J’adore… la rentrée.


J’ai envie de rentrer.

Cette semaine, je suis allé dans mon établissement pour finaliser un projet avec un collègue et la direction, et j’ai croisé un élève qui venait se réinscrire. Avec le sourire. Qui était heureux de me voir. Et moi aussi.

Je me suis dit que j’étais vraiment heureux de lui parler, que je l’avais accompagné tout au long du collège et que j’aimerais bien l’avoir encore en classe cette année.

Que j’étais finalement impatient de les retrouver ces élèves. Oui, je suis impatient de rentrer.

Oui, je sais, je détonne. Je suis pourtant dans un établissement avec des élèves en difficulté et qui ne sont pas toujours simples (cela dit, je crois que ça peut se dire pour une grosse majorité d’établissements…) Il y a des moments difficiles avec eux, certains se fâchent, s’énervent, moi aussi, le ton monte et parfois même les portes claquent…Et puis l’heure d’après c’est oublié, ou on en reparle calmement…

Car voilà, je les aime moi ces gamins aux vies cabossées, aux situations difficiles et francs du collier. Ils m’en font voir de toutes les couleurs, passer par des hauts et des bas mais on vit surtout et aussi de bons moments. J’ai l’impression d’être utile, là, pour eux.

Donc, voilà, cette semaine avant la reprise, je suis impatient. Impatient de les retrouver. Impatient de découvrir de nouvelles têtes aussi.

Impatient de rentrer et d’aller d’un endroit à l’autre dans mon établissement et de croiser les élèves, même ceux que je ne connais pas, qui me saluent d’un ‘bonjour, Monsieur’ et me sourient.

Impatient de retrouver ces élèves avec qui je peux avoir un conflit sur leur posture ‘capuche-sur-la-tête-mains-dans-les-poches-joggin-remonté-jusqu’au-genou-démarche-je-me-balance’ quand je viens les chercher dans la cour pour les accompagner jusqu’à la classe et à qui je dis que je suis surpris de cette posture et qui viennent me voir très gentiment à la fin pour en parler et comprendre et m’assurer qu’ils ne sont pas des ‘kaïra’. Je les rassure et leur dis que jamais je ne dirais qu’ils sont des ‘kaïra’, encore moins je ne le penserais, mais que je trouve qu’ils adoptent une posture, qu’ils projettent quelque chose qui n’est pas ce que je connais d’eux. Impatient de parler de codes, de perception, d’image projetée. Impatient de retrouver ces magnifiques échanges plein de confiance réciproque et d’envie de bien faire.

Impatient de retrouver des élèves qui viennent me demander de l’aide en fin de cours.

Impatient de passer des heures à chercher comment mieux faire.

Impatient de tester mes nouveaux cours.

Impatient de retrouver cette élève qui m’apporte, toute rouge, des biscuits faits par sa maman à l’occasion de je ne sais plus quelle fête et qui voulait les partager avec moi parce que c’est la tradition de partager.

Impatient de retrouver ces élèves qui me disent qu’ils ont enfin compris.

Impatient de retrouver telle élève venue avec son papa voir les résultats du brevet, de dire au papa à quel point son enfant est sérieuse et travaille dur et de l’entendre dire qu’il est fier de sa fille.

Impatient de les entendre dire  » C’est déjà fini ?  » à la fin du cours. (bon, ok, ce n’est pas tous les jours non plus…)

Impatient de les entendre dire  » Au revoir, Monsieur, merci  » à la fin du cours.

Impatient de découvrir ces nouveaux élèves, d’avoir les premiers conflits avec eux et de travailler avec eux à ce qu’ils se sentent mieux à l’école.

Impatient de construire, reconstruire un lien de confiance.

Impatient de les retrouver assis par terre dans les couloirs, dans la cour en train de travailler et d’apprendre leur leçon.

Impatient d’aller les chercher après la récréation et de bavarder avec certains en se dirigeant vers la classe.

Impatient de saluer en souriant les élèves qui rentrent dans la salle et les voir me sourire en retour.

Impatient de les entendre dire ‘mais Monsieur, je comprends pas…’ et de reprendre tout à zéro.

Impatient de les entendre me dire ‘Monsieur, chui trop content d’avoir une bonne note…’ même si on n’en met pas, de notes, dans mon établissement.

Impatient de faire la pré-rentrée.

Impatient…

J’adore…la pré-rentrée 2012.


La pré rentrée 2012, je l’adore déjà parce que…

–       y’aura du café (et des gâteaux ?), forcément…

–       je vais découvrir mon nouvel emploi du temps (quoique ça peut aussi aller dans la catégorie ‘pourquoi je n’adore pas’) et il va être vraiment bien (mais si…), l’alchimie parfaite entre le respect du bio-rythme de l’enfant et de l’enseignant, tout en me permettant de travailler et préparer mes cours, corriger mes copies sans traîner tard le soir ou passer tous mes week-end à ça…Grâce à lui, je vais trouver du temps pour : faire du sport, aller au ciné régulièrement et ma vie personnelle va être totalement épanouie…

–       je vais découvrir de nouveaux collègues, ils vont être carrément punchy avec plein d’idées novatrices…je vais tous les adorer. Et vice-versa.

–       je suis tout plein d’une immense énergie, plus jamais je ne serai épuisé, manquant de dynamisme car mort de fatigue même après le 18e café du jour…

–       je vais avoir une salle fixe (je revendique le droit à ne pas aimer me déplacer) qui va me permettre de me sentir à l’aise, de décorer la salle avec les élèves au fur et à mesure des productions mais aussi d’expérimenter (la place des tables tout ça tout ça)…Les élèves se battront presque pour y avoir cours avec moi…

–       je vais révolutionner la pédagogie moderne avec mes nouvelles idées de cette année (si, si…) 😉

–       je vais monter plein de nouveaux projets méga cool avec mes collègues hyper sympa…

–       mes nouveaux élèves vont m’adorer, mes cours aussi et devenir brillants en anglais ou tout du moins aimer la matière…plus aucun conflit avec certains d’entre eux…

–       je vais trouver très tôt dans l’année une méthode révolutionnaire pour avoir un cartable léger comme l’air qui ne me brise pas le dos.

–       je rentre un vendredi, un jour avant tout le monde, mais la journée va être tellement productive que je serai toujours content de cette pré-rentrée anticipée vendredi soir…d’ailleurs, je ne serai pas du tout fatigué et pourrai aller boire un verre en ville avec mes collègues (ben oui, on ne va pas se quitter comme ça…).

– bien sûr, tous mes cours sont prêts, je suis au point sur tout…Je vais être un prof 2.0 au top en plus…

–       mon corps ne souffrira pas de cette reprise après quelques semaines de vacances : pas de mal de tête, de mal au pied dans mes chaussures de ville, pas trop chaud, pas soif pendant toute la réunion, jamais je ne vais décrocher dans aucune réunion…

Quoi, vous n’y croyez pas ? Quoi, je me fais des idées ? I want to believe!

Allez, trêve de plaisanterie, même si quand même une partie de tout cela est vrai…Je vous laisse chercher. 😉

Et bonne reprise à tous les profs et à leurs élèves!

J’adore…la reprise.


Me revoilà. Après un petit break de repos, je vais essayer d’écrire à nouveau plus régulièrement. Merci de votre patience.

Donc, j’adore rentrer. Reprendre les cours. Refaire mon cartable, préparer mes affaires.

Mais pourquoi?

Rentrer, c’est bien parce que:

– même si je ne tiens pas (toutes) les résolutions que je prends, j’en tiens certaines et j’ai l’impression d’avancer.

– sans reprise, on n’apprécierait pas les vacances…(si, je vous assure).

– je retrouve les collègues / copains / copines autour de la machine à café et on papote, car quand même les collègues, on les aime bien (les miens, ils sont super).

– je retrouve le bon café de la machine à café.

– jeudi, il va y avoir jeudi viennoiserie, et ça va être bon!

– je peux tester les idées géniales que j’ai eu pendant les vacances (je rappelle à tout le monde qu’en gros névrosé, je pense à ce que je vais faire en classe à la reprise pendant les vacances…) et m’apercevoir que cela marche, que je suis soudainement devenu génial et le roi de la pédagogie pendant les congés et que tout ce que je n’arrivais pas à faire désormais: piece of cake! Euh.. si, si. :-/

– je suis dans une phase magique, je suis pleinement reposé, détendu et forcément je vais être meilleur professeur. Ce coup-ci, la phase va durer longtemps. Si. Je le sais. J’y crois.

– je vais prendre le temps de finaliser la déco de la salle dans laquelle je suis le plus souvent avec des posters sympas (les murs jaunes, j’aime pas…).

– et enfin, je vais retrouver mes élèves, avec leurs progrès et les joies qui vont avec, avec les moments où ils n’y arrivent pas et vont donc attendre de moi des clés. On va continuer à progresser, à chercher des moyens de progresser, de se dépasser, de faire mieux, eux, comme moi.

Je suis content, impatient, de les retrouver.

Ben, oui, car au final, on n’est pas bien, là, en classe, à enseigner, même si ce n’est pas tous les jours facile?