J’adore…le réchauffement du paquet de copies froides au soleil.


Je dois dire que je ne suis pas un rapide correcteur de copies. J’ai de grosses difficultés à rendre rapidement les copies. Je sais, ce n’est pas bien, mais il me faut beaucoup de temps.

Alors, elles restent là, elles attendent, refroidissent et passent après d’autres choses tout aussi importantes, réunions, préparation de cours ou juste du repos. Je fais les choses, je reporte les copies à plus tard, et elles attendent.

Elles sont là, gentilles, patientes, sage, stoïques (ah, le stoïcisme de la copie…) posées sur le bureau, rangées dans un sac, dans une chemise, rarement dans mon casier. Ne croyez pas que je les néglige, hein. Je m’en occupe, je les trie par ordre d’importance, tel paquet doit être corrigé avant tel jour, tout ça. Je fais même un planning de correction. Toi, lundi pendant le trou de l’emploi du temps, toi mardi matin, toi après le kiné…Bon, ok, j’ai du mal à m’y tenir…

Bref, souvent, je me retrouve alors avec un paquet de copies froides, corrigé quelques jours, une semaine après le jour de l’évaluation, voire plus (là ce n’est vraiment pas bien). Les copies froides, celles qui attendent depuis un petit bout de temps, ce n’est pas bien. Elles ne quittent pas votre esprit, il faut faire quelque chose.

Heureusement, j’habite dans le sud, et j’ai des solutions pour ces copies froides. La semaine dernière par exemple, le soleil est revenu. Le soleil dans le sud, ça change tout, car est à nouveau possible notre sport régional : la terrasse.

Certes, il est possible ici de se mettre en terrasse même quand il fait froid (nous sommes des acharnés de la terrasse, vous dis-je) avec les radiateurs de terrasse, mais bon, ce n’est pas pareil, ça ne compte pas.

La semaine dernière, donc les terrasses de cafés, restos etc. sont revenues à l’attaque et les Montpelliérains s’en sont emparés.

Moi aussi.

Quand il fait beau rien de tel que d’emporter avec soi en terrasse son petit (gros, moyen…) paquet de copies froides qui a attendu la correction et de le réchauffer au soleil. Oui, je dois dire que j’adore corriger au soleil en terrasse, c’est très plaisant. Je suis en général assez efficace et motivé. On est bien, là, elles et moi, au soleil. Moi je sirote une boisson, un café. Elles, elles sont là, au soleil, toutes contentes d’être corrigées et de sortir un peu…

C’est d’autant plus étrange ce temps qu’il me faut que je suis en général assez impatient de voir si ma séquence a marché, si les élèves ont réussi ou pas.

Mais bon, c’est ainsi, on ne se refait pas.

Je vous laisse pour l’heure, il est temps que j’aille…en terrasse…

J’adore…attendre. Ou pas.


D’emblée, je vais te tutoyer. On se connait trop bien toi et moi. Se vouvoyer serait ridicule.

Car, toi et moi, on se voit souvent.

Trop souvent, si tu veux mon avis.

Tu sembles perpétuellement revenir.

Il faudrait que je gère les choses autrement.

Disons-le, cela ne peut plus durer.

Tu es là, tout le temps présent avec moi, dans la classe, dans la salle des profs, dans mon bureau, à la maison.

Tu m’observes, je t’observe.

Je fais tout pour t’ignorer, cela dure depuis une semaine (Ah? Plus? Tu es sûr?), et pourtant je ne peux y arriver. J’attends trop. J’ai trop attendu.

Constamment présent, je ne peux oublier que j’aurais dû m’occuper de toi depuis longtemps. Impossible de se détendre avec toi dans les parages. Tu es là pendant le repas, la nuit quand je ne dors pas, pendant le film, au petit déjeuner…

Pourtant, je sais que quand je me serai occupé de toi, je serai content. Il y aura de bonnes surprises, et puis, c’est quand même à cause de moi si tu es là… Et puis, ça ne me prendra pas si longtemps que ça.

Mais il y a toujours autre chose à faire. Ou trop fatigué.

Les élèves attendent aussi.

Mais qu’est-ce que j’attends, moi?

Une fois que ça sera fait, je pourrai être tranquille. Libéré de toi et des tourments que tu me causes.

Parce que quand même, y’a rien de pire qu’un paquet de copies froides…