J’adore… le petit carnet.


Dans un internat, mais c’est vrai au final pour toute école, collège et lycée, un des défis est de réussir à créer du lien avec les parents. Ils mettent leurs enfants en internat, mais cela ne veut pas dire qu’ils ne veulent plus s’en occuper ou ne rien savoir de ce qui se passe, au contraire. Il y a une forte demande de nombreux parents de savoir ce qui est fait. Et c’est bien normal.

A la mi-juin, j’ai accompagné ma collègue professeur des écoles (au passage, je recommande à tous les professeurs du secondaire de travailler avec leurs collègues du primaire, j’ai énormément appris, mais j’en reparlerais une autre fois) pour son voyage à Paris, voyage qui venait clôturer le projet de la classe autour de Paris. J’ai proposé d’ouvrir un blog du voyage et de donner le lien aux parents, pour qu’ils puissent suivre ce qui se passe et se sentir impliqués. Tous n’ont peur-être pas d’ordinateur ou internet, mais c’est un début.

Equipé de mon iPhone et de l’iPad, j’ai progressivement mis des photos en ligne et fait écrire les élèves. Comment? J’ai acheté un carnet (moi, j’adore la rentrée et acheter des fournitures, donc ça a été un grand plaisir). J’ai opté pour quelque chose de joli, agréable et avec une couverture dure. Le Moleskine, pour ça, c’est parfait. Petit, compact, et solide.

Au départ, je me suis dit que sans doute ça ne marcherait pas, ils n’auraient pas envie de. Concurrencé dans le train par les MP3 et les consoles de jeu, mon pauvre prof, tu ne feras pas le poids avec ton petit carnet, véritable antiquité… En fait, si. (na!)

J’ai proposé des thèmes. « Pour moi, Paris, c’est… », « A paris, je suis très impatient de … » (donner 3 idées). « 3 ou 4 choses que j’ai apprises depuis… ». Guidés de la sorte, les élèves ont beaucoup aimé écrire et durant le séjour, sont venus à plusieurs reprises me demander le carnet et le stylo. Je garde de ce voyage cet objet superbe, plein d’écrits et d’écritures d’enfants. Un vrai trésor.

Rien de plus pratique et attractif qu’un bon vieux carnet au final.

Alors, me direz-vous, pourquoi ne pas les faire directement écrire sur l’iPad ? Déjà, moi j’aime le contact du papier, le stylo, et je n’avais pas envie de faire du moderne pour faire du moderne. Ensuite, parce qu’ils ne le manipulent pas si vite que ça, ne sont pas toujours à l’aise pour écrire dessus, et surtout parce que je voulais faire passer l’idée que là on écrivait pour être lu, qu’il fallait donc prendre le temps de réfléchir, de se relire, d’éviter de faire trop d’erreurs, pouvoir barrer, reprendre. Ensuite, une fois que je validais le texte, si on avait du temps, ils pouvaient taper sur l’iPad.

Il se trouve qu’en voyage, du temps, on en a peu. J’ai donc, le soir, récolté les écrits, et les ai transféré sur le blog via le téléphone ou l’iPad moi-même la plupart du temps. C’est d’ailleurs, pour ça, assez génial ces machins là, on peut très rapidement et simplement mettre à jour le blog de n’importe où (à Paris, il y a du wi-fi presque partout).

Bon, les CM2 étaient à bord. Et les parents ?

Pas mal de commentaires laissés par eux, des encouragements, des questions, des réactions, et beaucoup de visites sur le site (environ 800 en une semaine). Les élèves ont été fiers de voir qu’on les lisait, et j’ai l’impression d’avoir impliqué un peu les parents dans le voyage. Les professeurs de l’établissement ont aussi laissé des commentaires, à la grande fierté de nos élèves.

Il n’y a certes là rien de novateur, je n’ai rien inventé, les blogs existent depuis longtemps. Mais j’ai trouvé un outil, un moyen pour faire prendre du recul aux élèves sur leur voyage, tout en connectant les parents un peu plus à l’école. On peut faire pratiquer tout un éventail de types d’écrits: commentaire courts sur une image, bilan, compte-rendu d’une journée, écrits guidés (voir plus haut), et je pense qu’il y a plein d’autres choses auxquelles je n’ai pas pensées.

Pour le prochain voyage, nous pensons donner à chaque élève un carnet d’écrits pour le blog, que nous ramasserons le soir pour mettre en ligne les textes les plus pertinents. Certaines fois, ils voulaient écrire, mais le carnet était déjà pris. Frustrant. A essayer en tout cas car l’envie et le goût d’écrire étaient là.

Une expérience à poursuivre donc. Avec un peu plus d’anglais la prochaine fois. Rendez-vous au prochain voyage ou à la prochaine sortie…;-)

J’adore … l’écrit lu.


L’activité d’expression écrite est l’activité que je gère le plus mal. En gros, les élèves écrivent juste pour me faire plaisir et ils m’écrivent à moi, juste pour que je les évalue. Bon, là je suis un peu sévère, mais ma préoccupation pour les activités d’expression consiste à contourner ça, et à ce que l’écrit soit lu, écrire pour quelque chose, ou plutôt pour quelqu’un.
Voici un petit compte-rendu de quelque chose que j’ai récemment testé. Il y a une quinzaine de jours, j’ai emmené un groupe d’élèves pour une sortie en ville. Nous avons pris des photos, photos mises sur l’iPad que m’a acheté l’établissement pour que j’expérimente avec, en particulier autour de Twitter (oui, je sais, j’ai de la chance). C’est à peu près le moment où son fabriquant a sorti une version tablette de son logiciel de retouche de photo. Là dessus, quelque chose m’a beaucoup intéressé. Une fonction permettant de faire un journal que l’on peut ensuite partager. En gros, on arrange les photos comme on veut, et à l’intérieur on glisse ce que l’on veut : carte, bulletin météo et espace pour écrire des notes.
Voilà ce qui moi m’intéresse puisque en 6e / 5e on me demande de travailler autour d’un niveau nommé A2 qui pour l’écrit est le suivant : «être capable d’écrire des énoncés simples et brefs». On précise même dans nos programmes «messages électroniques» et que «la langue est un instrument qui intervient dans la réalisation de tâches sociales»
et que «cette approche est qualifiée   » d’actionnelle  » dans la mesure ou la langue vivante est reliée à l’action».
J’ai donc pensé qu’il y avait là aussi un bon moyen pour relier ce que nous faisions au sein de l’établissement aux parents afin qu’ils se sentent inclus dans ce qui se passe dans l’école. Cela me semble important puisque nos élèves sont internes et ne rentrent pas tous les soirs pour raconter la journée, même s’ils le font par téléphone.
Donc, jeudi et vendredi dernier, j’ai préparé l’album et ai demandé aux élèves en question de préparer les légendes des images. Il fallait les préparer au brouillon, vérifier avec moi que cela allait puis ensuite les élèves pouvaient taper leurs messages. Chercher des mots dans le dictionnaire (qui quand même en rebute plus d’un chez mes élèves) n’a pas posé de problème, ni même l’idée de faire un brouillon avant.

Succès immédiat, grande motivation et façon très stimulante de faire de l’écrit et des productions très sympas, simples mais avec du réinvestissement spontané de choses vues avant (des phrases exclamatives par exemple pour parler de la sortie…).
Nous donnerons aux élèves une copie du produit final (qui en gros ressemble à une assez belle page web imprimable) et cela fera un souvenir de la sortie aux élèves, mais aussi un joli document pour les parents. Nous pourrons aussi afficher cela quelque part (panneau d’affichage, dans la classe…), l’envoyer aux écoles avec qui nous travaillons de l’autre côté de l’Atlantique et leur dire qu’il y a des choses à lire.
L’iPad est ici un moyen, pas une fin en soi, ça marcherait très bien aussi avec un compte-rendu sous forme de Powerpoint ou autre, mais puisque que j’ai l’iPad, autant s’en servir…Et il faut reconnaitre que l’objet est assez magique à leurs yeux. Puisque son usage est appelé à se répandre, pourquoi ne pas l’intégrer comme l’une des façons d’écrire en anglais, sans que cela ne rentre en concurrence avec les autres ?
Lors de la prochaine sortie, on emmènera l’iPad et on live-tweetera la sortie par exemple…si les correspondants sont en ligne en même temps, ça sera parfait…On verra. On se rapproche d’un écrit « naturel », spontané (quand vous sortez, vous aussi vous tweetez, non ?), et ça me plaît.
Voilà, je cherche, je tâtonne, cela n’est pas toujours confortable mais jamais je ne m’ennuie.