J’adore…la dernière heure de cours avant les vacances.


Un vendredi.
La dernière heure de cours avant de partir en vacances.
Je descends dans la cour chercher mes “grands » (comprendre mes 3e).
Je les aime bien mes grands.
Je les connais pour la plupart tous très bien, l’établissement ayant ouvert progressivement, je les ai quasiment tous eus en classe soit depuis la 6e, soit depuis la 5e. Certains ont beaucoup progressé. D’autres moins. Tous essaient.
Je les trouve dans la cour, qui m’attendent, pas trop motivés, mais ils sont de bonne composition et le cachent.
Cette année, il y a eu 8 semaines entre les 2 périodes de repos, les élèves sont très fatigués.
Moi aussi.
Je décide de plus en plus de ne pas jouer au bon-prof-qui-finit-bien-sa-séquence-coûte-que-coûte-avant-de-partir-en-vacances-même-la-dernière-heure, et je finis désormais la plupart du temps sur une note plus light, même si très liée à l’anglais.
Les élèves se rangent (je suis psycho rigide) et on commence à papoter.
– « Monsieur, on va faire quoi ? »
– « Vous verrez, ne vous en faites pas… »
A ce moment là, les autres 3e de l’établissement croisent les miens qui commencent plus tard l’après midi, et finissent plus tard. Je résume, on va en cours, les autres sortent et partent en vacances. Je me dis que ça ne va pas être simple.
– « Vous avez vu Monsieur, on n’a que vous cet après-midi. »
– « Moi aussi, je suis plutôt content de finir avec vous… »
On avance vers la salle, certains bavardent avec moi. On s’installe dans la salle multimédia, équipée d’ordinateurs.
Je commence en disant que de toute façon on n’aura pas fini la séquence avant les congés, que je préfère reprendre ça tranquillement après, pour boucler les choses de façon correcte, et que, en plus, ça évitera que l’évaluation tombe la semaine de la reprise. (« Ouaiiiiis…. »)
– « Mais on va faire quoi alors ? »
– «  Et si on écrivait dans les wikis que vous partagez avec notre classe américaine sur … » Je propose un sujet, chaque élève partage un wiki avec un élève d’une classe américaine.
– « Ah ouais, sympa ! »
Ecrire en anglais, c’est sympa… Des fois, je me dis que je rêve…
Par contre, on travaille et on avance hein ?
Hop, ils sortent leurs affaires.
– « On allume les ordis, M’sieur ? »
– « Vous vous sentez prêts à écrire directement comme ça ? Ou on fait un petit brouillon avant ? »
– « Ouais, p’t-être un brouillon avant quand même… »
Ils écrivent. Ambiance détendue, élèves sérieux.
Au bout d’un moment :
– « Monsieur, on peut ouvrir pour prendre un dictionnaire ? »
L’élève me montre l’armoire dans laquelle il y a des dictionnaires. On a beaucoup travaillé là-dessus, savoir utiliser un dictionnaire, chercher les différents sens des mots tout au long des années, comparé avec l’usage d’un traducteur en ligne, montré les limites et avantages des différentes solutions quand on cherche un mot.
– « Bien sûr, tiens. »
L’élève revient, me rend la clé.
– « Merci, Monsieur. » Sourire.
– « Je t’en prie. » Sourire back.
Je me dis que c’est bien sympa cette classe polie.
Durant l’heure :
– « Monsieur, je peux vous montrer mon travail ? »
– « Bah, bien sûr… »
Je me rends compte que tous travaillent, calme, bonne humeur.
Je félicite sur tel emploi de mot de liaison complexe.
– « Ah c’est chouette que tu aies employé ça, (hop, petits plus en vert) comme je vous ai demandé, essayer progressivement de complexifier son expression, bien aussi l’usage du prétérit simple… »
– « Merci, M’sieur! » Sourire.
– « Merci à toi, c’est bien ce travail. Tu fais attention là et là (je souligne…), des erreurs sur l’orthographe. Et pourquoi tu ne rajouterais pas telle ou telle chose, c’est encore un peu court, non ? Il y a d’autre choses que tu peux dire sur ce sujet, tu ne crois pas ? tiens par exemple, pourquoi ne pas…» Je propose une piste.
– « Ah si, bonne idée… » Sourire.
Le travail continue, ponctué de demandes pour aller prendre les dictionnaires, me montrer le travail fait ou encore d’allumer un ordi. Je vérifie, je dis que ça me semble bon en effet, et hop, 2 élèves commencent à taper.
Arrive la fin de l’heure. Ça sonne. Je demande de finir le travail en ligne pendant les vacances, je dis que je pourrai regarder via l‘ENT pendant les vacances si certains veulent (je ne me fais pas d’illusions…).
Les élèves sortent, beaucoup me disent au revoir et me souhaitent de bonnes vacances. Certains en anglais. D’autres choisissent de rester. Ils aiment bien ce moment un peu privilégié durant lequel ils peuvent parler. Un élève me demande s’il peut encore me montrer le travail même si ça a sonné.
– « Dis donc, c’est vraiment bien ce travail, je suis fier de toi, tu as bien travaillé. Tu sais, ça me fait vraiment plaisir ce travail, je me dis que j’ai réussi à t’apprendre des choses. »
– « Ah mais moi Monsieur, vu que j’ai eu que vous depuis la 6e, tout ce que je sais faire en anglais, c’est vous qui me l’avez appris. »
– «  Moi aussi, Monsieur, vu que je vous ai depuis la 5e… »
Et là, mon cœur de prof se liquéfie totalement. Quel beau compliment !
– « Monsieur ? »
– «  Oui ? » (<= prof trop fort qui retient sa larmette…)
– « Vous prenez des secondes l’an prochain ? »
– «  Ben écoute, comme tu le sais, moi j’adore travailler en collège, mais tu sais quoi ? J’ai bien envie ! »
On continue à papoter. Et puis ils partent. Et moi, je reste là avec ces jolis moments. Quelle belle heure de travail !
Vous savez quoi ?
J’adore mon job.

J’adore…le (plus ou moins) petit noeud à l’estomac.


Il est toujours un peu là, en fait.

Quand je pars en congés, je suis fatigué, vraiment à bout, et en général je sors du tunnel novembre- décembre (voir là), donc même s’il est toujours présent, je n’y pense pas trop. Je me détends, je me repose, je ne pense plus au travail, je regarde des films débiles, bref, je fais autre chose que faire cours ou travailler: je sors de chez moi ou de mon établissement, je vais voir des amis, je vais faire du shopping…

Je ne pense plus à toutes les choses professionnelles que je devais faire lors de ce premier trimestre mais que je n’ai pas eu le temps de faire. Je me dis que me détendre, me reposer, ne plus penser au travail, vivre, sortir, me permettent aussi d’être un bon professeur en me nourrissant intellectuellement…

Et puis, au bout d’environ une semaine, je commence à me dire que bon, hein, quand même…

Il faudrait s’y remettre. Tu te souviens que tu as ça à faire? Et aussi que tu avais dit que tu lirais ça, ferais ceci?

Alors il revient. Hop, discrètement, un petit nœud à l’estomac. Petit nœud qui ne me quitte plus vraiment jusqu’à la rentrée.

Avant, il me gâchait un peu mes vacances. Il faut vous dire que j’essayais de l’ignorer. De faire sans. Et plus je m’efforçais de ne pas le prendre en compte, plus il augmentait, jusqu’à m’empêcher de profiter mes journées de repos. Je culpabilisais, je me disais  » tu as du temps, profites-en, travaille un peu  » (oui, le prof est une espèce bizarre, en tout cas moi…).

Et puis, avec l’âge (et oui, je suis rentré dans la catégories des professeurs un peu expérimenté, pour dire d’un certain âge…), j’ai appris à le gérer.

Comment on fait ? On fait avec. C’est à dire que l’on se fait un petit planning de choses à faire et on s’efforce de les faire. Bon, ne faites pas mon erreur, faites un planning réaliste. Modeste, mais auquel vous vous tiendrez. J’ai fait le planning très ambitieux,  » ah ce coup-ci, je vais super bien bien bosser pendant mes congés et vous allez voir ce que vous allez voir, je vais en faire des prep’ de cours et je vais révolutionner la pédagogie, Philippe Meirieu, accroche-toi  » et puis patatras, rien fait, trop ambitieux, trop fatigué, le nœud à l’estomac toujours présent, et bien plus fort. Rien ne sert de faire un planning méga ambitieux que vous ne tiendrez pas. Ca sera encore pire, donc.

Ce petit nœud, je l’adore aussi. Mais si, il me pousse à travailler, à chercher, à aller plus loin à faire mieux, autrement, à expérimenter, à ne pas m’endormir.

Au moment où je vous parle, je suis dans la phase où je dois commencer à mettre en place le planning: quelques préparations de cours chaque jour, idéalement, un jour par niveau, plus ranger le bureau (un environnement de travail rangé sTimulera forcément ma créativité pédagogique). J’ai presque fini de ranger le bureau. 13 sacs de vieux cours, vieux manuels et autres joyeusetés plus loin, je m’y retrouve un peu plus dans ce bureau. Je suis prêt à m’y mettre. Si, si… enfin…bon…

D’accord, je ne vous cache pas que tout mon être résiste… Que vraiment, je n’ai pas envie.

Vais-je m’y mettre?

La suite en 2013!

Sur ce, bonne année à vous tous, ami(e)s lecteur/trice/s. Et promis, je me remets à écrire plus en 2013!

J’adore…la reprise.


Me revoilà. Après un petit break de repos, je vais essayer d’écrire à nouveau plus régulièrement. Merci de votre patience.

Donc, j’adore rentrer. Reprendre les cours. Refaire mon cartable, préparer mes affaires.

Mais pourquoi?

Rentrer, c’est bien parce que:

– même si je ne tiens pas (toutes) les résolutions que je prends, j’en tiens certaines et j’ai l’impression d’avancer.

– sans reprise, on n’apprécierait pas les vacances…(si, je vous assure).

– je retrouve les collègues / copains / copines autour de la machine à café et on papote, car quand même les collègues, on les aime bien (les miens, ils sont super).

– je retrouve le bon café de la machine à café.

– jeudi, il va y avoir jeudi viennoiserie, et ça va être bon!

– je peux tester les idées géniales que j’ai eu pendant les vacances (je rappelle à tout le monde qu’en gros névrosé, je pense à ce que je vais faire en classe à la reprise pendant les vacances…) et m’apercevoir que cela marche, que je suis soudainement devenu génial et le roi de la pédagogie pendant les congés et que tout ce que je n’arrivais pas à faire désormais: piece of cake! Euh.. si, si. :-/

– je suis dans une phase magique, je suis pleinement reposé, détendu et forcément je vais être meilleur professeur. Ce coup-ci, la phase va durer longtemps. Si. Je le sais. J’y crois.

– je vais prendre le temps de finaliser la déco de la salle dans laquelle je suis le plus souvent avec des posters sympas (les murs jaunes, j’aime pas…).

– et enfin, je vais retrouver mes élèves, avec leurs progrès et les joies qui vont avec, avec les moments où ils n’y arrivent pas et vont donc attendre de moi des clés. On va continuer à progresser, à chercher des moyens de progresser, de se dépasser, de faire mieux, eux, comme moi.

Je suis content, impatient, de les retrouver.

Ben, oui, car au final, on n’est pas bien, là, en classe, à enseigner, même si ce n’est pas tous les jours facile?