J’adore…la confiance.


La confiance.

Jusqu’à récemment je n’avais jamais vraiment réfléchi à l’importance de la confiance en classe. Elle était là, acquise, point. Evidente. J’ai, il y a peu, pris conscience de son importance pour le fonctionnement de la classe. Pris conscience de la confiance des élèves en moi, en nous en tant que classe mais aussi de la beauté de cette confiance.

J’ai souvent ici parlé de l’importance de la bienveillance, je continue dans cette voie ; ma surprise a été de voir à quel point mes poussins, même mes nouveaux de cette année, m’accordaient leur confiance et me rendaient cette bienveillance en me suivant dans les choix pédagogiques menés.

Une des séquences de ce début d’année avait comme tâche finale de venir parler de plusieurs objets importants pour mes élèves. Comme d’habitude, rien d’imposé, possibilité de s’inventer un personnage pour ne pas avoir à aborder quelque chose qui mettrait mal à l’aise ou qui serait trop personnel. Possibilité de montrer une photo de l’objet, numérique ou pas, ou même d’en trouver une équivalente ou ressemblante.

Bien sûr, avant de prendre la semaine de préparation, nous avons co-défini les critères d’évaluation, les avons explicité, fait le lien avec ce qui avait été travaillé en classe, répondu ensemble aux questions qui se posaient. Nous avons commencé à rédiger ensemble en classe, chacun avançant à son rythme, libre de demander de l’aide, à moi, aux autres…Enfin, pendant la semaine de préparation, les élèves pouvaient me montrer leur brouillon soit directement à la fin d’un cours, soit via l’ENT.

Puis est arrivé le cours où les élèves prenaient la parole. Nous avons instauré des règles d’écoute, encore une fois ensemble : ne pas se moquer, respecter la prise de parole de l’élève qui passe etc…Enfin, chacun était invité à intervenir après la prise de parole, mais avec bienveillance, en commençant d’abord par les qualités du travail présenté, puis pour donner, si besoin, des pistes de travail.

J’ai été ému et fier de la maturité de mes élèves, pourtant souvent décrits comme en difficulté sur le plan scolaire. Cette évaluation, pleine de confiance et de bienveillance, a été un réel bonheur à vivre.

Tel élève a félicité telle élève d’être passée : « je sais que tu es timide et tu as pris sur toi, bravo. Franchement, tu devrais te faire confiance plus car c’est bien quand tu parles en anglais alors que tu te dis nulle ». (Moi aussi, ça m’énerve ce travers des élèves français…)

Ou encore : « Tu as vraiment bien fait attention à ton accent et à prononcer les -ed et à bien conjuguer au bon temps ». Des élèves prenant en charge leur scolarité, étant capables de réfléchir au travail mené, avançant vers l’autonomie (pas trop vite, les poussins, j’ai toute une année avec vous !). Capables aussi de voir ce qui manque, ce qui reste à travailler, en anglais, voyant parfois des aspects qui m’avaient échappé.

Aussi entendu : « Moi je suis déçue. Ton texte était super, c’est dommage que tu n’aies pas montré tes objets, j’aurais adoré les voir ». Cet élève a du coup demandé à repasser une autre fois avec les objets. Certain/e/s ont demandé à repasser en tenant compte des conseils. Au final, beaucoup de bonnes notes, un moment plaisant. Du bien-être scolaire. Une impatience de commencer la prochaine séquence chez eux, chez moi.

Et puis, en plus de toute cette confiance – car il en faut pour se livrer à cet exercice, confiance en l’adulte, en ses camarades – l’ultime marque de confiance : des récits très beaux, certains livrant des histoires personnelles touchantes que je ne pourrai pas vous livrer car il est établi que cela reste dans la classe, c’est à nous. Je confesse avoir écrasé quelques petites larmes (le professeur reste au final un être humain, et je n’ai pas peur de leur montrer, eux on plus). Larmes devant la beauté de certaines histoires, mais aussi devant la belle confiance qu’ils m’accordent, qu’ils nous accordent. A chaque fois, nous avons applaudi les élèves pour leur partage, mais aussi les avons remerciés. L’envie était là, allons-y.

Bref, j’adore mes élèves en difficulté.

J’adore la confiance.

Et plus que jamais, j’adore mon job.

J’adore…la dernière heure de cours avant les vacances.


Un vendredi.
La dernière heure de cours avant de partir en vacances.
Je descends dans la cour chercher mes “grands » (comprendre mes 3e).
Je les aime bien mes grands.
Je les connais pour la plupart tous très bien, l’établissement ayant ouvert progressivement, je les ai quasiment tous eus en classe soit depuis la 6e, soit depuis la 5e. Certains ont beaucoup progressé. D’autres moins. Tous essaient.
Je les trouve dans la cour, qui m’attendent, pas trop motivés, mais ils sont de bonne composition et le cachent.
Cette année, il y a eu 8 semaines entre les 2 périodes de repos, les élèves sont très fatigués.
Moi aussi.
Je décide de plus en plus de ne pas jouer au bon-prof-qui-finit-bien-sa-séquence-coûte-que-coûte-avant-de-partir-en-vacances-même-la-dernière-heure, et je finis désormais la plupart du temps sur une note plus light, même si très liée à l’anglais.
Les élèves se rangent (je suis psycho rigide) et on commence à papoter.
– « Monsieur, on va faire quoi ? »
– « Vous verrez, ne vous en faites pas… »
A ce moment là, les autres 3e de l’établissement croisent les miens qui commencent plus tard l’après midi, et finissent plus tard. Je résume, on va en cours, les autres sortent et partent en vacances. Je me dis que ça ne va pas être simple.
– « Vous avez vu Monsieur, on n’a que vous cet après-midi. »
– « Moi aussi, je suis plutôt content de finir avec vous… »
On avance vers la salle, certains bavardent avec moi. On s’installe dans la salle multimédia, équipée d’ordinateurs.
Je commence en disant que de toute façon on n’aura pas fini la séquence avant les congés, que je préfère reprendre ça tranquillement après, pour boucler les choses de façon correcte, et que, en plus, ça évitera que l’évaluation tombe la semaine de la reprise. (« Ouaiiiiis…. »)
– « Mais on va faire quoi alors ? »
– «  Et si on écrivait dans les wikis que vous partagez avec notre classe américaine sur … » Je propose un sujet, chaque élève partage un wiki avec un élève d’une classe américaine.
– « Ah ouais, sympa ! »
Ecrire en anglais, c’est sympa… Des fois, je me dis que je rêve…
Par contre, on travaille et on avance hein ?
Hop, ils sortent leurs affaires.
– « On allume les ordis, M’sieur ? »
– « Vous vous sentez prêts à écrire directement comme ça ? Ou on fait un petit brouillon avant ? »
– « Ouais, p’t-être un brouillon avant quand même… »
Ils écrivent. Ambiance détendue, élèves sérieux.
Au bout d’un moment :
– « Monsieur, on peut ouvrir pour prendre un dictionnaire ? »
L’élève me montre l’armoire dans laquelle il y a des dictionnaires. On a beaucoup travaillé là-dessus, savoir utiliser un dictionnaire, chercher les différents sens des mots tout au long des années, comparé avec l’usage d’un traducteur en ligne, montré les limites et avantages des différentes solutions quand on cherche un mot.
– « Bien sûr, tiens. »
L’élève revient, me rend la clé.
– « Merci, Monsieur. » Sourire.
– « Je t’en prie. » Sourire back.
Je me dis que c’est bien sympa cette classe polie.
Durant l’heure :
– « Monsieur, je peux vous montrer mon travail ? »
– « Bah, bien sûr… »
Je me rends compte que tous travaillent, calme, bonne humeur.
Je félicite sur tel emploi de mot de liaison complexe.
– « Ah c’est chouette que tu aies employé ça, (hop, petits plus en vert) comme je vous ai demandé, essayer progressivement de complexifier son expression, bien aussi l’usage du prétérit simple… »
– « Merci, M’sieur! » Sourire.
– « Merci à toi, c’est bien ce travail. Tu fais attention là et là (je souligne…), des erreurs sur l’orthographe. Et pourquoi tu ne rajouterais pas telle ou telle chose, c’est encore un peu court, non ? Il y a d’autre choses que tu peux dire sur ce sujet, tu ne crois pas ? tiens par exemple, pourquoi ne pas…» Je propose une piste.
– « Ah si, bonne idée… » Sourire.
Le travail continue, ponctué de demandes pour aller prendre les dictionnaires, me montrer le travail fait ou encore d’allumer un ordi. Je vérifie, je dis que ça me semble bon en effet, et hop, 2 élèves commencent à taper.
Arrive la fin de l’heure. Ça sonne. Je demande de finir le travail en ligne pendant les vacances, je dis que je pourrai regarder via l‘ENT pendant les vacances si certains veulent (je ne me fais pas d’illusions…).
Les élèves sortent, beaucoup me disent au revoir et me souhaitent de bonnes vacances. Certains en anglais. D’autres choisissent de rester. Ils aiment bien ce moment un peu privilégié durant lequel ils peuvent parler. Un élève me demande s’il peut encore me montrer le travail même si ça a sonné.
– « Dis donc, c’est vraiment bien ce travail, je suis fier de toi, tu as bien travaillé. Tu sais, ça me fait vraiment plaisir ce travail, je me dis que j’ai réussi à t’apprendre des choses. »
– « Ah mais moi Monsieur, vu que j’ai eu que vous depuis la 6e, tout ce que je sais faire en anglais, c’est vous qui me l’avez appris. »
– «  Moi aussi, Monsieur, vu que je vous ai depuis la 5e… »
Et là, mon cœur de prof se liquéfie totalement. Quel beau compliment !
– « Monsieur ? »
– «  Oui ? » (<= prof trop fort qui retient sa larmette…)
– « Vous prenez des secondes l’an prochain ? »
– «  Ben écoute, comme tu le sais, moi j’adore travailler en collège, mais tu sais quoi ? J’ai bien envie ! »
On continue à papoter. Et puis ils partent. Et moi, je reste là avec ces jolis moments. Quelle belle heure de travail !
Vous savez quoi ?
J’adore mon job.

J’adore… la 4e dimension.


Il y a des jours comme ça, tout se presse dans votre vie privée, vous êtes submergé de soucis, de choses à faire et vous vous dites que rien ne va aller dans le travail. En plus, vous avez mal au crâne, au dos, il fait un temps pourri. Votre cartable est trop lourd.

C’est sans compter sur les jolies surprises du métier.

Donc, ce matin, arrivé à la dernière minute, au téléphone pour régler des détails, pas possible de me pré-installer dans ma salle puisqu’elle est occupée avant que j’y entre… Bref, ça ne va pas le faire.

Or, non. Une très belle journée. Je rentre heu-reux. (si, il y a des profs heureux…).

Mes élèves ne sont pas excellents. Mes classes sont celles de nombreux collègues. Des élèves ayant du mal, des vies compliquées pour certains, doutant de leur rapport à l’école et au savoir. Ils sont des besoins. Besoin d’aide. Besoin de parler pour certains. D’explications. De méthodes. De cadres.

Travailler avec eux, ce n’est pas toujours simple.

Depuis la reprise, j’ai beaucoup insisté sur l’entrée en classe, je demande aux élèves de se ranger deux par deux, d’attendre en silence, d’entrer dans le calme de s’installer dans le calme et de sortir de quoi écrire, le tout très vite. Oui, je suis psycho-rigide, tendance exigeant. Cela est toujours très compliqué à installer.

J’ai expliqué: l’entrée en classe dans le calme, c’est la sortie du bruit, de l’agitation de la cour. On entre en classe et on se place dans une posture d’élève qui va travailler. On fait son métier d’élève. On est dans une attitude qui fait qu’on va être efficace et comprendre.

Ce matin, mes choupis ont été parfaits, mais aussi mes grands. C’est souvent plus compliqué avec les grands qui n’ont plus confiance en l’école et ne veulent plus faire d’efforts.

Or, mes grands cette année, ils sont incroyables.

Un moment de pure 4e dimension…

Ils se sont rangés, ils m’attendent, me sourient (ahhh, j’aime…) et entrent.

« Allez-y, je vous observe vous installer. »

Pas un bruit, pas une parole, des ‘chuuuuuttt’ chuchotés pour entrer en silence, prêts et opérationnels en 45  secondes…Je les ai félicités, montrant mon grand plaisir devant ce groupe d’élèves qui respecte mes demandes. Sourire du prof. Sourires en retour. Un joli moment.

Attendez, ce n’est pas tout. On finit le cours, et je donne à partir du document un travail écrit à me rendre, et quelque chose à lire (j’aime faire lire pour travailler la différence entre graphie et phonie, et ils doivent se lâcher pour jouer et imiter au mieux l’accent). Je récolte souvent des  » pfffff… « ,  » M’sieur, mais c’est trop dur là, on va pas y arriver… ».

Cette année :  » Mais Monsieur, c’est trop bien, ça comme travail, c’est cool…  »

 » Génial!  »

J’ai failli tomber et suis resté interloqué.

Ca fait vraiment longtemps que je n’ai pas eu de classe ayant envie de et montrant de l’enthousiasme.

Certains ont vraiment du mal, mais je sens qu’ils vont se battre.

On travaille l’oral.

Tous me regardent les regarder quand ils parlent anglais. Le contrat, c’est tout le monde participe au moins une fois, même pour répéter quelque chose. Ils jouent le jeu. Les autres poussent les timides à lever le doigt.

Mais quand je vous dis que je suis en plein rêve…

En rendant un paquet d’interrogations, je dis mon plaisir de voir des cours appris, même si beaucoup n’ont pas eu le maximum auquel ils pouvaient prétendre. Je parle d’exigence et de rigueur. De ma frustration de voir qu’ils pouvaient avoir le maximum mais qu’ils ne l’ont pas eu. Je leur dit qu’il faut être rigoureux. Ne rien oublier, être attentif à la ponctuation, l’orthographe, qu’il y avait beaucoup d’étourderies et que c’est dommage de passer à côté du maximum possible alors qu’en passant un peu plus de temps à apprendre, en étant plus concentré pendant l’évaluation, le maximum était à leur portée. J’explique la possibilité de repasser pour améliorer le tout. On parle méthodologie de travail. Comment apprendre. Je donne rendez-vous à ceux qui le souhaitent en aide aux devoirs pour travailler la méthodologie. Certains disent qu’ils viendront.

4e dimension.

C’est l’heure. Je rappelle la règle, ranger les tables, jeter les papiers. Respecter notre espace à nous.

La salle est nickel. Les tables rangées.

En sortant, ils commencent à jouer le petit texte donné en cherchant l’intonation, m’annoncent que dès le prochain cours ils passeront (ils ont 3 semaines pour passer, repasser si besoin pour améliorer ce qui n’a pas été réussi). D’autre commencent à me parler de leurs idées pour le travail écrit. La sortie des élèves se fait, et ils parlent du cours, j’entends le texte en anglais.

4e dimension.

 » Au revoir, Monsieur, bon week-end « .

Si,  » bon week-end  » me disent-ils!

On va passer une belle année…

J’adore… l’esprit de Noël


Pour tout vous dire, moi Noël, je suis assez content quand c’est fini, toute cette folie autour des cadeaux, des repas, des dépenses ne m’intéresse que peu. Alors, ok, je suis content de voir les gens que j’aime, mais bon, pas trop besoin de Noël pour ça (oui, je suis un vieux grincheux). Et en plus, après Noël, il y a le nouvel an…

Mais pourquoi cet article me direz-vous alors?

Pour parler de l’esprit de Noël. Celui qui souffle dans les établissements scolaires lors de la dernière semaine de cours de l’année. Une semaine un peu magique, différente, aérienne, en suspend. Je nomme ça l’esprit de Noël, vous y collerez l’étiquette de votre choix.

En général, la partie assez lourde de l’année est derrière nous. Plus de conseils de classe, de notes, de copies à finir, la réunion parents profs est passée, certains parents sont contents de leurs enfants, de l’école, d’autres pas. Enfin, voilà, ce qui devait être dit de part et d’autre l’a été et on se dit qu’on va repartir, tenir compte des conseils, des informations reçues des 2 côtés de l’école, 2 côtés qui ne font qu’un pourtant: professeurs et élèves / parents.

On se retrouve donc dans une drôle de semaine. Bien souvent pour moi, c’est une semaine durant laquelle je me retrouve un peu coincé. Mes séquences sont en général finies, et trop peu de temps pour commencer vraiment quelque chose de long et de très nouveau.

Souvent aussi, je me sens plus léger tout en étant assez fatigué, pareil en face de moi dans chaque classe. Drôle d’impression de flottement, une semaine plus tranquille, sans réunions…

Je me retrouve donc à gérer cette semaine hors du temps.  Et je l’affiche comme telle. Cours qui sortent de l’ordinaire, mini séquences, chants de Noël, déco, écriture créative, contact avec les établissements étrangers pour Noël etc. On est en général tous contents, on apprend quand même, simplement différement. Dans mon établissement, on a aussi décidé que cette semaine était la semaine durant laquelle les élèves sont encore plus fortement invités que d’habitude à repasser les évaluations ratées pour valider des compétences non acquises, avec comme idée de revenir à la reprise avec le cœur plus léger.

Forcément, on va revenir plus forts avec tout ce qu’on a retenu de nos erreurs, forcément les élèves qui ont du mal ou ne travaillent pas vont s’y mettre, on va sentir que les choses bougent, s’enclenchent, se déclenchent. Forcément.

Alors oui, profitons de la semaine magique, mais quand même, vivement la reprise qu’on l’on puisse voir un peu ce que ça donne tout ça…

En attendant, cette semaine, je l’aime beaucoup. J’adore l’esprit de Noël qui souffle sur cette semaine. Un regard porté sur les élèves un peu décalé, plus ouvert, et je crois pareil dans l’autre sens, un regard qui change les perspectives. On attend la reprise de janvier, plein d’espoir, autant les élèves que moi.

Et si on avait un peu plus de semaines avec l’esprit de Noël au sein de l’école?