impatient…

J’adore…l’iPad en classe.


Mais tu fais quoi avec ton iPad en classe?
Ce billet de blog va tenter de répondre à ça. Je vais essayer d’être très pragmatique et concret.
Pour moi, l’iPad est un outil intéressant à avoir en classe, car il me permet de motiver les élèves à écrire, tout en faisant attention à ce qu’ils écrivent, orthographe etc. Je précise que j’ai commencé avec un iPad, puis 2 dont le mien, et je dispose actuellement de 3 iPads, plus serait mieux, mais déjà avec 3 on peut faire des choses très pertinentes. J’utilise aussi souvent mon téléphone personnel pour avoir internet, car le technicien ne pouvait (voulait?) pas créer une borne wifi.
Je précise que j’informe les parents en début d’année de ce que nous allons faire avec les TICE, comment, pourquoi, je donne les liens vers les différents comptes et que je travaille bien sûr en lien avec le Proviseur. Il y a aussi une charte d’utilisation des outils et des réseaux sociaux, je valide toujours ce qui va être publié.
Je travaille avec Instagram aussi, mais je vais aujourd’hui principalement vous parler de ce que je fais avec Twitter avec les ‘petits’, et comment j’utilise la tablette avec les plus grands.
Commençons par Twitter.
Nous avons un compte classe (dont je contrôle l’accès et le mot de passe), sur ce dernier, plusieurs usages.
Mes plus petits, cm2 et 6e publient par exemple une photo par jour de cours du ciel et font une phrase pour parler du temps qu’il fait, ils peuvent aussi répondre aux classes avec qui nous travaillons, dire comment ils vont. Je confie l’iPad à un ou deux élèves, ils prennent la photo du ciel, choisissent un filtre ou pas, un cadrage et écrivent. J’aime beaucoup cette activité rituelle faisant appel aussi à leur créativité artistique, on travaille vraiment ici le niveau A1 du cadre européen en expression écrite.
Sur Twitter, nous avons aussi joué avec d’autres classes à ‘qui est-ce’? Ma classe choisit un personnage parmi une liste, l’autre classe doit deviner lequel c’est en posant des yes-no questions. C’est au final un exercice très structurel pour pratiquer les structures avec have et le vocabulaire lié au visage. Mes élèves ont beaucoup aimé cette activité, et le vocabulaire et les phrases clé ont été très bien restituées par le groupe classe lors de l’évaluation.
Nous avons aussi joué avec le vocabulaire des objets de la classe, j’ai fait plusieurs groupes, ils prenaient des photos d’objets de la classe, demandaient ce que c’était et attendaient les réponses des autres écoles. Pour diverses raisons, je n’ai pu mener à terme cette activité, mais elle est très prometteuse. Tout ce qui permet d’utiliser l’iPad pour communiquer en anglais réellement permet vraiment de faire travailler le vocabulaire et de le fixer de façon efficace. Trouver une twittclasse de primaire avec qui travailler est vraiment simple, il y a plein de super collègues ultra dynamiques avec qui travailler. J’en profite pour saluer @menut3 et @lonnyj, entre autres, avec qui j’ai travaillé cette année en CM2 et qui sont de formidables collègues et font un excellent travail.
Une dernière activité: prendre une photo du bureau de l’élève avec des objets scolaires dessus, accompagner l’image d’un tweet décrivant l’image, y glisser volontairement un oubli, une erreur de couleur, de nombre, l’autre classe doit s’amuser à trouver l’oubli volontaire…
Pour travailler la compréhension écrite: les élèves rédigent un texte dans lequel ils décrivent un extra-terrestre. Les élèves de l’autre classe lisent, dessinent l’extra-terrestre et renvoient une photo de leur desssin. Et inversement.
Alors certes, tout ça serait plus simple avec plus d’iPad, mais bon, les élèves étaient déjà ravis de ces activités. Ils communiquent avec des classes françaises en anglais? Pas authentique? Certes non, mais la capacité au jeu des enfants est grande et ça leur a beaucoup plu.
Avec les plus grands:
Je divise la classe en 2 groupes. Un groupe dispose des 3 iPads et d’un document support sur lequel travailler (vidéo, texte, image…). Ils ont un temps limité pour prendre connaissance du document et être prêt à répondre aux questions de l’autre partie de classe qui pendant ce temps là prépare ses questions. J’aime beaucoup cette configuration, chaque groupe est sub divisé en 3, et il y a là un réel moyen de collaborer, tout le monde doit avoir parlé dans l’heure. Le temps de l’échange sur le document est aussi limité. A la fin de l’échange, le groupe qui n’avait pas le document doit prendre la parole et parler du document non connu, à la fin de cette prise de parole, le premier groupe apporte des précisions si besoin. Ace moment-là, je divise la classe en 3, chaque groupe dispose d’un iPad et rédige ce qui va rester du cours en essayant d’apporter le plus d’outils possibles. Je récupère cela, et hors classe, j’ajoute des mots outils, des apports, des remarques. Les élèves savent que le cours sera sur le réseau de l’établissement dans la journée et peuvent le récupérer, j’en imprime aussi. Pour ce type de cours, j’utilise VLC si c’est une vidéo, et j’aime beaucoup Pages ou Notability pour la rédaction. Sur ce dernier, ils peuvent aussi dessiner, rajouter des annotations, très utile.
Alors, certes cela peut se faire avec du papier. Oui, mais avoir les propositions de cours directement en numérique me permet de les fusionner très vite et de les annoter et compléter tout aussi facilement. Elles sont aussi facilement transférables vers tout type d’ENT. Si Notability est connecté au Wifi et à un compte Google ou Dropbox, il suffit de récupérer le cours avec ma tablette à la maison sans avoir besoin d’emporter les tablettes de l’établissement. Je n’avais jusqu’à présent pas accès à Internet en classe avec les tablettes et j’utilisais le lien avec mon iPhone…
Je pense que mon rôle en tant qu’enseignant d’élèves en difficulté ayant peu souvent accès à ce genre d’outils est de leur apprendre à s’en servir de façon responsable et naturelle, je m’y emploie. De plus, je joue un rôle alors dans la validation des items du b2i. Les élèves apprécient et ont envie de faire de l’anglais. Que demander de plus?
Voilà, j’espère que ça vous donne idées et envie…
A lire: l’excellent livre de Ghislain Dominé, Utiliser les Tice en classe pour avoir plein d’idées et se lancer simplement. Passez voir aussi la rubrique du blog sur les sites à visiter dont ceux de @nicoguitare ou @edouardvince .
Je suis preneur de vous retours, idées, questions etc !