J’adore… les évaluations ratées.


Dans ce métier, ce que j’aime, c’est construire des séquences.
J’aime trouver un thème, construire des heures de cours autour de ce thème. Parfois, je pars d’un document texte ou de vidéos qui m’ont plu. J’imagine quelle tâche finale les élèves vont devoir accomplir. En langues, les programmes nous invitent à enseigner la langue comme instrument, moyen de communiquer, donc l’évaluation est liée à l’action. Tout ce qui est appris lors de la séquence – phonologie, grammaire, lexique, éléments culturels – sert à réaliser cette tâche finale.
En novembre décembre, j’avais conçu une très belle séquence, les cours se sont très bien passés, les élèves accrochaient au thème, bref, le bonheur du professeur.
Arrive la fin de la séquence, 1h avant le départ en stage des 3e la dernière semaine avant les congés de décembre, l’évaluation ayant lieu à la rentrée de janvier.
On a bien travaillé, la séquence s’est bien déroulée, les élèves ayant joué le jeu ont acquis des connaissances et sont en mesure de réaliser la tâche finale : jouer une scène de jeu télé, un rôle de présentateur qui pose des questions sur l’histoire américaine (oh, comme je suis subtil pour faire travailler les dates et la civilisation américaine) et deux rôles de candidats. Ils doivent pouvoir jouer les 2 rôles. J’aime l’idée du jeu. C’est souvent plus simple pour les élèves paradoxalement car ils n’ont pas vraiment l’impression de se montrer eux, mais de montrer ce personnage qu’ils jouent.
Je décide d’utiliser la dernière heure pour faire travailler les élèves en classe afin qu’ils n’aient pas de travail pendant les congés. Tout se passe bien. La tâche finale leur plaît, ils travaillent, profitent de ma présence, demandent des conseils et l’heure se termine avec un travail bien avancé mais à finir.
Il me tarde de les retrouver après les congés pour cette heure d’évaluation orale.
A la reprise, je décide d’utiliser la 1ère heure pour les faire s’entraîner à l’oral, la 2e heure est prise par un intervenant extérieur et je les retrouve en fin de semaine. Ah, ça va être chouette, il me tarde de les voir jouer.
Ils arrivent, sont à fond dans le ‘jeu’, ils sont acteurs mais l’anglais est une catastrophe, les connaissances culturelles aussi, SOS accent anglais avec des ‘r’ à la française et des ‘ed’ à la fin des verbes prononcés ‘èdeu’, « he worrrkèdeu… » Il faut savoir que ça , c’est LE truc qu’il ne faut pas faire à un prof d’anglais. C’est mal, c’est tout. 🙂
Bon, je râle, je me fâche, je les dispute, je montre ma surprise et ma déception devant ce travail bâclé et je rentre chez moi passé ce premier stade de colère, dépité, abattu, déprimé. Tout ce travail pour un si piètre résultat. Pisskeu c’est ça, je me casserai moins la tête à l’avenir et j’en ferai moins. Na. Je boude.
Et puis, bien sûr cela me casse mon week-end, j’y pense et repense. Je me rends compte que ce devoir était mal paramétré de toute façon, les consignes trop larges, et pas assez précises pour mes élèves qui maîtrisent mal le code scolaire, et que j’avais bien trop tablé sur une anticipation implicite de mes attentes (accent en particulier).
Et dimanche matin. 8h. Je relis ce sujet. Franchement, pas content le prof. Je refuse de laisser ça comme ça. Cette séquence, elle était chouette, je refuse qu’ils restent sur un sentiment d’échec.
Et me voilà reparti à écrire ce sujet à nouveau. Je reprends les étapes de la scène à jouer, je définis clairement ce que ce dialogue doit être, ce que je veux y voir.
Et me revoilà en classe. J’arrive, zen, calme.
– « Bon, c’était pas brillant vendredi. Il me semble que cela a manqué de préparation, cela me déçoit, mais il me semble aussi que vous aviez besoin de plus de guidage. On reprend ça, je vous montre. J’explique.
Bon, maintenant vous repassez tous, vous choisissez votre rôle, et on évalue à nouveau vendredi. D’ici là, on a 2h. Au travail. »
Grand soulagement de leur part. Envie de mieux faire.
Souvent, avant, j’estimais normal que cette phase de travail se fasse hors des cours. Désormais, je pense que mon rôle, c’est aussi de leur apprendre ça. J’étais ‘bon’ élève, je devinais les codes scolaires, ce qu’on attendait de moi en tant qu’élève. Tant mieux pour moi, mais mes élèves ne sont pas moi, et ont besoin d’autre chose. Donc, je prends du temps pour accompagner ce travail-là.
Arrive le jour où doit avoir lieu l’évaluation.
Tous jouent le jeu, même à mon grand plaisir les élèves en très grande difficulté. Alors, bon, tout n’était pas parfait, mais globalement tout le monde a réussi le minimum. Et puis, mine de rien, pas mal de connaissances sur l’histoire américaine
Et surtout, tout le monde, malgré le stress, était heureux d’avoir été évalué.
Des élèves heureux d’être évalués.
Ca ne devrait pas toujours être comme ça ?
Et si j’y travaillais ?

J’adore… tout remettre à plat (2).


Tout remettre à plat.

Bon.

Maintenant que j’étais convaincu de l’importance de le faire, j’avais l’air bien malin.

Je n’ai jamais été un grand révolutionnaire.

J’ai appris des modèles de ce que devait être le cours parfait lorsque j’étais professeur stagiaire avec mon tuteur et en cours, comment on devait le construire et pourquoi en étant plus ou moins d’accord mais avec la modestie de celui qui débutait et devait apprendre, essayer et voir ensuite.

J’ai donc essayé, amélioré, puis modifié, mais tout en restant globalement dans ce moule initial. Je ne critique pas du tout ma formation initiale, elle a été de qualité ( si, si… ). Entendez-moi, ce que j’y ai appris m’a permis d’être un professeur qui fonctionne sérieusement devant ses élèves. Mais celle-ci ne m’a jamais amené à innover, me lancer, changer, oser, remettre à plat. Ce n’est d’ailleurs, je pense, pas le rôle de la formation initiale. Mais, à aucun moment, vraiment, on ne m’a poussé à oser changer ou faire autrement. Le consensus règne. En tout cas, c’est que ce que je ressens en tant qu’enseignant depuis maintenant des années…Ou si on veut changer, c’est très compliqué.

Arrivé il y a 3 ans dans mon nouvel établissement, fortement encouragé par la direction (et c’est important…) j’ai commencé à modifier mes pratiques en fonction des besoins de mes élèves.

Partons des élèves. J’ai des élèves globalement bien intentionnés envers l’école, malgré tout pour la plupart en (grande) difficulté scolaire et qui se méfient d’elle car ce que leur est renvoyé dans leur ressenti est, selon eux, ce qu’il ne savent pas faire. Un des tous premiers contacts avec mes nouveaux élèves m’a beaucoup apporté et appris à les écouter. Ca a l’air évident comme ça, mais en fait, je ne le faisais pas vraiment. Ecouter.

Quand je me suis présenté à eux, j’ai dit quelle matière j’enseignais, l’anglais, donc. Et là, retour d’une élève mais aussi de la classe en forme de protection.

« Oh la, en anglais, moi M’sieur chu nulle ! »

J’ai reçu cette phrase avec beaucoup de surprise et de douleur. Pourquoi se besoin de se protéger de l’anglais? Comment cette élève, plutôt sérieuse, peut-elle avoir cette image d’elle-même ? N’avons-nous pas raté quelque chose ?

« Vraiment ? Et bien tu vois, ça m’étonne, tu as 15 ans, tu fais de l’anglais depuis plusieurs années, forcément, il y a des choses que tu dois savoir faire. Que tu aies du mal, je veux bien le croire, mais que tu sois ‘nulle’, j’en doute. Il y a bien des choses que tu dois savoir faire en anglais, non ? »

« Ben chai pas, on ne m’a jamais vraiment posé la question. »

J’ai senti que des 2 côtés, il nous fallait réfléchir.

J’ai donc commencé par le chantier de l’évaluation, car c’était un chantier commun à tous les professeurs. J’ai alors commencé à mettre en place, puisque c’était le projet de mon établissement, l’évaluation sans note par compétence de mes élèves.

Ne pas mettre de notes sur les évaluations, ne veut pas dire ne pas évaluer. Bien au contraire. J’évalue beaucoup. Nous nous sommes tous (les professeurs) mis d’accord sur des codes couleurs avec en gros 4 possibilités : maîtrisé, partiellement maîtrisé, insuffisamment maîtrisé, non maîtrisé. Et surtout, puisqu’on parle par compétence, la possibilité organisée via les aides aux devoirs de pouvoir retravailler un point raté et de repasser l’évaluation, la première évaluation ratée disparaît alors, remplacée par la réussie. Cela varie un peu suivant les matières, mais l’idée est globalement celle là.

Ca n’a l’air de rien, mais ça change tout dans le rapport des élèves à l’évaluation. Et donc à moi.

Pour tout vous dire, au départ, je résistais à l’idée. Je ne voyais pas bien l’intérêt. Je mets un chiffre, certes, mais mes évaluations sont claires, et ils savent sur quoi ils sont évalués, m’étais-je alors dit. 3 ans plus tard, je me rends compte à quel point ce n’était pas exact, même si j’étais sincère dans la perception de mon travail, et je ne reviendrais pour rien au monde à ce que je faisais avant.

Suivant le temps, j’ai aussi commencé à corriger en vert et rouge, ce qui est bien, positif, maîtrisé, utilisé de façon pertinente d’une couleur, et ce qui pose souci, devrait être retravaillé de l’autre. J’essaie de m’y tenir. (je n’y arrive pas tout le temps…)

Si je fais le point sur ce changement-là, je mets beaucoup plus en avant ce qui est su et compris, j’indique ce qui n’est pas réussi mais avec l’idée que c’est à retravailler. L’évaluation ne place plus l’élève dans la position de devoir avoir compris au moment où moi je fais l’évaluation. On peut ne pas réussir et refaire, reprendre. Chaque élève peut avancer à son rythme, moins vite, mais aussi plus vite. Les élèves stressent beaucoup moins face à ce moment de leur scolarité, ils vivent l’évaluation non plus comme un jugement, mais comme un bilan de ce qu’ils savent faire, ou pas.

Ensuite, ma construction des évaluations est, désormais, une fois le référentiel des compétences à maîtriser co-construit avec mes collègues, bien plus simple. Je pioche les items dont j’ai besoin via le logiciel de gestion de ces items que nous avons adopté, je remplis au fur et à mesure des évaluations et j’en fais un suivi très simple. Les élèves peuvent aussi à tout moment le consulter et savoir où ils en sont. Au final, sur le bulletin, nous mettons une note (puisque l’institution nous le demande), mais elle correspond à un pourcentage de maîtrise des compétences évaluées. Les parents voient aussi ce qui est travaillé en classe, puis évalué. Car non, ce n’est pas évident pour un parent de comprendre ce sur quoi son enfant travaille, là, c’est au moins un peu plus évident, à défaut d’être parfait.

En gros, je trouve que mes élèves savent mieux ce que j’attends d’eux et ce sur quoi ils sont évalués.

Je vous rassure, ça ne s’est pas fait simplement et facilement, j’ai beaucoup pataugé, cherché, hésité, douté en sortant de ce que je connaissais pour aller vers autre chose. Cela a été par moment très désagréable de ne plus être dans le confort du connu. Mais, comme toute l’équipe s’y mettait, je n’étais pas seul. Des collègues qui pratiquaient déjà m’ont aussi pas mal aiguillé. Et 3 ans après, je trouve que cela en valait largement la peine.

Donc, premier changement, très positif.

Mais, alors, pourquoi malgré ce changement de regard sur l’évaluation, ai-je encore autant d’élèves qui ne travaillent pas et n’apprennent pas ? Qu’est-ce que je n’ai pas vu ?

Retour à l’assimilation…

Je vous en parle dans le prochain billet.

J’adore…le réchauffement du paquet de copies froides au soleil.


Je dois dire que je ne suis pas un rapide correcteur de copies. J’ai de grosses difficultés à rendre rapidement les copies. Je sais, ce n’est pas bien, mais il me faut beaucoup de temps.

Alors, elles restent là, elles attendent, refroidissent et passent après d’autres choses tout aussi importantes, réunions, préparation de cours ou juste du repos. Je fais les choses, je reporte les copies à plus tard, et elles attendent.

Elles sont là, gentilles, patientes, sage, stoïques (ah, le stoïcisme de la copie…) posées sur le bureau, rangées dans un sac, dans une chemise, rarement dans mon casier. Ne croyez pas que je les néglige, hein. Je m’en occupe, je les trie par ordre d’importance, tel paquet doit être corrigé avant tel jour, tout ça. Je fais même un planning de correction. Toi, lundi pendant le trou de l’emploi du temps, toi mardi matin, toi après le kiné…Bon, ok, j’ai du mal à m’y tenir…

Bref, souvent, je me retrouve alors avec un paquet de copies froides, corrigé quelques jours, une semaine après le jour de l’évaluation, voire plus (là ce n’est vraiment pas bien). Les copies froides, celles qui attendent depuis un petit bout de temps, ce n’est pas bien. Elles ne quittent pas votre esprit, il faut faire quelque chose.

Heureusement, j’habite dans le sud, et j’ai des solutions pour ces copies froides. La semaine dernière par exemple, le soleil est revenu. Le soleil dans le sud, ça change tout, car est à nouveau possible notre sport régional : la terrasse.

Certes, il est possible ici de se mettre en terrasse même quand il fait froid (nous sommes des acharnés de la terrasse, vous dis-je) avec les radiateurs de terrasse, mais bon, ce n’est pas pareil, ça ne compte pas.

La semaine dernière, donc les terrasses de cafés, restos etc. sont revenues à l’attaque et les Montpelliérains s’en sont emparés.

Moi aussi.

Quand il fait beau rien de tel que d’emporter avec soi en terrasse son petit (gros, moyen…) paquet de copies froides qui a attendu la correction et de le réchauffer au soleil. Oui, je dois dire que j’adore corriger au soleil en terrasse, c’est très plaisant. Je suis en général assez efficace et motivé. On est bien, là, elles et moi, au soleil. Moi je sirote une boisson, un café. Elles, elles sont là, au soleil, toutes contentes d’être corrigées et de sortir un peu…

C’est d’autant plus étrange ce temps qu’il me faut que je suis en général assez impatient de voir si ma séquence a marché, si les élèves ont réussi ou pas.

Mais bon, c’est ainsi, on ne se refait pas.

Je vous laisse pour l’heure, il est temps que j’aille…en terrasse…

J’adore…être professeur dans une Twittclasse


Un jour, un inspecteur, je crois, a posé la question de la place de l’écrit dans le cours d’anglais à une réunion.

En fait, selon lui, trop souvent, ils écrivent pourquoi en classe? En gros, dans une grande majorité des cas, pour copier le cours, ou faire des exercices, ou des interrogations / devoirs disait-il… Pas faux quand même…On s’étonne qu’ils n’aiment pas écrire en anglais après….

Quand écrivent-ils vraiment avec du sens, pour être lu par quelqu’un d’autre que moi? (certes, c’est déjà forcément un bonheur pour eux, mais quand même…)

Donc, oui, j’adore être prof dans une Twittclasse pour cette raison là.

On écrit, et ça sert à quelque chose, on est lu, on a un retour, ou l’écrit sert à apporter des réponses à l’autre / aux autres, de l’autre côté…

Ça a l’air tout bête mais ça change beaucoup de choses. Il y a du sens.

Mon projet avec Twitter a vraiment pris son sens avec la mise en relation avec la classe de @mmeLayman (merci @ticechampagnole pour cette mise en relation) récemment. On a la chance d’avoir un créneau commun malgré le décalage, on se connecte en même temps et zou! Je fixe des objectifs: en savoir le plus possible sur le lycée, l’Etat dans lequel ils habitent,par exemple, ils peuvent préparer avant, me soumettent leurs Tweets que je valide ou pas via un google form (merci Lissa pour le tuyau), et on y va…D’ailleurs, Lissa Layman explique comment elle fait sur son propre blog, allez voir. (http://bit.ly/psmUYv)

Du temps perdu? Je ne pense pas. Ils aiment, ils ont envie. J’entends ‘ah mais oui, ça on l’a vu dans le cours’. Tiens, mon cours sert à quelque chose…

Comment je le note? (question posée par la journaliste de Midi Libre venue nous voir il y a quelques temps). Je prends tout simplement les critères classiques définis par les programmes et le Cadre Européen (je sens que vous avez envie de les lire, mais non, je ne détaillerai pas): ponctuation, grammaire, orthographe etc. Et puis, des fois, je ne note pas aussi. On écrit pour le fun. Si, si, le fun…

Ils ont des dictionnaires. Bah oui. Et alors? Quand vous avez besoin d’écrire, vous ne vous servez pas d’un dictionnaire vous des fois? On nous demande de nous rapprocher de situations de communication authentiques: pour avoir essayé de parler avec mon correspondant allemand quand j’étais ado, je peux vous dire qu’il n’y a pas plus authentique que la présence d’un dico dans ces cas là…

D’ailleurs comme je suis vraiment pédagogue, j’en profite pour leur apprendre dans une vraie situation de besoin à s’en servir (certains de mes élèves ne savaient pas que dans un dictionnaire il y avait deux parties, français vers anglais, et l’inverse…)

Du temps perdu? Non. J’ai un corpus de phrases écrites en une heure très satisfaisant, ils ont travaillé dur; j’ai des élèves heureux d’avoir fait cours. (c’est bien des élèves heureux, non?)

Alors ok, en classe entière, c’est difficile, ça fait du bruit. Encore une fois, du bruit qui est le reflet d’un travail, pas d’un prof qui ne contrôle pas sa classe.

J’ai la chance d’avoir un assistant de langue, je peux fractionner la classe, tant mieux. Parfois, je ne peux pas, je fais avec… Je sors en ayant mal au crâne. Ou je m’arrange pour donner un travail à faire au CDI à une partie de la classe, il y a toujours un moyen, non? (je suis irrémédiablement optimiste…)

La première question de mes anciens élèves à la rentrée a été: ‘Monsieur, on va tweeter encore cette année?’

Y’a pas que moi qui adore être dans une twittclasse… Bon signe.

J’adore…expérimenter


Ben oui, ça a l’air tout simple de dire ça, mais expérimenter, ce n’est pas évident quand on est prof.

Il faut accepter d’être déstabilisé, de sortir de sa zone de confort, tout en projetant assez de confiance en ce que l’on fait pour que les élèves suivent…Ne pas avoir peur du jugement etc etc.

De retour de l’Unesco,  en plein mois de juin avec une demi classe partie en voyage linguistique et les autres restant en classe et n’ayant pas envie de travailler, je me suis dit que le moment était parfait pour expérimenter. Pas trop de pression de temps non plus, avec les notes, le programme etc. Twitter me semblait parfait pour ouvrir la classe sur l’extérieur, que les parents des élèves que j’ai en classe (un internat) puissent lire ce que font les élèves (ils ne rentrent pas le soir pour tout raconter), et pourquoi pas nouer des liens avec d’autres établissements en France , à l’étranger?

J’ai donc ouvert le compte de la classe @idem_in_english, rédigé une charte autant pour me rassurer moi que pour mettre des protections pour les élèves, et zou. De même pour commencer, j’ai ouvert un compte protégé, en filtrant les abonnés, le temps de tester. Cela a changé en 2e année, une fois que j’ai mieux maîtrisé l’outil. Mais, j’y reviendrai.

J’ai fait des ateliers d’écriture avec la douzaine élèves qui n’étaient pas en voyage, après avoir expliqué et fait signer la charte.

Plus de prof faisant ‘cours’ (j’entends par là, l’habituel schéma du cours de langue), mais une tâche – raconter vos dernières sorties ou ce qui se passe en ce moment en classe – et des élèves penchés sur leurs dictionnaires et cahiers pour chercher. Du bruit, de l’agitation, ce qu’un prof ne veut jamais montrer de sa classe, mais finalement du bruit pour quoi? Pour du bazar en classe? Non, pour du travail, de la vie, des échanges, des questions…

Car d’emblée, ça leur a semblé intéressant comme tâche.

Le présent Be + Ing qui jusqu’à présent ne servait qu’à faire plaisir au prof en faisant des phrases, devenait vraiment utile à quelque chose. Le preterit simple? L’outil pour parler du passé et des sorties faites hier, avant-hier, mercredi dernier (et hop, compris le marqueur temporel)!

Utile pour eux, ça l’était aussi pour moi.

En les regardant écrire, je comprenais mieux leurs erreurs (on ne pouvait tweeter qu’un message compréhensible, donc avec un minimum d’erreur). J’ai découvert le principe de ‘autant de mot qu’en français’ chez certains. On part de la phrase française, et on la traduit mot à mot. Pourtant on avait travaillé sur le preterit et comment ça marchait. Mais visiblement, pas assez dans un contexte de réel besoin d’écrire. Au début, certains ne voulaient pas montrer leur tweets, peur de montrer ses erreurs.

Ah bon, Monsieur, on peut se tromper? C’est pas grave?

Donc, on a retravaillé. Le français n’est pas l’unique modèle de fonctionnement, les autres langues ne marchent pas pareil. Parfois si, parfois non.

Ah bon, Monsieur?

Se tromper, ça fait partie de l’écriture, on cherche, on raye, on recommence.

Ah bon, Monsieur?

Les élèves (bon, d’accord, pas tous…) on demandé à venir en plus pour travailler l’écrit. Bref, je tenais là un outil stimulant qui en plus rentrait bien dans mon cadre. En 6e / 5e, il faut ‘être capable d’écrire des messages simples et brefs’, Twitter, 140 caractères, c’est parfait, non?

La semaine suivante les autres ont voulu suivre aussi, on a donc continué sur d’autres projets d’écriture. Des devinettes envoyées à l’école du Jura découverte à Paris (avec des réponses, les élèves écrivent donc pour être lus…), un projet avec les arts plastiques…Et pendant ce temps là, il y a eu de la réflexion sur l’image, le droit à l’image, quelles informations on donne de soi sur Internet ou pas, qui accepter comme abonné ou pas, pourquoi, la ponctuation, les majuscules, l’orthographe…

Il y a eu aussi une splendide sortie Wakeboard/Twitter avec les 5e qui font du Wakeboard et ensuite tweetent leurs sensations (avec mon aide, hein…). De très beaux tweets.

Donc, j’essaie de plus en plus de sortir de ma « zone de confort ».

Et me voilà à présent dans l’année 2, avec des nouveaux usages.

Mais ceci, sera l’objet du prochain billet… Teaser, teaser…

J’adore… commencer


Même si ça n’est pas évident…

Poussé par mes certains de mes abonnés Twitter qui ont une foi inébranlable dans l’intérêt de ce que je peux avoir à écrire ici, je me lance enfin. J’espère être à la hauteur…

Tout ça, c’est à cause de -grâce à- l’Unesco et de son forum de l’innovation de début juin 2011, auquel je participais avec une collègue et la direction pour représenter mon établissement.

Sans ce forum, jamais au grand jamais, je n’aurais été ouvrir un compte Twitter… Twitter, encore un de ces vilains réseaux sociaux qui pénètrent votre vie privée…

Sauf que… sauf que…

A côté de notre mini-stand, il y avait un autre mini stand innovant tenu par Bertrand et Amandine.

Et là, que ne vois-je pas? Twitter en primaire! Quoi? En primaire? Mais, elle fait quoi avec ces CM et Twitter? Et pourquoi moi je ne fais rien?

Je fonce voir.

Amandine, professeur de la classe, m’explique ce qu’elle fait avec son compte @crotenaycycle3, pourquoi. Le lien avec les parents, le travail sur les TICE et la responsabilisation des élèves, le côté instantané mais réfléchi, l’ouverture de classe au monde (tout en filtrant), sa superbe charte d’utilisation (un garde fou d’une grande simplicité et pertinence), le travail sur l’orthographe…

Et voilà, ça y est, Twitter m’a attrapé.

Je ne me sens pas trop innovant pour le coup.

D’emblée, j’ouvre mon compte personnel (merveille de la technologie moderne, directement avec mon téléphone…) et directement je suis ‘suivi’ par quelques personnes qui peuvent trouver un intérêt à ma présence sur la blogosphère.

Et ces personnes se révèlent drôles, intéressantes, stimulantes et m’apportent de quoi nourrir ma pédagogie…

Accro à Twitter, vous dis-je!

Dès mon retour, j’ouvre un compte classe.

Mais, ce récit là sera pour mon prochain billet… (teasing de la mort, vous revenez, hein, hein, sur mon blog…)