J’adore…être professeur dans une Twittclasse


Un jour, un inspecteur, je crois, a posé la question de la place de l’écrit dans le cours d’anglais à une réunion.

En fait, selon lui, trop souvent, ils écrivent pourquoi en classe? En gros, dans une grande majorité des cas, pour copier le cours, ou faire des exercices, ou des interrogations / devoirs disait-il… Pas faux quand même…On s’étonne qu’ils n’aiment pas écrire en anglais après….

Quand écrivent-ils vraiment avec du sens, pour être lu par quelqu’un d’autre que moi? (certes, c’est déjà forcément un bonheur pour eux, mais quand même…)

Donc, oui, j’adore être prof dans une Twittclasse pour cette raison là.

On écrit, et ça sert à quelque chose, on est lu, on a un retour, ou l’écrit sert à apporter des réponses à l’autre / aux autres, de l’autre côté…

Ça a l’air tout bête mais ça change beaucoup de choses. Il y a du sens.

Mon projet avec Twitter a vraiment pris son sens avec la mise en relation avec la classe de @mmeLayman (merci @ticechampagnole pour cette mise en relation) récemment. On a la chance d’avoir un créneau commun malgré le décalage, on se connecte en même temps et zou! Je fixe des objectifs: en savoir le plus possible sur le lycée, l’Etat dans lequel ils habitent,par exemple, ils peuvent préparer avant, me soumettent leurs Tweets que je valide ou pas via un google form (merci Lissa pour le tuyau), et on y va…D’ailleurs, Lissa Layman explique comment elle fait sur son propre blog, allez voir. (http://bit.ly/psmUYv)

Du temps perdu? Je ne pense pas. Ils aiment, ils ont envie. J’entends ‘ah mais oui, ça on l’a vu dans le cours’. Tiens, mon cours sert à quelque chose…

Comment je le note? (question posée par la journaliste de Midi Libre venue nous voir il y a quelques temps). Je prends tout simplement les critères classiques définis par les programmes et le Cadre Européen (je sens que vous avez envie de les lire, mais non, je ne détaillerai pas): ponctuation, grammaire, orthographe etc. Et puis, des fois, je ne note pas aussi. On écrit pour le fun. Si, si, le fun…

Ils ont des dictionnaires. Bah oui. Et alors? Quand vous avez besoin d’écrire, vous ne vous servez pas d’un dictionnaire vous des fois? On nous demande de nous rapprocher de situations de communication authentiques: pour avoir essayé de parler avec mon correspondant allemand quand j’étais ado, je peux vous dire qu’il n’y a pas plus authentique que la présence d’un dico dans ces cas là…

D’ailleurs comme je suis vraiment pédagogue, j’en profite pour leur apprendre dans une vraie situation de besoin à s’en servir (certains de mes élèves ne savaient pas que dans un dictionnaire il y avait deux parties, français vers anglais, et l’inverse…)

Du temps perdu? Non. J’ai un corpus de phrases écrites en une heure très satisfaisant, ils ont travaillé dur; j’ai des élèves heureux d’avoir fait cours. (c’est bien des élèves heureux, non?)

Alors ok, en classe entière, c’est difficile, ça fait du bruit. Encore une fois, du bruit qui est le reflet d’un travail, pas d’un prof qui ne contrôle pas sa classe.

J’ai la chance d’avoir un assistant de langue, je peux fractionner la classe, tant mieux. Parfois, je ne peux pas, je fais avec… Je sors en ayant mal au crâne. Ou je m’arrange pour donner un travail à faire au CDI à une partie de la classe, il y a toujours un moyen, non? (je suis irrémédiablement optimiste…)

La première question de mes anciens élèves à la rentrée a été: ‘Monsieur, on va tweeter encore cette année?’

Y’a pas que moi qui adore être dans une twittclasse… Bon signe.

J’adore…expérimenter


Ben oui, ça a l’air tout simple de dire ça, mais expérimenter, ce n’est pas évident quand on est prof.

Il faut accepter d’être déstabilisé, de sortir de sa zone de confort, tout en projetant assez de confiance en ce que l’on fait pour que les élèves suivent…Ne pas avoir peur du jugement etc etc.

De retour de l’Unesco,  en plein mois de juin avec une demi classe partie en voyage linguistique et les autres restant en classe et n’ayant pas envie de travailler, je me suis dit que le moment était parfait pour expérimenter. Pas trop de pression de temps non plus, avec les notes, le programme etc. Twitter me semblait parfait pour ouvrir la classe sur l’extérieur, que les parents des élèves que j’ai en classe (un internat) puissent lire ce que font les élèves (ils ne rentrent pas le soir pour tout raconter), et pourquoi pas nouer des liens avec d’autres établissements en France , à l’étranger?

J’ai donc ouvert le compte de la classe @idem_in_english, rédigé une charte autant pour me rassurer moi que pour mettre des protections pour les élèves, et zou. De même pour commencer, j’ai ouvert un compte protégé, en filtrant les abonnés, le temps de tester. Cela a changé en 2e année, une fois que j’ai mieux maîtrisé l’outil. Mais, j’y reviendrai.

J’ai fait des ateliers d’écriture avec la douzaine élèves qui n’étaient pas en voyage, après avoir expliqué et fait signer la charte.

Plus de prof faisant ‘cours’ (j’entends par là, l’habituel schéma du cours de langue), mais une tâche – raconter vos dernières sorties ou ce qui se passe en ce moment en classe – et des élèves penchés sur leurs dictionnaires et cahiers pour chercher. Du bruit, de l’agitation, ce qu’un prof ne veut jamais montrer de sa classe, mais finalement du bruit pour quoi? Pour du bazar en classe? Non, pour du travail, de la vie, des échanges, des questions…

Car d’emblée, ça leur a semblé intéressant comme tâche.

Le présent Be + Ing qui jusqu’à présent ne servait qu’à faire plaisir au prof en faisant des phrases, devenait vraiment utile à quelque chose. Le preterit simple? L’outil pour parler du passé et des sorties faites hier, avant-hier, mercredi dernier (et hop, compris le marqueur temporel)!

Utile pour eux, ça l’était aussi pour moi.

En les regardant écrire, je comprenais mieux leurs erreurs (on ne pouvait tweeter qu’un message compréhensible, donc avec un minimum d’erreur). J’ai découvert le principe de ‘autant de mot qu’en français’ chez certains. On part de la phrase française, et on la traduit mot à mot. Pourtant on avait travaillé sur le preterit et comment ça marchait. Mais visiblement, pas assez dans un contexte de réel besoin d’écrire. Au début, certains ne voulaient pas montrer leur tweets, peur de montrer ses erreurs.

Ah bon, Monsieur, on peut se tromper? C’est pas grave?

Donc, on a retravaillé. Le français n’est pas l’unique modèle de fonctionnement, les autres langues ne marchent pas pareil. Parfois si, parfois non.

Ah bon, Monsieur?

Se tromper, ça fait partie de l’écriture, on cherche, on raye, on recommence.

Ah bon, Monsieur?

Les élèves (bon, d’accord, pas tous…) on demandé à venir en plus pour travailler l’écrit. Bref, je tenais là un outil stimulant qui en plus rentrait bien dans mon cadre. En 6e / 5e, il faut ‘être capable d’écrire des messages simples et brefs’, Twitter, 140 caractères, c’est parfait, non?

La semaine suivante les autres ont voulu suivre aussi, on a donc continué sur d’autres projets d’écriture. Des devinettes envoyées à l’école du Jura découverte à Paris (avec des réponses, les élèves écrivent donc pour être lus…), un projet avec les arts plastiques…Et pendant ce temps là, il y a eu de la réflexion sur l’image, le droit à l’image, quelles informations on donne de soi sur Internet ou pas, qui accepter comme abonné ou pas, pourquoi, la ponctuation, les majuscules, l’orthographe…

Il y a eu aussi une splendide sortie Wakeboard/Twitter avec les 5e qui font du Wakeboard et ensuite tweetent leurs sensations (avec mon aide, hein…). De très beaux tweets.

Donc, j’essaie de plus en plus de sortir de ma « zone de confort ».

Et me voilà à présent dans l’année 2, avec des nouveaux usages.

Mais ceci, sera l’objet du prochain billet… Teaser, teaser…

J’adore… commencer


Même si ça n’est pas évident…

Poussé par mes certains de mes abonnés Twitter qui ont une foi inébranlable dans l’intérêt de ce que je peux avoir à écrire ici, je me lance enfin. J’espère être à la hauteur…

Tout ça, c’est à cause de -grâce à- l’Unesco et de son forum de l’innovation de début juin 2011, auquel je participais avec une collègue et la direction pour représenter mon établissement.

Sans ce forum, jamais au grand jamais, je n’aurais été ouvrir un compte Twitter… Twitter, encore un de ces vilains réseaux sociaux qui pénètrent votre vie privée…

Sauf que… sauf que…

A côté de notre mini-stand, il y avait un autre mini stand innovant tenu par Bertrand et Amandine.

Et là, que ne vois-je pas? Twitter en primaire! Quoi? En primaire? Mais, elle fait quoi avec ces CM et Twitter? Et pourquoi moi je ne fais rien?

Je fonce voir.

Amandine, professeur de la classe, m’explique ce qu’elle fait avec son compte @crotenaycycle3, pourquoi. Le lien avec les parents, le travail sur les TICE et la responsabilisation des élèves, le côté instantané mais réfléchi, l’ouverture de classe au monde (tout en filtrant), sa superbe charte d’utilisation (un garde fou d’une grande simplicité et pertinence), le travail sur l’orthographe…

Et voilà, ça y est, Twitter m’a attrapé.

Je ne me sens pas trop innovant pour le coup.

D’emblée, j’ouvre mon compte personnel (merveille de la technologie moderne, directement avec mon téléphone…) et directement je suis ‘suivi’ par quelques personnes qui peuvent trouver un intérêt à ma présence sur la blogosphère.

Et ces personnes se révèlent drôles, intéressantes, stimulantes et m’apportent de quoi nourrir ma pédagogie…

Accro à Twitter, vous dis-je!

Dès mon retour, j’ouvre un compte classe.

Mais, ce récit là sera pour mon prochain billet… (teasing de la mort, vous revenez, hein, hein, sur mon blog…)